Disparition

Le patriarche des tricots géométriques, Ottavio Missoni, est décédé

Le patriarche de la mode italienne, Ottavio Missoni, cofondateur de la maison du même nom, connue dans le monde entier pour ses tricots géométriques, est décédé jeudi à son domicile, à l’âge de 92 ans

Surnommé «Taï» par ses proches et amis, Ottavio Missoni avait été hospitalisé la semaine dernière pour des problèmes cardiaques. Il est mort paisiblement dans la villa familiale de Sumirago, dans le nord-ouest de l’Italie, village qui était aussi le siège de la maison Missoni.

Ottavio Missoni avait créé la marque en 1953 avec sa femme, Rosita Jelmini, et leurs robes de maille colorées à motifs en zigzag ont conquis des figures de la jet-set comme Jackie Kennedy et la duchesse de Cambridge, Kate Middleton.

«L’arc-en-ciel de couleurs qui sortait de ses créations nous a offert l’image d’un homme plein de gaîté qui a contribué à la grandeur du «made in Italy» dans le monde», a réagi le maire de Milan, Giuliano Pisapia.

«J’ai toujours admiré en Taï l’énergie vitale, la joie de vivre, la capacité de mener de front famille et entreprise dans un seul lieu, un peu magique, fait de créativité, d’originalité et surtout d’esprit d’équipe», a renchéri la styliste Laura Biagiotti, amie de famille.

Une chapelle ardente sera dressée dimanche dans la cour de l’usine textile du groupe à Sumirago, avant les funérailles lundi.

Né le 11 février 1921 dans la ville croate de Dubrovnik, Ottavio avait débarqué par hasard dans le monde de la mode après sa rencontre, à Londres, en 1948, avec son épouse, dont la famille possédait une entreprise de textile dans le nord de l’Italie. Rosita étudiait l’anglais dans la capitale britannique, où ce fils d’une comtesse, grand, beau et athlétique, était venu participer aux Jeux olympiques.

Ce spécialiste du 400 m haies ou sans, champion d’Italie à plusieurs reprises, avait été fait prisonnier de guerre pendant la Deuxième Guerre mondiale à la bataille d’El-Alamein.

Sa passion pour le sport continuait d’inspirer les lignes «casual» et «sportswear» de la maison Missoni.

La marque Missoni s’est taillée au fil des années une réputation d’innovation et fut la première à se tourner vers le marché de masse en s’associant au groupe américain de grands magasins Target.

Dans les années 60, le groupe se fit connaître aussi pour son anticonformisme, notamment quand il fut exclu du salon de mode Pitti à Florence parce que les mannequins ne portaient pas de soutiens-gorge et semblaient nues sous les tricots. Le scandale consacra Missoni au niveau international comme l’une des grandes marques du luxe qui défilent tous les ans à la semaine de la mode à Milan.

Ottavio Missoni était un homme discret mais jovial qui disait avoir inventé les fameux motifs géométriques de la marque «parce que nous avions des machines qui ne pouvaient que suivre des lignes droites».

Celui que l’artiste français Balthus avait surnommé «le maître de la couleur» décrivait ainsi ses débuts dans l’atelier fondé avec Rosita à Gallarate, près de Milan: «Ma mission était de réaliser des costumes avec deux outils à disposition: le tissu et la couleur.»

Aujourd’hui, le groupe Missoni est présent dans le prêt-à-porter pour hommes, femmes et enfants, ainsi que dans la haute couture ou les parfums. La maison a également réalisé des intérieurs de voiture pour la marque Mazda et deux hôtels de luxe (en Ecosse et au Koweït), en collaboration avec le groupe Rezidor.

Ces dernières années, la marque – parvenue à un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros en 2011, dont 80% à l’export – avait modernisé son image grâce à des collections créées notamment par Angela, directrice de la création, et Margherita, petite-fille des fondateurs et également designer.

La famille avait été tragiquement frappée en début d’année par la perte du fils aîné, Vittorio, 58 ans, porté disparu avec son épouse depuis janvier 2013 quand ils s’étaient embarqués à bord d’un petit avion au Venezuela dans le splendide archipel de Los Roques.

Selon les médias citant son entourage, le vieux patriarche n’était plus lui-même depuis la disparition de son fils aîné – directeur général marketing du groupe – et refusait d’en parler.

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