Don’t stop me now. Si Rami Malek était une chanson, ce serait celle-ci. Parce qu’il s’est fait connaître en incarnant Freddie Mercury, le mythique showman de Queen dans le biopic consacré au groupe, Bohemian Rhapsody. Et parce que depuis ce triomphe en 2018 (un Golden Globe et un Oscar, notamment) qui l’a fait connaître au monde, l’acteur américain est inarrêtable. Il côtoiera bientôt Denzel Washington et Jared Leto à l’affiche du thriller Little Things, prévu en janvier prochain, et, surtout, donnera du fil à retordre à James Bond dans Mourir peut attendre… que le monde n’en peut plus d’attendre. Une consécration pour ce fils d’immigrés égyptiens installés à Los Angeles, qui a dû batailler pour décrocher ses premiers rôles.

Visage (atypique) d’un Hollywood moderne et pluriel, Rami Malek figure aussi parmi les nouvelles égéries de Cartier, plus particulièrement de la montre Pasha, modèle phare des années 1980 remis aux goûts – épurés et audacieux – du jour. A ses côtés, Maisie Williams (lancée par le rôle d’Arya dans Game of Thrones), Willow Smith (fille de Will, devenue chanteuse et actrice) ou encore Jackson Wang (membre du boys band sud-coréen GOT7). «Une série d’artistes et d’entrepreneurs inspirants, tous accomplis de leur propre manière, souligne Rami Malek. Je suis honoré d’en faire partie.» Retour sur une fulgurante ascension, entre concerts live et espionnage.

Comment vivez-vous la crise que nous traversons?

Elle nous force à être créatifs autrement, avec des moyens d’expression vers lesquels on ne se tourne pas habituellement. A ce niveau-là, c’est une période instructive. J’essaie d’utiliser ce temps au mieux, pour juste digérer la situation.

… avec les tubes de Queen en fond sonore, ou les avez-vous assez écoutés?

Non, ils ne me lasseront jamais! We are the Champions, par exemple, nous rassemble et nous pousse en avant dans des temps d’adversité. C’est un morceau spécial. Mais ils le sont tous, car ils représentent une période de ma vie dont je suis nostalgique et me permettent de m’y replonger facilement.

Justement, cela fait maintenant deux ans que «Bohemian Rhapsody» est sorti. Que gardez-vous de cette aventure?

J’essaie encore de réaliser ce qui m’est arrivé! C’était une expérience extraordinaire, et les relations que j’ai tissées avec l’équipe, le casting et Queen sont autant de cadeaux qui continuent à vivre aujourd’hui: nous sommes toujours une famille, et je le savoure chaque jour.

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Un souvenir que vous gardez précieusement?

Il y en a tellement… Je pourrais repenser à chaque jour de tournage et en choisir un. Mais je dirais peut-être notre toute dernière prise, un concert live du groupe. Pouvoir tirer sur scène ma révérence en tant que personnage, mais aussi tourner personnellement cette page de ma vie, a été un moment inoubliable.

Est-ce que la pression était grande d’incarner une figure aussi légendaire que Freddie Mercury?

Bien sûr! Pas tant du fait que Freddie soit ultra-connu, mais parce qu’il est idolâtré par tant de gens, moi y compris. Mais j’étais heureux d’assumer cette responsabilité, ça a été un honneur, un moteur.

Pour vous glisser dans sa peau, vous avez fait appel à des coachs de langage et de mouvement. Une longue préparation que vous aviez aussi suivie pour votre personnage d’Elliot Alderson, cyberingénieur torturé dans «Mr. Robot». Cette préparation est-elle essentielle?

Totalement. Je passe un temps considérable à construire mes personnages, parce que ces «devoirs» permettent ensuite une certaine liberté d’interprétation devant la caméra. J’aime ce processus créatif. Les personnages complexes m’ont toujours attiré, parce qu’il y a tellement à creuser; les possibilités en tant qu’acteur sont infinies. Pour Bohemian Rhapsody, je ne l’ai pas remarqué, mais mes proches m’ont dit qu’au fil du temps ils voyaient Freddie déteindre sur moi.

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Vous serez Safin, l’ennemi juré de James Bond, dans le prochain «Mourir peut attendre». Difficile de faire plus iconique!

Si je n’étais pas tout juste sorti de l’expérience Bohemian Rhapsody, me lancer dans un blockbuster de cette ampleur aurait été très intimidant. Ce rôle m’a permis de profiter d’avantage de l’aventure James Bond. J’étais tout fou d’arriver sur le plateau!

Etiez-vous un fan de James Bond?

J’ai grandi avec eux. Je les regardais avec mon père, qui a fait mon éducation cinématographique. Ça allait de Kubrick à James Bond. Je les ai tous vus, du premier au dernier! J’ai toujours du mal à croire que je joue ce méchant emblématique de la franchise.

Comment décririez-vous l’expérience du tournage?

Il ne ressemble à aucun autre. Vous arrivez sur le plateau à Londres et vous l’apercevez, ce mythique agent 007 en personne. C’est surréaliste. En voyant Daniel (Craig, ndlr) faire un job phénoménal, il y a ce moment où vous faites un pas de recul et vous dites: «Oh, OK, il faut vraiment que je joue maintenant!» C’est un peu ce sentiment de retourner à l’adolescence, de se promener sur des plateaux où les rues portent des noms comme Golden Eye… C’est puissant!

De quoi démystifier vos rêves d’enfant?

Oh, ça s’est produit il y a déjà bien longtemps, quand j’ai commencé à comprendre comment le cinéma fonctionne… (Il rit.)

Safin sera-t-il un héros purement mauvais, que l’on adore détester, ou une figure torturée, à l’image du Joker de Joaquin Phoenix?

C’est exactement la question que l’on s’est posée avec Cary Joji Fukunaga (le réalisateur, ndlr) lorsque l’on a commencé à esquisser le personnage. Il vous faudra attendre pour voir!

Les acteurs disent souvent que jouer un méchant est assez jouissif.

(Il réfléchit.) Je ne sais pas si c’est toujours jouissif, mais dans le contexte de James Bond, je suis totalement d’accord. C’est comme si une connivence se créait avec le public. Il n’y a pas d’adversaire semblable à James Bond!

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Dans une interview au sujet de la série «Mr. Robot», vous avez dit: «Je n’aurais jamais cru qu’un type nommé Rami Malek, avec un physique comme le mien, décrocherait le rôle principal d’une série.» Craigniez-vous que vos origines ne vous empêchent d’obtenir certains rôles?

En grandissant, je ne me souviens pas avoir vu beaucoup d’acteurs qui me ressemblaient. Et je pense que ce manque de représentations peut façonner les attentes que l’on a. Mais ce n’est pas pour autant que je n’allais pas travailler dur, ou essayer de bousculer cet état de fait. Et je continue encore aujourd’hui. Je n’ai jamais eu le sentiment de devoir me conformer aux standards traditionnels.