Vin

Les primeurs 2016 sélectionnés par Paolo Basso

Pour le meilleur sommelier du monde Paolo Basso, la qualité des vins dégustés en primeurs début avril est exceptionnelle, comparable à des millésimes mythiques comme 1961, 1982 ou 2009. Analyse et sélection exclusive

Paolo Basso est un habitué des primeurs bordelais. Le Meilleur sommelier du monde 2013 se rend régulièrement en Gironde depuis 1998, année de sa première participation à la semaine dédiée à la dégustation d’échantillons de vins de l’année précédente en cours d’élevage. «Comme les vins ne sont pas encore finis, c’est un exercice difficile qui demande de l’expérience, souligne-t-il. Il faut extrapoler pour essayer d’imaginer ce que le vin donnera après plusieurs années de bouteille. Avec la difficulté que les échantillons présentés ne soient pas forcément représentatifs de toute la production d’un château.»

Les vins de l’année 2016 ont été présentés en primeur à la presse et aux professionnels du 3 au 7 avril derniers. Le sommelier italo-suisse a dégusté et noté plus de 250 vins. De quoi lui donner une idée très précise de la qualité du millésime. Entretien.

T: Comment jugez-vous ce millésime 2016?

Paolo Basso: C’est un millésime miraculeux! Après un printemps humide avec une forte pression du mildiou sur les vignes, l’été a été sec avec juste ce qu’il fallait comme pluie mi-septembre avant les vendanges. Cela a permis d’avoir une récolte excellente, que ce soit en termes de qualité et de quantité. Les vins présentent beaucoup de richesse et de concentration, mais très souvent avec un magnifique équilibre. C’est l’expression d’un millésime de grande maturité avec des tanins murs. Les vins seront très polyvalents: faciles à comprendre dès leur jeunesse mais avec un important potentiel de vieillissement.

Vous placez 2016 au niveau des meilleurs millésimes de ces cinquante dernières années?

Oui, absolument, au même titre que 1961, 1982,1989, 2005, 2009 ou encore 2010. C’est un très grand millésime, supérieur à 2015, qui était pourtant magnifique après des années plus difficiles.

Quelles sont les appellations qui ont su le mieux tirer leur épingle du jeu?

Le niveau est très élevé dans toutes les régions. Personnellement, j’ai un faible pour les vins de la rive droite (Saint-Emilion, Pomerol), mais avec un bel équilibre. Un bémol dans l’appellation Margaux: quelques vins ont subi un stress hydrique, du coup ils sont en dessous.

Va-t-on vers une nouvelle augmentation des prix des vins vendus en primeur, après une hausse moyenne de 20% en 2015?

Oui, malheureusement, ça devrait être le cas. Cela m’inquiète, dans un marché mondial où la concurrence est rude. Avec le millésime 2010, les grands vins de bordeaux ont atteint des prix stratosphériques. Ils ont baissé depuis, mais cela a entraîné la quasi-disparition des plus grandes étiquettes des cartes des restaurants. Je le regrette, car cela reste un excellent moyen de promotion.

En 2015, dans une interview à «The Drink Business», Robert Parker jugeait que le marché des primeurs est «en grande partie mort, excepté dans les grands, grands millésimes». Il dénonce en particulier les prix trop élevés pour des millésimes faibles. Vous partagez son analyse?

Oui, je le partage. Je me demande même si le système des primeurs a un avenir tout court. Les consommateurs ont perdu la confiance qu’ils pouvaient avoir dans ce système. Il n’y a aucun intérêt à acheter en primeur aujourd’hui: les grandes étiquettes sont devenues des marques inaccessibles. Pour les autres vins, cela n’a pas de sens, sauf pour les toutes petites productions… Ceci dit, il y a un nombre incroyable de vins à un rapport qualité-prix exceptionnel à Bordeaux. Mais vous n’avez rien à gagner à les acheter en primeur.

Les échantillons proposés par les châteaux pendant la semaine des primeurs ne sont pas dégustés à l’aveugle. N’est-ce pas un problème pour la crédibilité du système?

