Il aura fallu quelques plongeons de microscopes pour découvrir l’existence du million de germes qui grouille sur chaque centimètre carré de peau. Après l’estomac, de plus en plus de travaux scientifiques démontrent l’importance de ce qu’ils nomment le microbiote cutané, où se développent près de 500 espèces différentes de bactéries. «Cette flore, qui varie d’un individu à l’autre, assure la bonne santé de notre peau en nous protégeant de l’inflammation et des infections par des germes pathogènes», relève Françoise Rodhain, dermatologue et auteure de La Peau, la Beauté et le Temps. Lorsqu’elle est équilibrée, riche et diversifiée, la peau est saine et vieillit moins vite. A l’opposé, des lavages trop fréquents ou l’utilisation excessive de conservateurs dans les cosmétiques favorisent l’essor de mauvaises bactéries, à l’origine des rougeurs, imperfections ou démangeaisons, voire de certaines maladies cutanées, telles que l’acné ou l’eczéma et des rides précoces.

D’où l’intérêt, pour l’industrie cosmétique, de s’intéresser aux formulations les plus en phase avec les besoins de cet organisme vivant. Une nouvelle génération de produits s’applique à le préserver, le rétablir et même le stimuler pour assurer la beauté et la santé de la peau. «Ils en sont encore à leurs balbutiements, mais il y a de grandes chances pour qu’ils soient les cosmétiques de demain», analyse la spécialiste. C’est ainsi que des marques telles qu’Estée Lauder, Nuxe ou Vichy ont eu l’idée d’incorporer dans certaines de leurs gammes des probiotiques (bifidus, lactobacille) et des prébiotiques (nourriture des bactéries) censés soigner la surface du corps, de la même manière que les compléments alimentaires ou certains yogourts participent à la santé de la flore intestinale.

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«Au-delà d’une enveloppe, ces bactéries, levures ou micro-organismes vivants font de notre peau une barrière. Tels de petits soldats à la surface, ils renforcent la défense globale de notre organisme contre les agressions extérieures, comme la pollution, le stress ou les virus. Au niveau de la beauté, ils sont garants de l’éclat, d’une belle texture et d’un teint homogène. A ce titre, le microbiote cutané, soit l’ensemble de ces micro-organismes, est devenu un thème de recherche incontournable en cosmétique, mais aussi dans tout le domaine de la dermatologie», observe Marie-Hélène Lair, directrice de la communication scientifique internationale de Clarins.

Garder l’équilibre

Cet été, la marque armera trois nouvelles lotions et une eau micellaire d’un microbiote complexe à base d’actifs marins (eau de mer puisée en Bretagne, extraits d’algue chlorelle et laminaire) qui préservent les bonnes bactéries, ainsi qu’un extrait de fleurs de safran qui renforce les défenses naturelles et lutte contre les mauvaises bactéries.

«C’est un concept de santé-beauté que nous développons depuis quinze ans, explique Agnès Teffaud, manager des relations publiques internationales du Groupe Valmont. Après avoir commercialisé Dermatosic, une crème niche contre les désordres cutanés, qui était presque une aspirine pour la peau, nous venons de lancer la gamme Primary, unisexe, pour tout âge, afin de rendre la peau plus forte au quotidien.» L’idée suivie par Sophie Guillon, à la tête de la marque suisse, est d’agir aussi avant que les problèmes de peau ne surviennent, en favorisant l’équilibre de son terrain, un peu comme en médecine traditionnelle chinoise ou en homéopathie.

Conservation UHT

La gamme est enrichie en probiotiques, prébiotiques, vitamines, tout en contenant moins de conservateurs et autres sources d’allergies. Pour cela, le laboratoire romand a eu recours à un procédé de stérilisation UHT semblable à la technique de l’industrie agroalimentaire. «Il s’agit d’un passage rapide à haute température suivi d’un refroidissement immédiat assurant l’élimination de tous les micro-organismes, tout en conservant l’intégrité des formules. N’utilisant que la chaleur, ce processus est entièrement naturel. De plus, chaque flacon pompe comporte un système qui évite le retour de l’air et du produit, donc un risque de contamination. Ces deux petites révolutions rendent possible une formulation avec un usage raisonné, minimisé et maîtrisé des conservateurs», poursuit Agnès Teffaud.

Cette nouvelle collection comprend un baume en spray, premier geste du matin, que la marque compare à une boisson probiotique que l’on prendrait au petit-déjeuner ou à la couche de base posée sur les ongles avant un vernis. Quatre soins suivent ensuite, en fonction de l’anomalie à cibler: boutons, rougeurs, inflammation ou sécheresse.

L’idée est de préserver l’équilibre du microbiote avec la petite fleur d’haberlea, surnommée la résurrection, parce qu’elle se met en hibernation dans des environnements hostiles

Santa So, responsable des formations Dior en Suisse

Chez Dior, la gamme Hydra Life lancée en 2017, présentée comme la gardienne des peaux saines et rayonnantes, mise sur une autre stratégie. «On n’agit pas sur le microbiote en introduisant des probiotiques. L’idée est plutôt de le préserver en maintenant son équilibre avec la petite fleur d’haberlea, surnommée la résurrection, parce qu’elle se met en hibernation dans des environnements hostiles», détaille Santa Soto, responsable des formations Dior en Suisse.

Selon Françoise Rodhain, l’émergence d’une cosmétique riche en bonnes bactéries et adaptée au plus près du microbiote cutané va marquer un changement important dans le choix des produits quotidiens: «Ce n’est plus le type de peau – sèche, grasse ou mature – qui conditionnera le choix d’un cosmétique mais le type de microbiote. Et comme chacun est unique, véritable empreinte individuelle, nos cosmétiques seront faits sur mesure.»

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