La beauté

La peau dans les nuages

Les allégations anti-pollution fleurissent sur les étiquettes des produits cosmétiques. Nouvelle révolution? Pas tout à fait

D’après l’OMS, neuf personnes sur dix respirent un air qui n’est pas sain et 60% des villes en Europe ont des niveaux supérieurs à ses lignes directrices pour la qualité de l’air. La Suisse dépasserait régulièrement les pics de pollution autorisés par l’ordonnance sur la protection de l’air, la valeur limite du taux de microparticules par mètre cube d’air étant fixée respectivement à 50 et à 25 microgrammes pour les particules qui ne dépassent pas les 10 et les 2,4 microns de diamètre. Provenant des gaz émis par le trafic routier, en particulier les moteurs diesel, les poussières s’infiltrent en profondeur dans les voies respiratoires, et même dans le sang. Comment est-ce que les effets de la pollution urbaine se traduisent au niveau de l’épiderme? Notre peau est agressée par plusieurs mécanismes, nous précise Marie-Hélène Lair, directrice de la communication scientifique de Clarins. «En plus du dépôt de particules irritantes en surface, la pollution interagit avec notre peau par un processus d’oxydation et de propagation de radicaux libres en profondeur. Les conséquences sont multiples: irritations, rougeurs, déshydratation, taches pigmentaires, teint terne et accélération du vieillissement.»

Sur le site de la marque La Roche-Posay, on peut lire que la pollution est également accusée de provoquer une augmentation de la séborrhée et une diminution de la concentration de squalène, une composante de la mixture lipidique dans le sébum, contribuant ainsi à générer plus de points noirs et imperfections. Par le même effet d’inflammation, la pollution viendrait inévitablement aggraver tous les problèmes de peau déjà existants.

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Bon sens

Quel est le premier geste à adopter pour contrer ces effets néfastes? Aussi évident que cela puisse paraître, la première routine citadine consiste à nettoyer correctement la peau chaque soir. Spécialisée dans la cosmétique naturelle, Géraldine Pfulg, fondatrice du site Green Beauty Square, conseille, après un éventuel démaquillage à l’huile végétale, d’utiliser un savon saponifié à froid surgras, dont l’effet nettoyant agit tout en douceur pour éviter de stresser ou de dessécher la peau. «Ensuite, du côté des soins, je suggère de se tourner vers des huiles végétales bios et de qualité qui sont des substances 100% actives qui protègent la peau, la nourrissent et préviennent la déshydratation. On privilégiera une synergie d’huiles contenant un fort taux d’actifs antioxydants comme de la vitamine E par exemple: avocat, argan, rose musquée, baies d’églantier ou encore pépins de grenade», conclut la Vaudoise, qui donne des ateliers personnalisés de cosmétique pour préparations.

A cette routine journalière peuvent être associés des masques hebdomadaires à l’effet purifiant. Là aussi, on assiste à un effet de mode, l’argile et le charbon actif règnent en ingrédients stars du moment. La marque Resultime vient de lancer un nouveau masque en déclinant sa technologie brevetée Micro-Collagène Vectorisé avec du charbon fonctionnant comme une éponge à impuretés. En addition aux propriétés nettoyantes, l’argile vante également un effet adoucissant grâce à ses oligoéléments. Quels que soient son type ou sa couleur – blanche ou kaolin, verte, rouge ou rassoul – on y retrouve toujours du magnésium, du calcium, du manganèse et du silicium. Sa variante rose, mélange d’argile rouge et blanche, peut être appliquée sur les peaux sensibles, car elle s’avère moins desséchante que la verte.

Si les rayons cosmétiques offrent des options multiples pour le nettoyage de la peau, les soins doux sont à privilégier, même lorsque notre type de peau a une tendance grasse, car le film hydrolipidique de la peau constitue notre première défense contre les attaques de la pollution.

Molécules dédiées

Si on considère que la pollution crée du stress oxydatif au niveau de l’épiderme, tous les soins antioxydants, déjà présents dans les formules anti-âge, sont intéressants pour minimiser l’impact des radicaux libres et renforcer les défenses de la peau. Néanmoins, certaines molécules, issues du monde marin, des végétaux ou de la biotechnologie, se révèlent plus ciblées pour contrer les effets néfastes des polluants. Utilisées dans le monde de la cosmétique, elles sont à la base de produits qui se concentrent principalement sur deux actions: des boucliers antipollution pour protéger la peau en évitant l’adhésion des particules fines et des soins qui réparent et essaient de prévenir les dommages cutanés.

