Tout en grimpant avec une facilité déconcertante un chemin escarpé et boueux à bord de son 4x4, René Bondil ne mâche pas ses mots. «Il a beaucoup trop plu en novembre, c’est une mauvaise année pour la truffe.» Ce sexagénaire à l’accent chantant a de l’or noir qui coule dans ses veines. Le trufficulteur arpente depuis sa plus tendre enfance ces collines varoises qui surplombent le barrage de Sainte-Croix. L’ascension à travers la forêt est de courte durée. Le panorama se dévoile sous nos yeux: au sein d’un enclos, une cinquantaine de chênes truffiers poussent parfaitement alignés à l’abri des regards indiscrets.

Vie de chien

«En gardant les moutons et en marchant parfois 20 kilomètres dans le maquis, je revenais le soir avec 2 à 3 kilos de truffes. Maintenant, les bois se resserrent», constate René Bondil, qui dénonce un abandon de l’écosystème. L’homme ne coupe plus de bois, les bergers se font rares, l’équilibre entre la faune et la flore, indispensable à la survie de la forêt, est menacé. «Ce sont les chèvres et les moutons qui prennent soin du relief. Les sangliers détruisent les racines, laissent des trous béants qui sèchent au soleil et qui empêchent la propagation du champignon.»