Un été à la cool (4/5)

Priscilla Brülhart, prof de yoga et danseuse entre ciel et lac

Enseignante de yoga paddle et spécialiste de kathak, cette trentenaire trouve sur l’eau une voie royale pour lâcher prise et relier les dimensions physiques, mentales et spirituelles

Les lacs, fierté et richesse de la Suisse. Du 16 au 20 juillet, «Le Temps» part à la rencontre de cinq personnages qui les aiment et les font vivre pour les autres.

Episodes précédents:

Faire un chien tête en bas, pieds et mains biens ancrés dans le sol, c’est plutôt facile. Sur une planche qui flotte au gré des mouvements de l’eau, par contre, l’étirement des jambes, du dos et des bras prend une autre tournure. Il faut gérer l’instabilité de l’embarcation, dépasser la peur de tomber, coordonner chacune des extrémités. Mais sitôt que les premières postures classiques de yoga sont apprivoisées, on plonge dans une douce béatitude.

Ce matin de juin, au large de la plage du Restaurant des Lacustres, à Estavayer-le-Lac, une légère bise et les passages répétés d’un F/A-18 en plein exercice ne pouvaient altérer le bonheur de flotter à tous les niveaux. Donné par Priscilla Brülhart, ce premier cours de yoga paddle confirme ce qui se dit sur cette variation aquatique en vogue sur les lacs romands: le bien-être est immédiat, la présence tranquille de l’eau agissant comme un accélérateur méditatif.

«Il y a un lâcher-prise instantané et une impression de planer que l’on ne sent pas sur terre. Il suffit de s’asseoir en lotus et de fermer les yeux pour le ressentir», promet la professeure trentenaire, qui a commencé à en faire spontanément un jour qu’elle se baladait en paddle dans une crique de Cap-d’Ail, près de Monaco, en 2014. Vivant ces quelques séquences comme une révélation, elle décide d’organiser, à son retour en Suisse, une session le dimanche matin. Avec l’aide de la patronne du Restaurant des Lacustres, une amie d’enfance qui vient d’acquérir une dizaine de planches et de pagaies. Un bon complément aux cours d’ashtanga et de transformational hatha yoga qu’elle donne tous les étés sur le gazon de la plage. 

Flottement méditatif

«Quand on est sur terre, notre élément de base, l’ancrage est naturel. Sur le lac, le flottement et la présence des éléments air et eau – une des réserves premières de prana, l’énergie de vie – amènent une autre dimension. En plus, on se retrouve souvent un peu éloigné des autres. Seul face à un paysage dont les vues changent sans cesse puisque le paddle bouge tout le temps», détaille Priscilla Brülhart.

Le cours commence par du hatha yoga, quelques poses de gainage, avant de tenter les postures debout et d’enchaîner avec des salutations au soleil des guerriers. «On se regroupe tous pour lancer une nouvelle posture, puis chacun se laisse dériver de son côté le temps de la pose ou de la séquence», précise l’enseignante. Après la relaxation finale couchée sur le dos, le retour à la plage se fait en principe à la nage.

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Née à Fribourg, d’un père dans l’immobilier et d’une mère championne du monde de coiffure, Priscilla Bülhart est passée par la danse pour arriver au yoga. En parallèle à ses études dans l’hôtellerie, elle tente la danse classique, jazz, contemporaine, funky. Jusqu’à ce qu’elle assiste par hasard à un spectacle de danse, Bharati, à Genève, une superproduction bollywoodienne alors qu’elle ne s’était jamais sentie attirée par l’Inde.

«J’ai été subjuguée par les couleurs, les variétés rythmiques et la douceur de cette musique. Après avoir visionné une tonne de films, suivi des stages, intégré une troupe, je suis partie cinq jours à Bombay. En posant le pied en Inde, j’ai pleuré. J’avais le sentiment de rentrer à la maison, de retrouver une culture avec laquelle j’étais liée depuis toujours.»

Danse sacrée

En 2006, l’élève découvre le kathak, une des dix danses classiques indiennes, qui mêle musique, théâtre et chorégraphie. A son origine, elle était un art sacré représenté dans les temples hindous afin d’interpréter les différents dieux de la mythologie indienne. Ses caractéristiques? Un langage codifié marqué par des syllabes qui permet aux musiciens, plus particulièrement aux joueurs de tabla, de communiquer et d’exécuter des rythmes en commun avec le danseur qui, lui, se sert de ses mains et chevilles pour exécuter des gestes codés.

«Cela a été un coup de foudre. J’ai eu l’impression que c’était ce que j’avais toujours essayé de faire intuitivement. Même petite fille, dans ma chambre.» Elle se fait repérer lors d’un stage à Genève par le maître Pandit Ravi Shankar Mishra, issu d’une grande famille brahmane de musiciens et de danseurs de Bénarès. Il l’invite à venir danser un mois dans sa famille puis lui propose de devenir sa disciple en lui donnant le nom de Gauri, l’une des femmes de Shiva.

La jeune femme décide de vendre l’institut de beauté qu’elle avait dirigé pendant quatre ans pour vivre de sa passion entre la Suisse et l’Inde. Après deux ans de pratique intense, une blessure met en péril ses pas de danse. Elle se tourne vers le yoga en achetant un livre, puis suit une formation d’integral-transformational hatha yoga à New Delhi, et d’ashtanga, plus physique, qui la remet sur pied. Une discipline qu’elle pratique quotidiennement depuis sept ans et considère comme une prolongation naturelle de la danse indienne, dans sa capacité à relier le corps, le mental et l’esprit, la terre et le ciel, l’énergie et la matière.

Depuis, elle a fondé l’association Sangeet Swiss, afin de promouvoir les arts classiques indiens. Elle se produit sur scène autant que possible, également pour des événements privés. Et enseigne la danse kathak à Villars-sur-Glâne, Estavayer-le-Lac et Genève. L’été, c’est au bord du lac de Neuchâtel qu’on la retrouve. Un lac qui prend parfois la force du Gange à ses yeux, tel un grand réservoir de grâce et de paix.


Pour s’initier au yoga paddle

Les cours de Priscilla Brülhart ont lieu les dimanches matin à Estavayer-le-Lac (FR), au bord du lac de Neuchâtel. Inscription sur sa page Facebook ou sur son site internet.

Le Tropical Corner, à Bellevue (GE), propose des sorties en collaboration avec la boutique de yoga genevoise Yogashop.

Le centre de stand-up paddle Waterwalk, à Villeneuve (VD).

Des cours sont proposés à la piscine du Beau Rivage Palace Lausanne.

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