Pour moi, cela ne pose pas de problème: avec quinze ans de concours, j’arrive à faire abstraction de l’étiquette. Mais ce n’est pas idéal, cela peut incontestablement avoir une influence psychologique. C’est d’autant plus le cas que de plus en plus de châteaux imposent de venir chez eux pour déguster. Il y a quelques années, c’était uniquement les Premiers crus classés qui recevaient à domicile, évitant ainsi la confrontation avec les «petits». Aujourd’hui, des seconds leur ont emboîté le pas. Du coup, les dégustations prennent un temps fou alors qu’on faisait tout en trois jours lors de ma première campagne primeur, en 1998. C’est une évolution que je regrette.


 "Bordeaux 2016, un millésime miraculeux"

La totalité des notes de dégustation de Paolo Basso sont disponibles sur www.paolobassowine.ch

Le nec plus ultra:

 PETRUS / 100

Un Château mythique à la hauteur de sa réputation: le millésime 2016 est LA bouteille qu’il faut avoir bue au moins une fois dans sa vie. Le nez est intense avec un fruité mûr et des notes séduisantes d’encens. Le vin affiche déjà une belle complexité générale et un boisé balsamique très fin.

Bouche exceptionnellement savoureuse et complexe, ou la structure est enrichie par une profondeur d’expression unique. Le côté minéral est bien mis en valeur par une sapidité qui persiste et introduit des tanins fermes, juteux et gourmands. La finale est interminable, d’une classe exceptionnelle. Potentiel: 2035-2060 et au-delà

CHÂTEAU HAUT-BRION / 100

Nez d’un fruité discret et épices fines. Richesse et élégance absolue. Velours et soie sur une structure solide et savoureuse. Potentiel: 2030-2050

CHÂTEAU AUSONE / 99-100

Riche et volumineux avec une sensation de souplesse et d’élégance hors du commun supportée par une belle fraîcheur. Potentiel: 2030-2050

CHÂTEAU COS D’ESTOURNEL / 98-100

Dense et complexe avec un volume jamais atteint, structuré et savoureux, milieu musclé mais toujours avec charme et complexité. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU PONTET-CANET / 98-100

Bouche riche et imposante tout en gardant une élégance distinguée, chaud et volumineux. Finale goûteuse et persistante. Potentiel: 2025-2050.

CHÂTEAU CHEVAL BLANC / 97-99

Riche et puissant avec un caractère viril, bouche dense avec de la classe, tanins fondus et abondants, finale persistante. Potentiel: 2025-2050

CHÂTEAU PAVIE / 97-99

Riche et concentré sans être confituré comme dans d’autres millésimes, apport du bois présent mais avec élégance. Tanins fins et finale longue. Potentiel: 2030-2050

Les incontournables:

CHÂTEAU SMITH HAUT LAFITTE ROUGE / 98-100

Depuis des années, Florence et Daniel Cathiard ne ménagent pas leurs efforts pour faire de Smith-Haut-Lafitte une étoile qui brille haut dans le firmament bordelais. Secondés par le talent de Fabien Teitgen, leur directeur technique qui les assiste dans le développement du projet de Bio-Précision, ils ont su révéler l’immense potentiel de leur sol de graves. Riche et volumineux, avec un caractère solide et un corps structuré, le milieu de bouche savoureux et compact, des tanins crémeux et une finale très persistante. Une réussite exceptionnelle. Potentiel: 2030-2050

CHÂTEAU PALMER / 97-99

Très complexe et de classe. Riche et concentré, long avec un milieu de bouche compact et savoureux. Profondeur et complexité. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU LATOUR / 98

Bouche dense et riche, très savoureuse, trame serrée et de classe, tanins riches et crémeux. Très grand vin d’une distinction exceptionnelle. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU HAUT BAILLY / 96-98

Riche et volumineux, matière compacte et extrêmement savoureuse, tanins enrobés, finale juteuse et savoureuse. Très persistant. Potentiel: 2030-2045

CHÂTEAU MOUTON ROTHSCHILD / 97

Riche et volumineux sur une structure droite, corps riche qui garde un caractère centré sur l’élégance. Excellent. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU ANGELUS / 96

