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Figures de style

Punk is not dead?

Cette semaine, le gotha du show-business et de la mode s’est réuni au Metropolitan Museum of Art à New York pour vernir l’exposition «Punk: Chaos to Couture». Des stars ont arboré les attributs de la subversion punk. Par goût du bal masqué, fièvre citationnelle ou réelle nostalgie? se demande notre chroniqueuse Valérie Fromont

Hormis les défilés, il existe un événement majeur qui scande le calendrier de la mode: c’est le gala du Costume Institute du Metropolitan Museum of Art, à New York. Destiné à lever des fonds pour la recherche et l’enrichissement de ses collections, il est surtout l’événement mondain le plus prisé du milieu et le baromètre de la cote de popularité de ceux qui y assistent. En être ou ne pas en être, telle est la question qui agite l’Upper West Side et le microcosme international de la mode. La redoutée Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, règne en démiurge impitoyable sur ce bûcher des vanités, accordant leurs entrées aux uns (les jeunes actrices ou mannequins du moment), bannissant les autres (Kim Kardashian avant qu’elle ne redevienne fréquentable), décidant du choix de la robe de l’une, de la couleur du rouge à lèvres de l’autre. Et c’est chaque année pour le Met l’occasion d’inaugurer une grande exposition de mode. Cette semaine, ce gala vernissait en grande pompe PUNK: Chaos to Couture. Après s’être acquittés de leur ticket d’entrée à quelque 25 000 dollars (sans compter les épingles à nourrice), les invités avaient ainsi l’opportunité de rendre hommage, par leur tenue vestimentaire, à l’esprit punk.

La belle affaire. Lundi soir, on a donc assisté à une grande parade carnavalesque. Dans son allégeance, son interpré­tation ou son déni des codes, chacun était le metteur en scène de son propre rapport au punk et à la transgression. A grand renfort de tissu tartan au kilomètre, de lames de rasoir et de gel capillaire ultra-solidifiant, on a vu défiler tout un spectre de rebelles de pacotille. Madonna, pour l’occasion, avait même ressorti ses bas résille. Les Américains martelaient, avec la drôlerie d’une caricature qui s’ignore, qu’ils avaient bien compris le dress code. Les Anglais, conscients de leur ­devoir d’exemplarité, avaient choisi des tenues cryptiques. Il y avait encore ceux qui s’étaient naïvement trompés de codes ou d’époque. Et ceux qui ont ignoré superbement le thème – un long fourreau fleuri devenant ainsi la tenue la plus dissidente de la soirée. On avait même ressorti de la cave de vrais punks pour l’occasion, Vivienne Westwood en tête, papesse de la mode punk, avec son compagnon Malcom McLaren.

Les déguisements et les fêtes à thème ont ceci de réjouissant qu’ils sont hautement polysémiques. Ils ne révèlent pas tant une aptitude à se conformer qu’une manière singulière d’habiter un écart à la norme. Ce sont autant de métaphores, d’allégories, de façons d’être au plus près de soi en jouant à devenir autre. L’ensemble de cette mascarade avait quelque chose de vraiment joyeux. D’abord parce qu’elle constituait un intermède bienvenu dans l’affection immodérée que portent les stars de tapis rouge aux grandes robes meringuées. Et parce qu’il était assez cocasse de voir tous ces représentants de l’ordre établi, WASP pour la plupart, se démener pour avoir l’air le plus rebelle possible. Mais s’ils prêtent autant à sourire, c’est que le décalage entre l’esprit punk et la représentation que cette scène en offrait réduisait cette contre-culture à un gadget. Le punk, qui aimait aussi multiplier les signes, uti­lisait la mode comme une arme politique. Aujourd’hui, en s’appropriant son vocabulaire, la mode tente de puiser dans la musique et ses figures une sorte de légitimité à être autre chose qu’un produit de consommation. Oui, le style est un langage, une mise en scène de soi. Mais lorsque l’écart entre le signifiant (l’habit) et le signifié (l’esprit) est aussi grand que dans la plupart de ces tenues de gala pseudo-punk, la mode prête le flanc à la critique et dit exactement le contraire de ce qu’elle souhaiterait: qu’elle n’est, parfois, qu’un ensemble de signes désaffectés. Les Américains sont de drôles de gens, disait Mick Jaeger: d’abord vous les choquez, puis ils vous mettent au musée. Sans doute espère-t-il, avec nous, y entrer le plus tard possible.

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