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rÉvÉlations

Les pudeurs dévoilées de Fifi Chachnil

Elle a une silhouette de jeune fille et on a du mal à croire qu’elle est la maman de trois filles, presque des femmes, de 20, 16 et 15 ans. Elle aime travailler le nylon «parce que ça glisse», la soie, la mousseline. Ses collections s’adressent à celles qui assument avec humour une féminité exacerbée. Propos recueillis par Isabelle Cerboneschi

Le Temps: Comment expliquez-vous ce désir des femmes de porter de la lingerie comme un vêtement depuis deux ou trois ans?

Fifi Chachnil: Je pense qu’elles ont de plus en plus envie d’exprimer leur féminité. Et la lingerie, c’est ce qu’il y a de plus féminin.

– Mais pourquoi maintenant? Vous semblez dire qu’elles ont été empêchées d’exprimer cette féminité auparavant…

– Oui, absolument. Je pense que les filles ont eu beaucoup de mal à faire admettre qu’elles pouvaient travailler autrement qu’en noir, en costume d’homme, en tenue soi-disant sérieuse, pour faire accepter leur talent. Il fallait qu’elles arborent un costume passe-partout, qui ne se voit pas, sans légèreté ni fantaisie. Le pire, ce furent les années 80. C’était l’époque des «power girls», des filles qui avaient besoin d’avoir un uniforme presque masculin pour se faire reconnaître. Les filles s’amusent avec leur costume depuis toujours. On leur a soudain demandé d’y renoncer. Maintenant il est devenu difficile pour elles d’oser. Elles sont rares à assumer le fait d’être toute la journée féminines.

– On ne peut tout de même pas leur demander de courir de la crèche au bureau, du bureau au supermarché avec des jupes serrées et des talons de 11 centimètres…

– C’est vrai. On demande beaucoup aux femmes. A la limite, elles s’habillent le matin de façon à être prête pour sortir le soir. Il leur faut des tenues tout-terrain parce qu’elles ont tellement de casquettes à porter. Autrefois, les femmes avaient du temps: le temps de se changer, d’avoir une tenue pour le matin, une autre pour le déjeuner, pour le thé l’après-midi, pour aller dîner. Elles ne faisaient que ça. Maintenant, évidemment, on n’a plus le temps. Le risque, c’est de ne s’habiller qu’en noir pour être transparente, passe-partout. Or on a besoin de couleur pour l’échange. La couleur parle pour vous, elle rayonne pour vous, elle maquille, elle donne de l’énergie à celui qui est en face de vous.

– Comment reconnaît-on une femme Fifi Chachnil?

– C’est une femme qui a beaucoup d’humour, une certaine légèreté, du recul, qui s’amuse d’elle-même. Ce n’est pas une femme qui voudrait juste se faire remarquer. Je pense que ce sont des filles qui n’ont pas peur, qui osent, des filles fortes.

– C’est assez étrange: porter votre lingerie, vos vêtements, donne une apparence de fragilité, alors qu’ils demandent au contraire un certain courage, pour les assumer.

– Oui, c’est vrai. Il faut de la force pour défendre ce discours parce qu’il est assez délicat. On peut s’entendre dire: «Mais qu’est-ce que c’est que cette fille qui porte des décolletés plongeants comme ça?» Quand on taxe ce que je fais de «sexy», ça m’énerve. Je trouve ça déplacé, ce n’est pas le but. Je cherche juste à idéaliser les femmes. Et il faut une certaine personnalité pour l’assumer.

– Lorsqu’on porte aujourd’hui des jarretelles, des corsets, on ne le fait pas pour l’autre, mais pour soi. On est dans une relation au corps plus narcissique que les femmes d’autrefois.

– C’est une forme de reconnaissance: on se reconnaît en tant que femme. On sent bien que le monde a besoin de nous, mais pas de nous déguisées en hommes. Si les femmes prennent plus de place en politique, c’est qu’on a besoin de plus de poésie et de moins de technocrates. Ce que l’on a à dire, on doit le dire à notre manière. Et nos vêtements sont aussi des mots.

– Alors que disent vos corsets?

– J’aime ce côté où l’on est dessinée, où l’on est obligée de se tenir, se porter. Dans une lingerie plus confortable, l’état d’esprit est beaucoup plus en «laisser-aller». J’aime bien l’idée d’«avoir un peu de tenue». Avec mes corsets, j’ai l’impression de soutenir les filles. A force d’en voir de tous les âges, je me rends compte qu’elles ont besoin d’être rassurées, d’être comprises. Parfois, j’ai envie de leur dire d’oser: ça fait du bien de les voir s’accepter. Le nombre de fois où j’entends dire: «Je ne mets pas des trucs de fille», «Je ne suis pas très fille». C’est incroyable d’entendre ça! Un homme, lui, ne dirait jamais: «Je ne suis pas très garçon.»

– Votre lingerie est très inspirée d’une imagerie des années 50. Pourtant, dans ces années-là, les femmes n’étaient pas vraiment libres. C’est un peu antinomique avec votre discours?

– Oui, c’est antinomique, mais maintenant que l’on a acquis le pouvoir de travailler, de voter, on peut redevenir féminines. Mais on ne pourra plus jamais nous dire qu’on est des femmes-objets…

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