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Pionnières du vin

Un livre brossele portrait d’une dizaine de vigneronnes valaisannes. Pourquoi étaient-elles et sont-elles toujours si rares?

2008 fut un bon millésime pour les femmes qui travaillent dans le monde du vin. En novembre, Madeleine Gay, œnologue chez Provins, se voyait décerner le titre de «vigneronne de l’année» par le Grand Prix du Vin Suisse. Au même moment sortait un livre* présentant neuf portraits de vigneronnes valaisannes écrit par Josyane Chevalley et illustré par les photos de Stéphania Gross Willa. Cet ouvrage est l’occasion d’approcher quelques grands noms du vin suisse. Madeleine Gay, bien sûr, mais aussi Marie-Thérèse Chappaz, Fabienne Cottagnoud, Madeleine Fuchs, Marie-Bernard Gillioz, et d’autres encore, moins connues, comme Fabienne Constantin Comby, Corinne Clavien, Romaine Blaser Michellod et Erna Burgener.

Comment sont-elles devenues vigneronnes? Quels obstacles ont-elles rencontrés? Quel accueil leur ont réservé les hommes? Ce sont quelques questions auxquelles répond ce livre. Malheureusement, et c’est paradoxal, il y est peu question de vin. L’auteure justifie ce choix en disant, dans son introduction, que «des personnes bien plus avisées que moi le font et le font bien». Une explication un peu courte, surtout lorsque l’on sait à quel point les liens qui unissent un(e) vigneron (ne) à son vin sont forts. Les portraits sont intimistes, impressionnistes. Mais le parti pris de Josyane Chevalley les prive de structure et de profondeur, de sorte que le lecteur reste sur sa faim.

Toutefois, ce livre pose en filigrane une question essentielle, relevée par l’ethnologue Isabelle Raboud-Schüle qui signe la préface: Pourquoi les vigneronnes sont-elles si peu nombreuses? Ce ne sont pas les enfants, plusieurs d’entre elles en ont et concilient travaux à la vigne et éducation de leur progéniture. C’est peut-être le poids des traditions: La plupart de ces vigneronnes y ont été confrontées. «Ce n’est pas un métier pour une femme», dit Jean Crettenand, ex-œnologue fédéral, à sa nièce Corinne Clavien, actuelle œnologue cantonale du Valais, lorsqu’elle lui annonce qu’elle veut étudier à Changins. Pourtant, en vingt ans, depuis qu’elles ont commencé à fréquenter Changins, les femmes ont prouvé qu’elles savent faire du vin. Vingt ans, ce n’est peut-être pas suffisant pour éliminer les vieux stéréotypes? Après tout, il n’est pas si loin le temps où les femmes étaient indésirables à la cave, car les hommes craignaient que leurs règles ne troublent les fermentations. Ils pensaient également qu’elles ne savaient pas tailler.

Et puis, il est possible que les femmes elles-mêmes aient intériorisé le cliché selon lequel le vin, c’est un métier d’homme. Il faut donc considérer ces neuf Valaisannes comme des pionnières, qui viennent d’ouvrir le passage pour les générations futures. Comme le constate Isabelle Raboud-Schüle, «les vigneronnes sont héroïques parce qu’elles ont dû parcourir de nouvelles voies, seules en tête et sans modèle».

Prenons Marie-Thérèse Chappaz. Le choix de se lancer dans la biodynamie il y a six ans lui a valu pas mal de sarcasmes. «Tu sais, confie-t-elle à l’auteure, certaines personnes racontaient que je faisais le thème astrologique de chaque grappe!»

Elles ont en commun le goût de l’indépendance et le refus d’un destin qui serait déterminé par le rôle traditionnellement dévolu à leur sexe. Elles ne se considèrent pas comme des militantes. Tendues vers leur but, elles ont beaucoup travaillé, appris à contourner les obstacles et à se faire un nom. Les hommes ont parfois été leurs meilleurs alliés. Un jour, lors du salon des vins Vinea, Madeleine Fuchs Mabillard fait la connaissance de Roland Pierroz, alors chef du Rosalp à Verbier. Il aime son Humagne blanc. Il lui en commande. Encore et encore. «Cela m’a tellement encouragée, cela nous a tellement aidés. Il est au départ de notre succès», dit-elle dans le livre. En 1992, Jean-Marc Amez-Droz prend la direction de Provins. Il fait confiance à Madeleine Gay, qui a entrepris de revaloriser les cépages valaisans depuis ses débuts dans la coopérative.

Ce livre permet aussi de faire la connaissance de vigneronnes moins médiatisées, comme Fabienne Constantin Comby, de Chamoson, Romaine Blaser Michellod, de Leytron, et Erna Burgener, de St. German dans le Haut-Valais. Il se termine par un hommage à Marie des Oiseaux (1911-1988), qui animait le domaine de Diolly du Docteur Wuilloud. Charismatique, elle recevait les hôtes et mettait de l’ambiance dans la cave. Une femme de caractère. Les vigneronnes d’aujourd’hui saluent sa mémoire.

* Vigneronnes passionnément, éditions Monographic, 154 p., en librairie. Le livre peut aussi être commandé avec un coffret de huit vins sélectionnés par les vigneronnes auprès du Village Suisse du Livre à Chamoson, prix: 300 francs. Rens. 027/306 61 13

«Elles sont héroïques parce qu’elles ont dû parcourir de nouvelles voies, seules en tête et sans modèle»

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