Ce sera le printemps des jeux de peau. Avec des avalanches de tons soufflés d'un poudrier, de couleurs carnées, roses, blush, nuque timide. Mais cela restera, aussi, un printemps à paillettes. Une saison des broderies qui ruissellent, d'éclats métalliques, or-refuge marié au noir, grands nœuds cuivrés ceinturant des pantalons-sarouels. Et puis, sans doute sera-ce une année à tissus ajourés, dentelles, voilages indiscrets, mousselines translucides, survestes irisées. Bye bye vous les paupières maquillées qui avez étiré votre trait noir sur les podiums. Et rebonjour les visages qui, comme celui du top-modèle Natasha Polly, s'avanceront nus, cheveux tirés, front dégagé. Transparence! semblent dire, comme pour conjurer l'opacité de la crise actuelle, les défilés qui ont montré, à Paris, la mode du printemps 2009.

Avec des ouvertures de boutiques chaque soir (Bulgari, Ralph Lauren) et des fêtes (les 40 ans de Sonia Rykiel), Paris a vécu une semaine brodée d'insouciance et de cailloux précieux. Pourtant, en pleine récession, on aurait pu s'attendre à voir plus de vêtements sages ou intemporels. Le luxe s'étourdit-il en dansant sur un volcan ou vole-t-il hors d'atteinte des plongeons de la bourse?

«Ces collections ont été imaginées bien avant les récentes turbulences», analyse Alain Kowalik, directeur des achats féminins au Bon Génie. Et de continuer: «Il y a de la gaîté, de la couleur et de la liberté partout. En temps de crise, l'univers du luxe ne peut pas se permettre de surenchérir dans la morosité.» Katharina Sand, qui a fondé à Genève les deux boutiques Septième Etage et qui rentre des Etats-Unis, est encore plus catégorique: «Jamais je n'ai vu de collections aussi belles. C'est comme si, à New York, les difficultés économiques poussaient les créateurs à se recentrer sur ce qu'ils font de meilleur, à ce qui fait leur talent. Cela stimule l'achat coup de foudre, chez nous les acheteurs professionnels ainsi que chez les clientes en boutique.» Ainsi, ni Alain Kowalik ni Katharina Sand ne sentent-ils la crise dans leurs magasins. Et ni l'un ni l'autre n'ont songé à réduire leur budget pour le printemps prochain.

Aller à l'essentiel, c'est ce qu'ont fait, chacun dans leur ton, deux des plus jolis défilés du week-end. Chanel pour commencer. Ici, les tweeds rosissent, les broderies et la joaillerie allègent leurs raffinements. A peine si les codes maison se laissent distraire par les références espagnoles, les ravissants boléros de torero qui rallongent le buste. Au final, les inimitables robes noir+ blanc saluent Coco, tandis que flotte une renversante toilette de mousseline vapeur d'eau grise, de laquelle dépassent deux escarpins roses.

Chloé aussi revient à ses amours, celles d'une mode de femmes qui se rêvent en jeunes filles. La signature de saison: des semi-cercles découpés et cousus partout comme des minicrêtes enfantines, sur les cols, les manches double feuille des chemisiers chair, un manteau vert peinture à l'eau ou une jupe lavande. Chez Lanvin, Alber Elbaz a multiplié les effets soufflés, les satins plissés et les robes empierrées. Louis Vuitton a mis le cap sur des eigthies violettes, orange et structurées, allégées par les effets patchwork, les rangs de petits boutons, des jupettes endiablées, des plastrons de plumes et le baroque des broderies métalliques. Fort et désinvolte. Quant à Martin Grant, la beauté de ses robes nacre encoquillées, celle de ses overalls noirs du soir impose le silence, un silence digne de Saint Laurent, à peine troublé par l'éclair d'un fourreau pistache suspendu au cou par un ruban noir.