Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

made in usa

Proenza Schouler,

Proenza Schouler, la marque créée par Lazaro Hernandez et Jack McCollough, a pris un essor fulgurant en six ans d’existence. Découvert par Anna Wintour, la rédactrice en chef du «Vogue» américain, partiellement intégré dans le groupe Valentino, le duo propose une mode peu frivole qui plaît aux filles comme Kirsten Dunst ou Chloë Sevigny. Rencontre quelques jours avant le défilé printemps-été 2009.

Grand soleil d’été sur Chinatown. A une rue de Canal Street, le grand bazar du faux luxe à New York, Proenza Schouler ouvre les portes de son atelier. Sixième étage d’un loft industriel déglingué, avec ascenseur grinçant et néons blafards. On entre au royaume du vrai luxe made in downtown. Ni clinquant, ni daté, ni nouveau riche, ni fausse couture, ce luxe-là est réservé aux filles riches et rebelles, actrices intellos et rockeuses dans l’âme. Depuis six ans, Proenza Schouler (prononcer «Skouler») est devenue la marque des initiées de New York à Paris, de Moscou à Hollywood. Son casting de rêve inclut des filles aux longues jambes, fortes en gueule, de «celles qui n’ont pas peur d’expérimenter, de prendre des risques», annoncent en préambule Jack McCollough et Lazaro Hernandez, les deux designers. Née il y a six ans de leur rencontre à la Parsons School à New York, la marque a poussé toute seule, à la vitesse du lierre, au point de retenir l’attention et la convoitise du Valentino Fashion Group SpA. En juillet dernier, la maison mère de Valentino et d’Hugo Boss Men a accepté de débourser 3,7 millions de dollars pour s’offrir 45% des parts de ce New York cool déjà iconique. La manne a permis au duo surdoué de partir à la conquête de nouveaux territoires. Lunettes, chaussures, sacs… Des accessoires pour compléter une garde-robe du jour ou du soir, des vêtements sexy et mystérieux, faits pour marcher vite sur talons hauts, mains dans les poches, cigarette aux lèvres, diamants XXL aux oreilles. Alors que les portants du luxe américain croulent sous la petite robe de cocktail perlée, Proenza Schouler trône à côté des espaces «Mode européenne», non loin du minimalisme en satin d’un Lanvin ou du conceptualisme glamour d’un Margiela. Entre épaulettes militaires et paillettes or, leur mode repousse la frivolité pour aimanter les Chloë Sevigny, Kirsten Dunst ou Maggie Gyllenhaal. Leurs muses sont des ladies cultivées, magnétiques et sûres d’elles, pas du genre à avaler des couleuvres ni à débiner des banalités aux caméras.

L’histoire de Jack McCollough et Lazaro Hernandez relève du pur rêve américain version nouveau millénaire. Jack, élevé entre le New Jersey cossu de ses parents et les pensionnats gradés, en a rapporté des tatouages et une distance bienveillante avec le réel. Lazaro, fils de Cubains de Miami, assure le rôle du volubile aux yeux de velours, rieur et amical. Leurs deux destins ont fusionné dans la mode, après une volte-face spectaculaire: Jack aurait dû être souffleur de verre et Lazaro médecin. En 2002, après un passage chez Marc Jacobs (Jack) et Michael Kors (Lazaro), les deux étudiants créent à quatre mains une collection de fin de diplôme à la Parsons School qui enthousiasme la visionnaire Julie Gilhart, directrice de la mode chez Barney’s. Anna Wintour, la puissante patronne du Vogue américain, est une autre fan de la première heure. Elle ouvre aux deux amis les portes de la grande société new-yorkaise. Sous son haut parrainage, les jeunes filles comme il faut apprennent à épeler la marque – les deux noms de famille maternels de Jack et de Lazaro – et à pavaner avec leurs robes bustiers signature. La première collection défile dans le cadre baroque d’un club privé littéraire à Gramercy Park. La presse roucoule. Leur style est tout prêt, souple et brillant, sensuel et subtilement androgyne, coulé dans du luxe massif. La profession récompense leur talent fissa: le CFDA leur remet le Prix Perry Ellis du nouveau talent en 2003. En 2007, c’est le grand prix dans la catégorie «Meilleur couturier de l’année, mode féminine» qu’ils raflent, aux côtés d’Oscar de la Renta. Lazaro et Jack sont de toutes les soirées de gala, sourires à l’unisson sur les photos mondaines. En coulisses, ils travaillent d’arrache-pied, entourés par une bande d’amies, une cohorte de fans enthousiastes et de collaborateurs dévoués. A quatre mains, ils assurent, saison après saison, des collections innovantes qui font bingo à tous les coups.

A quelques jours de leur défilé printemps-été, ce matin d’août où ils reçoivent Le Temps, les deux garçons affichent un calme souverain. Dans un coin du loft de Chinatown, les livreurs viennent de poser un fauteuil réalisé dans le tissu qu’ils ont créé pour Knoll Prestige. Une commande qui les a enchantés et honorés (le précédent designer invité était Stephen Sprouse.) On est lundi. Jack et Lazaro rentrent de la campagne. Pas du tout bronzés, en pleine forme et prêts pour la dernière ligne droite avant l’excitation du podium.