Nez qui penche vers le boisé fin, balsamique, tabac, bien expressif. Bouche dense et volumineuse avec une belle tension acide qui lui apporte de l’élan, tanins fermes et serrés. Potentiel: 2015-2030

CHÂTEAU LAFITE ROTHSCHILD / 95

Puissant et riche, très épicé, volumineux et musclé avec caractère viril, tanins rigides avec une belle minéralité. Potentiel: 2025-2040


Les outsiders:

CHÂTEAU FOMBRAUGE / 95

Bernard Magrez est un homme infatigable qui a fait de la recherche de la qualité son objectif ultime. Aussi bien dans le domaine de l’art ou il est un collectionneur reconnu, que dans les vins, il dédie ses énergies à la recherche de tout ce qui est beau et bon. Dans le millésime 2016, Fombrauge nous livre un nez complexe d’épices orientales et un fruité de belle concentration. La bouche est riche et de belle densité avec une note minérale bien établie, des tanins gourmands et enrobés et une finale très longue. Un vin charmant et de caractère. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU BEYCHEVELLE / 95

Riche et volumineux avec la belle gourmandise apportée par un millésime solaire, fondu et structuré avec une densité. Excellent grand vin. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU LE BON PASTEUR / 95

Riche et compact, savoureux, solide, muscle avec grâce, tanins fermes et nobles, finale longue. Excellente performance. Potentiel: 2025-2045

CHÂTEAU LEOVILLE POYFERRE / 95

Nez sur des arômes de café, d’épices et d’un joli fruité mûr. Style classique, jolis tanins, expressif, long. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU LAGRANGE / 95

Belle matière dense de caractère souple et plaisante. Minéral, savoureux et très long, il affiche des tanins solides. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU LA LAGUNE / 93-94

Charpenté et savoureux, il révèle une bouche dense et de belle structure, un caractère chaleureux avec des tanins gourmands et fermes. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU FAUGERES / 92

Encre et sirop de mûres, bel apport d’épices et toasté de qualité. Chaud et volumineux avec un caractère ferme et musclé. Tanins puissants et finale très persistante. Potentiel: 2025-2030

Les bons plans:

CHÂTEAU LA FLEUR DE BOUARD / 94-96

Hubert de Boüard de Laforest est principalement connu pour être le copropriétaire de L’Angélus à Saint-Emilion, Château qui a décroché la récompense suprême Premier Grand Cru Classé «A», le plus haut niveau hiérarchique de la célèbre appellation de la rive droite. Avec sa famille, il se dédie également à La Fleur de Boüard, en révélant le potentiel du terroir de Lalande-de-Pomerol.

Son millésime 2015 affiche un très joli boisé fin, des notes de sirop et d’encre. Il est riche et volumineux, compact et solide, de corps. Tanins mûrs et finale longue. Un rapport qualité prix à ne pas manquer. Potentiel: 2020-2035

CHÂTEAU PETIT VILLAGE / 95

Sûrement pas un vin à premier prix, mais un rapport qualité/prix incroyable. Nez parfumé avec boisé fin et notes balsamiques. Riche, volumineux et charmant avec classe et finesse, tanins fermes et volumineux, finale longue. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU MALARTIC LAGRAVIERE / 95

Belle richesse olfactive sur des notes finement boisées qui introduisent un fruité net. Riche, savoureux, long, expressif et profond. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU LA DOMINIQUE / 95

Joli corps sur une structure qui garde un caractère élégant et de belle finesse, tanins souples et finale de belle persistance. Potentiel: 2025-2035

CHÂTEAU LYNCH-MOUSSAS / 94

Dense et compact, il révèle une structure imposante et des tanins fins et gourmands. Excellent vin qui se révélera avec un beau potentiel de garde. Potentiel: 2025-2040

CHÂTEAU SIMARD / 92

Belle bouche riche et savoureuse, goûteux et minéral, belle fraîcheur intégrée sur des tanins fermes et une finale longue. Très beau vin. Potentiel: 2025-2035

CHÂTEAU CAP DE FAUGERES / 89

Attaque fraîche et dynamique, corps bien structuré, tannins serrés, finale assez longue et plaisante. Un must à un peu plus de 10 francs le flacon. Potentiel: 2020-2025

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