Bien-être

Prendre un bain de forêt pour se ressourcer 

De plus en plus de gens vont étreindre les arbres, en quête des effets thérapeutiques de l’expérience sur la santé et le moral. Direction le col du Marchairuz pour un premier bain de forêt guidé

La forêt, on la découvre en balayant du regard le chemin, les feuillages et le ciel. On ne s’arrête pas. On ne quitte pas le sentier. Sauf pour renouer ses lacets, pique-niquer sur la mousse ou cueillir des champignons. Mais déjà rien qu’en la traversant, on la ressent parfois. Et c’est fou de constater que d’un versant à l’autre d’une vallée, elle peut se montrer inquiétante ou au contraire enchantée.

L’idée d’aller vraiment à sa rencontre, quitte à sonder ses dimensions plus subtiles est donc tentante. A en croire le nombre croissant de livres, d’articles et de reportages consacrés aux «bains de forêt» qui font ricochet sur le paysage franco-suisse, l’expérience aurait des effets bénéfiques sur la santé et le moral. Elle aiderait à se reconnecter à l’essentiel de ce qui fait de nous – et des arbres – des êtres vivants.

Une pratique nippone très populaire

Le mot avait été lâché pour la première fois en juillet dernier, lors d’une discussion avec Laurent Thévoz, député vert au Grand Conseil de Fribourg, l’un des nombreux citadins heureux propriétaires d'un morceau de forêt. Il nous expliquait que le bain de forêt (Shinrin-yoku en japonais) est une pratique nippone très populaire qui vise à se ressourcer et méditer en pleine nature – au point que là-bas des forêts sont dédiées à cette activité – mais qu’aucune invitation de ce genre n’était apparemment encore lancée en Suisse. La médiatisation du sujet ayant semé des graines ces derniers mois, la mode des bains de forêt est désormais en pleine effervescence chez nous. Carine Roth, photographe de profession, initiée au chamanisme, est l’une des premières à s’être lancées en piste l’hiver dernier. Elle propose une pratique extrêmement simple, basée sur l’expérience, qu’elle compare à une sorte de yoga de la forêt au col du Marchairuz.

A l’écoute des arbres

Un matin ensoleillé d’avril, on rejoint donc une dizaine de participants devant l’auberge du col. A l’orée du bois, on forme un cercle. On se présente. La guide nous invite à nous centrer sur le sensoriel avec une courte méditation guidée. Elle nous montre le début du chemin surplombé de branches de sapin et nous demande d’imaginer qu’il s’agit d’une porte d’entrée dans le monde magique de la forêt. «Au-delà, cela se passe entre vous et la nature. Soyez ouverts à tout ce qui se manifeste. Potentiellement, quelque chose se tisse avec les arbres. On peut envisager que l’imaginaire en fait partie. L’objectif est de restaurer le dialogue, de ressentir que les arbres communiquent aussi sur une autre fréquence, qu’on appartient tous au même écosystème. Il y a quelque chose de très guérissant dans l’expérience de ne faire qu’un avec la nature. Comme une reconnexion à une partie enchantée de soi, à son cœur d’enfant.»

Durant la balade, elle nous lance plusieurs invitations: être attentif à tous nos ressentis, choisir un morceau de bois comme guide, sentir des bouts de nature dans les mains en gardant les yeux fermés, raconter le souvenir de notre première expérience de la nature. A nous de sentir librement où l’instinct nous mène. Vers quel tronc, quel tapis de mousse. Assez vite, le groupe se disperse. Certains se couchent entre les racines. D’autres étreignent un résineux. Ou ouvrent leurs bras vers les cimes des arbres, comme pour capter leurs antennes cosmiques.

Ce qui est génial, c’est qu’on peut faire ça partout, dans un parc, dans son jardin

Christine, quinquagénaire, jardinière de profession

Sitôt que le cri de ralliement retentit dans la forêt, le groupe se reforme pour échanger quelques mots (ou silences) sur l’expérience en cours. Une joie qui vient du ventre, le sentiment d’être relié au ciel par les arbres, la conscience d’être dans le moment présent, l’émerveillement de la nature revient souvent dans les propos. «Quand on a les sens en éveil, on ressent plein de choses et on s’aperçoit du potentiel de la forêt. Ce qui est génial, c’est qu’on peut faire ça partout, dans un parc, dans son jardin. C’est une contemplation active en quelque sorte», confie Christine, quinquagénaire, jardinière de profession.

