Raves Parties

Cuisine Valoriser les surplus alimentaires en cuisinant collectivement et en musique, c’est le principe des Disco Soupes

Le concept fait fureur de Berlin à Amsterdam et déferle sur nos villes

Une montagne à éplucher. Choux, carottes, navets, raves, choux-pommes, poireaux, céleris, patates. Des gros, des gras, des minces et des difformes, des tubulaires et des turgescents, des surnuméraires et des superfétatoires, des moches et des grunge, des chauves à radicelles, des végétaux hors norme. Une bassine géante où barbotent les mêmes, après épluchage. Des planches, des économes et des couteaux d’office, des petites mains qui s’activent et des bassins qui se déhanchent au rythme de la salsa, de vieux tubes disco, garage, house ou jazz. Des airs de guitare ou d’accordéon, des DJ ou des musiciens de rue pour faire vibrer une cuisine collective, en plein air ou dans un squat. Les Disco Soupes commencent toutes de la même manière, sur un air commun, c’est ensuite qu’elles varient.

Vous n’avez jamais entendu parler des Disco Soupes? Ne tournons pas autour du pot, elles pourraient bien vous faire chavirer demain pour la bonne cause. Séance de rattrapage express, à l’heure où le concept s’apprête à submerger nos villes…

A Neuchâtel, le collectif AED (Alternative Etudiante Durable) s’apprête à vivre sa quatrième édition de Disco Soupe dans un squat du vieux Serrières au son de multiples concerts: trash poétique, garage punk, électro expérimentale…

A Lausanne, des étudiants issus de Slow Food et d’UniPoly, autre groupe engagé dans le développement durable, préparent pour le printemps leur première célébration musico-culinaire.

Avant eux, la première Disco Soupe trouve son origine à Berlin en 2012 sous le nom de Schnippel Disko. De là, elle migre en région parisienne avant d’essaimer un peu partout en France. Rennes, Nantes, Marseille, Toulouse… A la Bastille, 1,5 tonne de légumes destinés à la poubelle sont convertis en soupe grâce à la belle énergie d’une poignée de jeunes qui interpellent les passants. A Berlin, désormais annuelle, la manifestation draine entre 15 000 et 30 000 participants. Partie d’un petit noyau, la soupe française a pris de l’ampleur après la rencontre, sur un plateau télé, de l’activiste britannique Tristram Stuart, avec qui s’est alors mijoté un «banquet des 5000». «Nous nous étions donné pour objectif cinq villes, mais très vite, il y en a eu 15 autour de la même idée: dénoncer le gaspillage alimentaire», raconte Bastien Beaufort, l’un des fondateurs, doctorant en géographie. De Marseille à Amsterdam en passant par Neuchâtel, on estime aujourd’hui à une centaine le nombre d’événements dans 60 villes et une quinzaine de pays. «C’est une manière de s’attaquer à un problème vraiment sérieux sur un mode agréable et amusant. On réunit là deux éléments antinomiques: la musique et la nourriture: les Disco Soupes réussissent le mariage improbable de la convivialité et de la scène.»

Une vision que partage Sarah Ducret, la vice-présidente neuchâteloise d’AED. Groupe d’étudiants en ethnologie, soucieux d’«agir, réfléchir, changer les choses». L’idée de départ de la Disco Soupe neuchâteloise était de récupérer et de redistribuer de la nourriture parmi les étudiants, souvent en situation précaire, mais aussi au-delà. La quinzaine d’étudiants mobilisés par le projet a fait le tour de la grande distribution et d’institutions comme Table Suisse ou Caritas, mais aussi de maraîchers de la région et d’une coopérative bio pour mettre leur disco-philosophie en pratique, et en musique. La manifestation a débuté modestement en octobre dernier sur une place neuchâteloise, avec une trentaine de litres de potage et une sono bricolée, avant de se voir récompenser par le Prix du développement durable de la Conférence universitaire suisse. Sa quatrième édition se tiendra ce mercredi dans un café désaffecté, avant de devenir mensuelle dès ce printemps.

A Lausanne aussi mijote un projet cousin: une Disco Soupe géante prévue début avril place de l’Europe, au Flon. Marie Dysli et Timothée Olivier, deux des organisateurs, sont aussi militants de Slow Food, mouvement pionnier de la prise de conscience environnementale et du manger «bon, propre et juste», qui se penche depuis longtemps sur le thème du gaspillage. Plus moyen d’ignorer en effet qu’un tiers des aliments finissent à la poubelle – dont 27% sont perdus sur le lieu même de leur production: fruits ou légumes déclassés en raison de leur aspect ou de leur calibre. Ceux-là mêmes que les Disco Soupes entendent valoriser. Marie, Timothée et leur groupe d’UniPoly entendent sensibiliser les Lausannois à ce beau gâchis, mais aussi «en profiter pour leur redonner le goût de cuisiner ensemble…»

Le 19 février, dès 16h, Café du Pont, 24, rue Erhard-Borel, Neuchâtel-Serrières. Le 10 avril, dès 15h, place de l’Europe à Lausanne.

«C’est une manière de s’attaquer à un problème vraiment sérieux sur un mode agréable et amusant»