◊ Thomas Buberl, 47 ans, directeur général d’AXA

Depuis 2016, ce binational suisse et allemand a relancé la filiale germanique du géant de l’assurance. Dès son arrivée au siège parisien de l’avenue Matignon, il a renforcé le pôle «dommages» pour diminuer l’exposition de son groupe aux placements financiers. Santé et retraite sont, répète-t-il souvent, les deux «risques d’avenir» dont les assurés cherchent à se protéger en priorité. Judicieux calcul démontré par la pandémie de Covid-19, mais lourd de conséquences sonnantes et trébuchantes à l’heure d’une possible «seconde vague».


◊ Bernard Comment, 60 ans, auteur et éditeur

En marge de son activité d’écrivain, le Jurassien a enseigné, coécrit plusieurs films d’Alain Tanner, traduit des romans d’Antonio Tabucchi. Il a aussi été l’élève de Jean Starobinski, à qui il doit beaucoup. Installé de longue date à Paris, il y dirige depuis quinze ans, au Seuil, la collection Fiction & Cie. Lauréat du concours de la nouvelle en 2011, il a publié l’an dernier un beau roman, Neptune Avenue, qui le voyait méditer sur les dérives des sociétés occidentales.


◊ Jean-Pierre Danthine, 70 ans, président de l’Ecole d’économie de Paris

Jean-Pierre Danthine n’a pas seulement eu un parcours exemplaire en Suisse, il occupe aussi de hautes fonctions en France. Ancien vice-président de la Banque nationale suisse, ce professeur d’économie a enseigné dans plusieurs universités de l’Hexagone. Après avoir dirigé FAME et le Swiss Finance Institute, il a été appelé à prendre la présidence de l’Ecole d’économie de Paris, une prestigieuse institution puisqu’elle compte dans ses rangs des personnalités telles que Thomas Piketty – un des économistes les plus influents du monde – et Philippe Aghion, par ailleurs professeur au Collège de France. A Lausanne, il dirige E4S.


◊ Jean-Marc Diébold, 53 ans, directeur du Centre culturel suisse

Il est le «seigneur» helvète du quartier du Marais. Le directeur français du Centre culturel suisse, rue des Francs-Bourgeois, à deux pas de l’hôtel de Soubise, qui abrita longtemps les Archives nationales, a le goût de la créativité métisse, acquise comme étudiant entre Genève et Lausanne, puis dans les quartiers nord de Marseille avec l’atypique Théâtre du Merlan. Son terrain est, depuis sa prise de fonction en janvier 2019, celui de la surprise. Musicale, architecturale, artistique. Son credo: valoriser la créative Helvétie en misant sur le goût parisien de la transgression.


◊ Lætitia Dosch, 40 ans, comédienne

Ses débuts au cinéma, la Franco-Suisse les doit au Valaisan Frédéric Mermoud, qui l’a dirigée dans Complices en 2010. Elle a depuis été remarquée dans La Bataille de Solférino, Mon roi et surtout Jeune Femme, qui l’a vue électriser le Festival de Cannes il y a trois ans. Mais c’est peut-être au théâtre que sa douce folie, et son sens de la provocation aussi, s’exprime le mieux. Diplômée de la Manufacture lausannoise, Lætitia Dosch peut aisément être qualifiée d’électron libre.


◊ Chantal Gaemperle, 58 ans, directrice des ressources humaines de LVMH

La Lausannoise n’imaginait pas que sa passion pour les ressources humaines la mènerait à diriger les personnalités les plus influentes dans le domaine du luxe. Après un parcours en Suisse où elle notamment exercé des responsabilités chez Nestlé, Chantal Gaemperle a été recrutée par Bernard Arnault pour prendre la direction des RH du groupe LVMH, fonction qu’elle exerce depuis 2007. Elle fait figure de bras droit du fondateur du numéro un mondial du secteur. Elle a la haute vue sur toute la politique des équipes du groupe, qu’elle a modernisé en le transformant en un employeur plus respectueux, notamment en termes de diversité.


◊ Kevin Germanier, 29 ans, créateur de mode

Ses silhouettes au glamour maximaliste ont séduit Björk, Beyoncé, Lady Gaga ou des superstars de la pop coréenne comme Sunmi. A moins de 30 ans, le Valaisan est l’un des créateurs les plus inventifs de l’industrie de la mode. L’un des plus responsables aussi. Au sein de sa marque, on ne travaille qu’avec des déchets textiles, strass, paillettes, stocks invendus de jeans, de chemises ou de t-shirts griffés. Une mode durable et désirable.