Sur le front végétal, on retrouve le plus souvent des extraits tels que le thé blanc, la jacinthe d’eau, le ginkgo, le champignon shiitaké ou les graines de moringa. Marque précurseure dans ce type de soin, Clarins a développé la première génération d’un complexe antipollution dès 1991. Depuis cette date, il est intégré à ses crèmes et à ses fonds de teint. Comme le précise Marie-Hélène Lair: «Le complexe Clarins contient deux plantes, le marrube et la lampsane, une plante qui survit aux atmosphères polluées autour des autoroutes. Contre les particules des gaz d’échappement émis par les voitures qui se fixent sur la peau et la déshydratent, nous avons choisi l’extrait de l’algue furcellaria, qui, déposée à la surface de la peau, préserve cette hydratation par un effet protecteur antioxydant, tout en laissant respirer la peau sans obstruer les pores.»

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Précieuses alliées, ces plantes marines sont en mesure de capturer le dioxyde d’azote et les particules fines que contient l’air. Utilisées dans l’espace public urbain grâce à de nombreux projets pilotes pour assainir l’air, elles font belle figure dans de nombreux cosmétiques. Le groupe français Solabia, important fournisseur d’actifs pour le marché cosmétique, a d’ailleurs racheté la société Algue et Mer qui utilise les algues de l’île d’Ouessant, un site naturel protégé à 20 km au large des côtes de l’Atlantique. Ils utilisent les polysaccharides sulfatés présents dans les algues brunes pour réaliser leur actif cosmétique Invincity. Ces derniers limitent le stress oxydatif des polluants qui attaquent les protéines de la peau et des cheveux. Il a été observé en particulier que le benzopyrène (BaP), issu des gaz d’échappement mais aussi de la fumée de cigarette, réveille une protéine inactive, l’AhR (Aryl Hydrocarbon Receptor), qui déclenche elle-même une cascade de réactions oxydatives, causant inflammation, pigmentation et vieillissement prématuré. Invincity aurait un effet inhibant sur ce processus. Ce sont toujours des polysaccharides qui constituent la base de la formule bouclier Glycofilm/Pollustop, utilisées par beaucoup de marques clientes de ce grand groupe qui préfère toutefois taire leurs noms.

Actifs antioxydants, déjà présents dans nombreux soin anti-âge, et polysaccharides, réputés pour stimuler l’hydratation de la peau et produire un effet tenseur, ne constituent pas véritablement de nouveauté. Il s’agit plutôt de combinaisons ciblées faisant recours à des composants déjà existants et intégrant presque systématiquement une protection UV. Considérant l’enjeu de taille que ces soins représentent sur le marché de la beauté, il faudrait pouvoir compter sur un protocole standardisé comme point de repère alors qu’actuellement chaque marque se base sur son propre procédé de test. Si ces produits viennent soulager la peau, leur protection n’est jamais totale et n’est pas mesurable comme pour les filtres solaires par exemple.

La coexistence de plusieurs facteurs agresseurs complique la tâche car, en plus de la pollution atmosphérique et des rayons UV, la pollution appelée «intérieure» mine aussi la santé de notre peau. Si l’OMS utilise cette appellation pour faire référence principalement à une consommation de combustibles à l’intérieur, on englobe généralement dans la pollution domestique les peintures, le tabac, les produits d’entretien, les acariens et certains matériaux de construction et notamment les substances qui servent comme retardateurs de flammes. Il est donc conseillé d’aérer sa maison, d’utiliser des produits d’entretien bios, de limiter le recours à des articles désodorisants tels que bougies parfumées et encens et de vérifier la teneur en silicones des cosmétiques. En ce qui concerne la lumière bleue, autre combat anti-âge de la cosmétique, des filtres à superposer aux écrans d’ordinateur existent déjà sur le marché.

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La sélection de produits de T Magazine

RESULTIME masque détoxifiant revitalisant

Le collagène vectorisé, breveté par la marque Resultime, s’associe au charbon actif qui agit comme un aimant à impuretés. La texture gel est enrichie de minuscules grains de sable volcanique qui, par massage, activent la microcirculation cutanée et exfolient les cellules mortes.

CHANEL tonique eau vivifiante antipollution

Etape finale du nettoyage, le tonique apporte une sensation de fraîcheur et de confort. La formule Chanel combine l’action de la microalgue bleue, qui protège les cellules du stress généré par la pollution, avec celle hydratante et fortifiante de la salicorne marine, connue pour sa capacité d’autorégulation en eau.

SHISEIDO Ultimune concentré activateur énergisant

La technologie ImuGeneration de Shiseido fait référence à la réaction des cellules de Langerhans, dont le nombre tend à diminuer en situation de stress. Pour préserver une condition optimale, le sérum contient, en plus du complexe Ultimune, son cocktail d’extraits naturels: reishi, iris, ginkgo, thym et germes de lotus.

 

CLARINS BB Skin Detox Fluid SPF 25

Unifiant le teint et laissant respirer la peau, la BB crème de Clarins garantit une couvrance naturelle. Elle associe son complexe antipollution avec les principes actifs des graines d’acérola, de reine-des-près, d’aloe vera et d’acide hyaluronique en plus d’un filtre solaire moyen.

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