Les Anglais, les voitures. Les gazons peignés du Kent. Sud-est de Londres, sur le circuit de Brands Hatch: un tracé mythique aux portes de la capitale, serti dans des pelouses taillées avec un soin maniaque. La «pente boisée à l’entrée de la forêt» (l’étymologie gaélique de «Brands Hatch») s’apprête à une pluie de météores sur gommes tendres. Autour de la piste, une ambiance de camping dans des vapeurs de kérosène.

Dans l’arène, des portions de circuit légendaires: Brabham Straight, Paddock Hill Bend… Et des gentlemen en goguette qui en décousent sur l’asphalte vallonné du race track. Les plus grands ont ferraillé sur ce grand huit bitumé. Dans l’amphithéâtre du Kent, résonnent encore les échos du duel Jo Siffert – Chris Amon de 1968. Lotus l’anglais contre l’italien Ferrari. Des courses mythiques en plein cœur du jardin d’Angleterre. Jean s’apprête à vivre tout ça.

Assis à une poignée de centimètres du sol, ce gentleman driver est sanglé dans son baquet, adossé à un fougueux V8 (deux moteurs de moto additionnés) qui s’apprête à propulser les 800 kg de l’équipage sur orbite. Il est le propriétaire d’une SR8 RX, fabriquée par Radical SportsCars, à 160 km de là. Un cockpit ouvert, un moteur de moto et un poids plume. En plus de sa voiture, il a acheté à Radical tout le service qui lui donne l’accès aux circuits dans le cadre d’un championnat de pilotes amateurs.

«Gentlemen, start your engine.» Messieurs les Anglais, tirez les ­premiers. Un essaim de Radical se titillent sur la piste. Ces frelons britanniques se mesurent sportivement dans le staccato des soupapes. «L’idée, c’est de se faire plaisir», explique Romain Rousseaux, le représentant de la marque anglaise en France. Le temps d’un week-end de course, il accompagne Jean, son client, avec tout son staff. «Avec un service clés en main, nous proposons un encadrement comparable à celui d’une course pro. Jean n’a rien d’autre à faire que de monter dans sa voiture et se lancer sur la piste.»

«A +», nous renseigne son casque. Pour faire les présentations simplement, disons que Jean a l’essentiel de sa carrière derrière lui et de l’argent. C’est bien le rêve, associé à une logistique réduite au minimum, qu’il est venu chercher chez Radical France. Après une carrière chargée de responsabilités, il veut vivre sa passion avec le moins de contraintes possible. «Ici, je n’ai aucune pression. Je ne m’occupe de rien d’autre que de conduire.»

Jean ne court pas après un record pour autant. «Mais on joue le jeu jusqu’au bout, poursuit Romain Rousseaux, le team manager de Radical. L’accompagnement est très poussé, même si c’est de la course pour amateurs. Nous sommes là pour le guider en toute sécurité.» Jean incarne parfaitement l’amateur qui veut aller plus loin qu’avec sa sportive de route, sans avoir à se soucier de questions de logistique. Le client idéal pour Radical, qui propose des autos prêtes à rouler et simples à entretenir. La marque se veut la transition idéale entre les GT et les monoplaces, des voitures très pointues et pas du tout adaptées aux néophytes. Elle organise aussi des journées loisir, hors compétition.

Jean a choisi la formule ­complète: voiture, piste et tout le service autour. Jusqu’à l’instructeur qui l’accompagne sur le circuit. Radical a aussi créé son propre championnat. Décliné en plusieurs catégories, il permet aux amateurs de tous niveaux de courir, sur tous les circuits d’Europe et d’ailleurs.

«Quand tu freines, tu dois avoir la même sensation que quand tu appuies sur l’accélérateur, lui précise son instructeur, un pilote professionnel. Tu dois appuyer plus fort. Tu verras, la voiture va se placer toute seule.» Le débriefing se fait en bord de piste, sur ordinateur, devant une vidéo disséquée par un logiciel. Trajectoire, quantité de gaz, freinages, etc. Tout est scruté dans les moindres détails. A la pause de midi? L’ambiance est chaleureuse. On parle vie personnelle et plaisante beaucoup.

Les passionnés qui recourent à Radical pour ce baptême sur piste ont l’opportunité de toucher du doigt leur rêve, à des budgets qui restent raisonnables pour ce genre d’activité. Alors qu’une saison en monoplace amateur se compte en millions, Radical propose des tarifs bien moins prohibitifs. Sur un Championnat d’Europe en Radical, il faut compter à peu près 120 000 euros, budget hors casse, pour sept courses dans l’année. Le tarif inclut l’essence, le transport, la préparation de la voiture, l’assistance sur place, les frais de participation, les pneus, les plaquettes.

Le prix de la voiture? «La SR8 de Jean coûte 125 000 euros hors taxes, dit Romain Rousseaux. A titre de comparaison, une Ferrari GT3 (comme une 458 préparée pour la course, ndlr), c’est 450 000 euros. Là où Radical se démarque, c’est que la marque propose des voitures de course dont les performances sont meilleures que celles des GT, et le pilotage plus facile. Et les frais de roulage sont bien moins importants. Il existe d’autres voitures dans les mêmes budgets, mais beaucoup plus dures à conduire.»

Le grand argument du constructeur britannique est cette facilité de prise en main. Si l’on poursuit la comparaison: à performances égales, une 458 GT3 pèse 1,3 t quand une Radical affiche sur la balance un poids de 670 kg à vide. Un rapport quasi du simple au double. «Tout le secret est là, explique Romain Rousseaux. Le pilotage est bien plus facile en raison du poids, et de l’architecture de la voiture. Radical fabrique des châssis tubulaires, plus bas, beaucoup plus typés course. L’appui aérodynamique est en outre bien plus important que sur une GT.»

Supers karts au poids plume, les voitures Radical «n’embarquent pas» dans les virages: le poids et l’inertie sont réduits au minimum. En ligne droite, elles propulsent en revanche, dans un autre monde.

Messieurs les Anglais, tirez les premiers