◊ Livia Leu, 59 ans, ambassadrice

L’ambassadrice de la Confédération à Paris a fait de l’hôtel de Besenval, sa résidence proche des Invalides, le lieu incontournable du savoir-faire suisse. Sa carte maîtresse: une réputation diplomatique flatteuse acquise, notamment, lors de son passage en Iran, dossier stratégique s’il en est pour ses interlocuteurs du quai d’Orsay. Dans le grand salon de l’ambassade, une tapisserie d’époque – les envoyés des cantons suisses à Versailles, reçus par Louis XIV – résume sa mission: faire de la paix «perpétuelle» entre les deux pays, signée en 1516, la marque durable de l’exception helvétique.


◊ Laurent Magnin, 32 ans, chef

Sa première étoile Michelin, obtenue en 2018, pourrait être gravée sur les pavés du quartier de Montmartre, qui l’a adopté. Le chef franco-suisse, arrivé à Paris dans les années 2000, a préféré prendre de la hauteur pour installer L’Arcane, son bistrot chic proche de la basilique du Sacré-Cœur. Un pari populaire pour ce gavroche des fourneaux, venu saluer sans toque ses clients qui lui ont accordé leur confiance. Les plats sont «à l’aveugle», laissant à chacun le goût durable de la surprise. Avec, toujours, cette blessure enfouie que fut, en 2016, la disparition de celui qui le forma: le chef Benoît Violier, défunt prince gastronome de Crissier (Vaud).


◊ Didier Pittet, 63 ans, médecin et épidémiologiste

Le père de la solution hydroalcoolique est désormais le juge de paix des tourments épidémiologiques français. Nommé le 23 mars 2020 par Emmanuel Macron à la tête d’une mission d’évaluation de la stratégie française contre le Covid-19, l’universitaire suisse fait depuis profil bas. Sa position, entre les commissions d’enquête de l’Assemblée nationale et du Sénat, est celle d’un arbitre sans sifflet ni maîtrise du jeu. «Permettre à chaque Français d’avoir accès à une information transparente… et élaborer des propositions pour renforcer notre système de riposte aux épidémies, en les comparant avec celles des autres pays touchés par le coronavirus»: sa lettre de mission a désigné par avance son principal ennemi: les rumeurs.


◊ Philippe Rahm, 53 ans, architecte

Originaire de Pully, formé à l’EPFL, cet architecte a acquis une audience internationale en plaçant les considérations climatiques au cœur de sa réflexion, loin d’une lecture esthétique et culturelle du bâtiment. De son agence parisienne, Philippe Rahm crée des températures plutôt que des formes, des aérations, des lumières, comme l’illustre le parc urbain de 67 hectares qu’il a conçu dans la ville de Taichung, à Taïwan.


◊ Darius Rochebin, 53 ans, journaliste

L’arrivée du journaliste vedette de la RTS sur le plateau de la chaîne d’information en continu LCI aura été l’un des points d’orgue de la rentrée médiatique parisienne en 2020. Au menu: une longue interview quotidienne qui réunit déjà entre 100 000 et 150 000 téléspectateurs par jour, beau score face à la concurrence féroce des journaux télévisés du soir. Et, déjà, la machine à rumeurs s’emballe: qu’adviendra-t-il l’an prochain, lorsque la timide LCI (troisième chaîne info derrière BFMTV et CNews) ne suffira peut-être plus à son appétit? L’érudition et le calme du présentateur helvétique en font déjà une boussole audiovisuelle très demandée.


◊ Marina Rollman, 32 ans, humoriste

En 2015, Le Temps la qualifiait de nouvel espoir romand de l’humour. Cinq ans plus tard, son Spectacle drôle connaît un succès ininterrompu à Paris et ses chroniques sur France Inter sont devenues incontournables. Pour Le Monde, elle traque «nos petits et grands travers, avec ironie toujours, férocité parfois». Avec son débit de mitraillette, son ancrage social et son féminisme jamais revendicateur, Marina Rollman a redynamisé l’art du stand-up.


◊ Monica Sabolo, 49 ans, autrice

Elle est née à Milan et a grandi à Genève, qu’elle quittera vers 20 ans pour s’engager auprès du WWF. C’est à Paris qu’elle mènera ensuite une carrière de journaliste, tout en se lançant dans une carrière d’écrivaine au début des années 2000 avec Le Roman de Lili. Lauréate du Prix de Flore 2013 pour Tout cela n’a rien à voir avec elle, qui est une totale autofiction, Monica Sabolo aime traquer le tragicomique de l’existence, comme le montrait encore l’an dernier Eden.


◊ Fiona Zanetti, 26 ans, DJ, mannequin, influenceuse

Cette Lausannoise d’origine est une redoutable femme d’affaires de l’ère digitale. Entre campagnes pour réseaux sociaux, création de contenu pour de grands paquebots du luxe et management de jeunes talents, la fondatrice de l’agence d’influenceurs Duskdawn est devenue en quelques années une personnalité incontournable de la mode 2.0. Derrière ses platines, elle fait aussi danser de plus en plus de festivaliers à travers le monde.


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