Rester ouvert

Au plus profond de la forêt, un gros caillou recouvert de mousse devient le témoin d’un vœu à exaucer. L’élan est collectif mais le geste personnel. Chacun pense à quelque chose qu’il souhaite lâcher ou au contraire faire éclore dans cette forêt. Autour de la pierre, la cérémonie du thé préparé avec des branches de sapin clôt le rituel. Du groupe se dégage une belle énergie de gratitude, une sensation commune de bien-être, similaire à ce qu’on peut ressentir après un massage ou une séance de yoga. Une certaine gaieté aussi, celle d’avoir entrouvert une nouvelle porte de perception, de se sentir aimé et choyé par la nature rencontrée là-haut. «La magie de la forêt est puissante et fragile, il faut danser avec. Si la forêt ne veut rien transmettre, il ne se passera rien. Le sacré est vivant. Mais quand cela se passe, le cœur s’ouvre avec beaucoup d’humilité et l’on se souvient qu’on vit dans un monde enchanté», résume Carine Roth. Qu’importe qu’on cherche à rencontrer David le Gnome et toute la bande tirée des contes et légendes ou simplement le vent qui fait bruisser les feuilles en fermant les yeux, le bain de forêt fait du bien. C’est tout ce qui compte.

Le contact avec les arbres a toujours été recommandé comme remède pour résoudre de nombreuses pathologies

Laurence Monce, thérapeute

D’autant plus que les effets de ces immersions boisées s’étendent au-delà d’une détente passagère. «On parle de sylvothérapie pour décrire cet éco-remède par excellence, dont la pratique est en réalité très ancienne, explique la spécialiste française Laurence Monce qui anime des balades et des cures à la découverte des secrets forestiers dans les Yvelines. Déjà chez les Celtes, les Grecs, les Romains ou dans la médecine traditionnelle orientale, le contact avec les arbres a toujours été recommandé comme remède pour résoudre de nombreuses pathologies, type asthme, bronchite chronique, arthrose, hypertension, nervosité, burn-out, dépression, insomnie.» Dans son livre Ces arbres qui nous veulent du bien (Ed. Dunod), la thérapeute relaie plusieurs études scientifiques, principalement menées en Asie, qui ont mis en avant les bienfaits de la forêt sur le stress, la tension artérielle, le système immunitaire, ainsi que sur le trouble du déficit de l’attention et de l’hyperactivité.

Effets libérateurs

Pionnier, en France, du développement personnel en lien avec les arbres depuis plus de trente ans, Patrice Bouchardon invite, quant à lui, à aller chercher des qualités spécifiques dans les arbres. Dans son premier ouvrage, L’énergie des arbres (Ed. Le Courrier du Livre), un best-seller traduit en quatorze langues et sa suite De l’énergie des arbres à l’homme (Ed. Le Courrier du Livre), il montre à quel point quand le corps est noué par le stress, nos sens ne remplissent plus leur mission et nous avançons dans la vie comme des robots. Dans la forêt, le mental peut être mis au repos grâce à plusieurs exercices d’éveil, comme le fait de dérouler les pieds sur le sol et plonger le regard dans le feuillage de l’arbre en «amoureux du voir», toucher un tronc les yeux fermés, identifier ses odeurs, poser son oreille contre un arbre, s’adosser contre le tronc et respirer en conscience. «La respiration change et s’amplifie différemment selon les essences. Chacune d’entre elles possède une qualité particulière qu’elle peut éveiller en nous.

Ressentir l'arbre

L’arbre ne va pas initier quelque chose, mais va donner une information avec laquelle on se met ou pas en résonance. Découvrir par exemple la douceur du bouleau nous fait ressentir notre propre douceur. La fluidité du sapin éveille notre potentiel de lâcher-prise. Lorsque l’échange se fait, la ressource divine de l’arbre se met alors à vibrer au plus profond de nous», explique le chaman guérisseur autodidacte qui animera un stage de deux jours dans la région de Cossonay le mois prochain. Il observe aussi ces effets thérapeutiques par le biais des huiles qu’il fabrique, à utiliser en massage ou dans des fioles à porter sur soi.

A voir l’engouement pour cet appel de la forêt en Suisse, les occasions de plonger dans un bain ne manqueront pas cet été. Carine Roth répond à de plus en plus de demandes. Tandis que d’autres guides se lancent à leur tour, à l’instar de Joëlle Chautems, auteure du Guide des arbres extraordinaires de Suisse romande (Ed. Favre) dans lequel elle recense 40 balades à la rencontre de spécimens remarquables d’un point de vue énergétique, botanique, phytothérapeutique et géobiologique. Elle organise en juin un camp de quatre jours à Bôle pour découvrir la thérapie par les arbres. Au programme: apprendre à communiquer avec les arbres, reconnaître les espèces, identifier son arbre totem ou encore marcher en conscience… La balade dans les bois enchantés ne fait donc que commencer.

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