Le Temps: Voilà un an et quelques jours que le groupe Valentino a acheté les parts de votre société. Bilan? Vous avez l’air plutôt heureux… Lazaro ­Hernandez et Jack McCollough: On est ravis. Ce passage s’est fait avec une grande facilité et ce qui nous a décidés, c’est l’esprit de famille qui règne là-bas. Valentino, c’est un groupe à l’italienne, à la fois très corporate et très chaleureux. Des vrais amoureux du luxe et de la qualité. On n’a pas l’impression d’avoir compromis notre liberté: ils ne demandent pas à voir la collection longtemps en amont ni ne nous inondent de demandes marketing. Pour nous, ce rapprochement a surtout représenté de nouvelles possibilités à un moment où la marque cherchait désespérément les moyens de mettre le dossier commercial au niveau du succès médiatique. Avec eux, on a accéléré les projets, mais à notre rythme et dans l’ordre que l’on juge opportun. D’abord, les lunettes de soleil, puis les chaussures et, à partir de novembre, les sacs…

– A quoi vont ressembler vos premiers sacs, que tout le monde attend? – Plutôt à des classiques. La première besace sera un intemporel, décliné en plusieurs formes et couleurs. On l’a baptisé le «PS1». Il y aura aussi des sacs de saison, des statement bags sortis des podiums pour coller aux tendances et accessoiriser les collections mode. Mais le PS1 sera le basique de la maison. Lancement le 1er novembre. On a aussi prévu de déménager…

– Vous ouvrez une boutique? – Non, un nouveau studio et showroom. On est presque 25 personnes maintenant, en incluant la presse et les nouveaux responsables accessoires. On adore ce loft de Chinatown où l’on vivait aussi, au début, mais il est devenu étroit. On va traverser la rue, de l’autre côté de Canal Street, dans le bas de Soho, au dernier étage d’un building entre Broome et Broadway. Un genre de loft industriel, mais qui fait le double de la surface actuelle et avec une vue superbe. La boutique, on l’a envisagée l’an dernier. On avait trouvé un lieu idéal, dans une zone entre-deux, comme on les aime, ce qui est devenu très rare à Manhattan. Mais c’était trop tôt. On a hésité à se lancer dans ce chantier gigantesque et l’occasion est passée.

– Vous mesurez l’incroyable chemin parcouru depuis le jour où Lazaro s’est signalé à Anna Wintour? Ça s’est passé comment exactement? – Je prenais un avion à Miami et, à l’embarquement, j’ai vu qu’elle était là, sur le même vol. J’ai demandé à l’hôtesse de l’air de lui passer un mot. J’avais juste écrit que je respectais beaucoup ce qu’elle faisait, que j’étudiais la mode et que j’étais en quête d’un stage. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un appel de Michael Kors: elle avait fait passer le message.

– Vous travaillez toujours par réaction d’une saison sur l’autre. Votre collection d’hiver étaittrès féminine et sensuelle, avecdes tons de joaillerie. Pour la croisière, vous avez exploré des volumes plus carrés, avec des pliages presque japonais. A partir de quelle idée avez-vous construit l’été 2009? – C’est toujours un cheminement, des associations d’idées qui évoluent. On a d’abord été impressionnés par les œuvres de Robert Ryman que l’on a vues dans cet endroit superbe, le Dia Center: des peintures toutes blanches, avec un rapport entre la toile et le mur, une connexion entre l’espace et la surface, très particulière. On a été frappés par cette âpreté, une efficacité sèche, rigoureuse. Pour notre collection d’hiver, on avait travaillé sur une féminité très séductrice. On a eu envie d’en prendre le contre-pied. On s’est inspirés du workwear, de la combinaison de travail. L’image que l’on avait en tête, c’était une photo des années 40, lorsque les femmes ont relayé les hommes pendant la guerre. On l’a trouvée à la bibliothèque du Congrès américain: c’est une femme avec une coiffure à grande mèche sur le côté, une fleur piquée dedans, avec des gants de chantier et une énorme perceuse. Un univers d’usines à avions, à sous-marins, surtout pas vintage ou mignon. Ça nous a donné envie de faire de l’industriel, de l’angulaire, des choses précises, bidimensionnelles et plus masculines.

– C’est une question d’époque? – Oui. Le contexte demande une attitude forte, des couleurs sombres, du structuré. On n’est plus dans des histoires de bijoux et de décors. Même si c’est abstrait et léger, ça peut être couvrant, architecturé, net. L’opposé des magazines people!

– Pendant les défilés, vous travaillez toujours avec la styliste Katie Grand? – Non, cette saison, on a changé de collaborateurs. On n’est pas encore sûrs du maquillage et de la coiffure, mais, pour le stylisme, ce sera la Française Marie Chaix. On a les mêmes références – les années 80, la couture des années 50… On est sur des histoires de silhouettes, d’attitudes. On veut quelque chose de plus percutant, de plus fort, de plus net. C’est très agréable et nouveau pour nous de travailler avec des gens de notre âge: on se comprend immédiatement. Le seul que l’on garde de l’ancienne équipe, non pas parce qu’il a notre âge, mais parce que c’est le meilleur, c’est Michel Gaubert à la bande-son.

– Vous avez eu tous les deux 30 ans cette année… – Oui.

– Grosse fête? – Non, pas particulièrement. En ce moment, on a le cœur à la campagne. On vient d’acheter une ferme à Sandisfield, dans les Berkshires, en plein Massachusetts. Une vraie ferme à retaper, avec des poules, des vaches, des cochons… Là aussi, c’est un immense chantier très inspirant. On y passe tous nos week-ends. Ça remet tout en perspective.

– Vous restez quand même branchés sur l’actualité? Vous savez pour qui vous allez voter? – Bien sûr (rires)! On est très engagés pour Barack Obama. On a même créé un bracelet à la demande d’Anna (Wintour) pour son organisation. En vente sur son site, le mois prochain, avec tous les produits de l’opé­ration «Runway to Change»…

Leur style est souple et brillant, sensuel et subtilement androgyne, coulé dans du luxe massif

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a