Un jour, une idée

Le portail peint, joyau de la cathédrale de Lausanne

Tout habitant de la ville sait évidemment où se trouve la cathédrale de Lausanne. Pourtant, tout un chacun ne sait pas forcément que se trouve en son sein un véritable joyau, unique en Europe: le portail peint, qui fait l’objet d’une exposition, encore ouverte jusqu’au 6 septembre.

La «cathé», comme disent les Lausannois, en impose. Dans une ville d’aussi petite taille, on pourrait s’en étonner. Il y a pourtant bien une explication à sa majesté: «Cette cathédrale avait une importance capitale au Moyen Age. Alors que la ville ne comptait que 7000 habitants, 70 000 personnes venaient chaque année en pèlerinage», explique Jocelyne Müller, pasteure spécialisée en iconographie. Pantalon, baskets et boucles d’oreilles orange, celle qui a mis en place l’exposition a une image et un parler dynamiques. Elle nous accueille à l’entrée de la cathédrale pour la visite.

Nous traversons l’édifice majoritairement gothique, construit entre 1170 et 1235. Le long des murs, des panneaux explicatifs racontent, dans le cadre de l’exposition, l’histoire des lieux et en particulier celle du portail, auquel Jocelyne Müller me mène. Nous passons sous un porche pour l’admirer: il fait partie d’un édifice à part ajouté en 1230 pour accueillir l’afflux de pèlerins. «C’est un des éléments qui le rend unique», précise-t-elle.

Spectaculaire, oui, et les explications de la pasteure se révèlent captivantes. L’iconographie du portail représente le couronnement de la Vierge. Jocelyne Müller détaille une à une les sculptures de pierre, riches en symboles, qui ornent ce qui fut autrefois l’entrée de l’édifice. «Dans un monde sans médecin ni pharmacie, les pèlerins venaient souvent pour être guéris: passer ce porche signifiait symboliquement passer de la mort à la vie, comme la Vierge Marie.»

Les sculptures étaient en couleur; le temps les a effacées. Mais en observant bien, on distingue encore les vestiges de l’éclat qu’avaient les pierres: un ange a par exemple conservé ses ailes multicolores. «A l’époque, les gens voyaient très peu d’images. C’est difficile à concevoir dans notre monde contemporain, qui en est rempli. On tentait de rendre les figures les plus réalistes possibles, pour que les pèlerins les croient vraies.» La pasteure se promène entre les trois faces du magistral portail, m’incitant à imaginer tous ces voyageurs qui arrivaient en masse, souvent épuisés.

Après deux expositions organisées par Jocelyne Müller autour du bestiaire et de la flore sculptée de la cathédrale, il était logique de dévoiler les secrets de son trésor: en 2007 seulement, après vingt-deux ans de travaux de restauration, le portail a de nouveau été rendu public, sans échafaudages. Les panneaux explicatifs ont été intelligemment réalisés et un livre vendu à la boutique permet une bonne compréhension de l’œuvre. Mais rien de tel qu’une visite guidée pour le découvrir!

Exposition jusqu’au 6 septembre 2015 sur place. Lu-sa 9h-18h, di 12h-17h30. Rens. Jocelyne Müller, pasteure, tél. 021 331 58 08. Son livre est en vente sur place.

Visites commentées les samedis 4 juillet et 1er août 2015, à 10h; les mercredis 15 juillet et 19 août, à 15h. Durée: 1 heure. Visites possibles pour groupes sur rendez-vous (pasteur André Joly, tél. 078 661 80 80).