Un jour, une idée

Le pignon sur rive de la famille Randhawa

Le lac, à cet endroit, vous en met plein la vue. Depuis le Pavillon de Rives, planté comme une vigie à l’embouchure de la Thièle, le regard va du château de Grandson, sur la gauche, aux roseaux de la Grande Cariçaie, sur la droite, avant de revenir se perdre au centre, dans le lointain bleuté. Ce qu’il peut y avoir d’immensité dans ces parages, c’est là qu’on le trouve.

A Yverdon-les-Bains, certains dénoncent l’absence de pédalos comme un signe patent de l’incurie municipale. D’autres, comme nous, apprécient la sérénité du lac. Les cris, ici, ce sont ceux des mouettes.

Cette berge du lac de Neuchâtel a connu pourtant son heure d’effervescence. Lors de l’Expo.02, c’est par là qu’on entrait au Nuage et au Palais des Mariages. Une lunette panoramique rappelle les mirages de ce grand raout, évanouis depuis longtemps. C’est par la suite, pour animer le parc public dessiné par la Ville sur la friche de l’exposition, que notre pavillon a été construit.

Harbhinder Randhawa vous y accueille avec le sourire qu’il ne perd jamais. Exploitant avec sa famille le café-restaurant, il peut se retourner avec satisfaction sur le chemin parcouru, sur ces premières saisons au fil desquelles il a fallu (re) conquérir un public, l’attirer dans cet endroit où l’on n’arrive qu’à pied. Originaire du Pendjab, Harbhinder Singh Randhawa est arrivé en Suisse comme réfugié politique. Il a travaillé sur les chantiers, veillé comme portier de nuit, avant d’avoir un lieu à lui.

Naturalisé suisse, ayant finalement pu faire venir son épouse, Ranjit, et son fils, il a aujourd’hui pignon sur rive. Mais tout n’a pas été simple pour faire de ce pavillon une affaire vivable. La buvette, comme on disait encore au début, devait à son look épuré d’être ouverte à tous les vents. Ce qui, déduction faite des jours de pluie et des jours de bise, rendait l’été commercial des plus précaires. La construction est désormais vitrée et dotée d’un chauffage.

Il a fallu aussi au tenancier de la persévérance pour se faufiler entre les subtilités de la patente vaudoise, les clauses en petites lettres de contrats de partenariat léonins, les privilèges revendiqués par les organisateurs de concerts qui envahissent de temps en temps les rives du lac.

Ranjit, Mme Randhawa, est inlassable à l’intérieur du pavillon, tandis que son époux s’empresse d’une table à l’autre. Le couple peut compter sur le cuisinier du Bangladesh, engagé pour la saison, et sur leur fils, Laddi, qui les aide le week-end.

Pour sa carte, l’équipe du Pavillon des Rives a opté d’emblée pour une cuisine du nord de l’Inde. Samossa en apéro, soupe de lentilles en entrée, plats simples de légumes ou de poulet. Glaces artisanales au dessert. Un chaï à l’heure de la petite laine.

Malgré les froncements de sourcils des puristes, l’établissement a étendu son menu à quelques spécialités industrielles. Sous les grands parasols rouges du Pavillon des Rives, les amateurs de nuggets et de saucisses de veau ont aussi les pieds dans l’eau.

www.pavillondesrives.ch