Pour que rayonne la création romande

Prix En septembre sera décernée la Distinction romande d’architecture 2014 à des ouvrages contemporains. La manifestation quadriennale est destinée à promouvoir des talents peu médiatisés dans toute la Suisse et en Europe

Comment se mesure la valeur d’un bâtiment non patrimonial? Qu’est-ce qu’une architecture contemporaine de qualité? Pour le public, il est parfois aussi difficile de se prononcer que pour juger d’une œuvre d’art. Et pourtant, derrière une vision architecturale, un vocabulaire particulier directement perceptible, on trouve de nombreux paramètres que seuls des professionnels peuvent évaluer. «Nous estimons que les bâtiments contemporains ont tout autant de valeur que les objets patrimoniaux même si l’on considère généralement qu’il faut avoir environ trente ans de recul sur une production pour avoir un vrai sens critique», énonce l’architecte Marielle Savoyat, commissaire de la manifestation.

D’où l’intérêt de faire reconnaître sa production par un jury qualifié, aux compétences diverses. Cette année le comité de patronage de la DRA (Distinction romande d’architecture), qui existe depuis 2006, est présidé par Alain Berset, conseiller fédéral, avec pour membres des personnalités telles que Philippe Biéler, président de l’association Patrimoine suisse, l’artiste Carmen Perrin ou encore Werner Jecker, fondateur des Ateliers du Nord. «En réunissant des personnalités du monde politique mais aussi du monde artistique, nous souhaitons montrer que l’architecture abrite les activités humaines au sens large», ajoute la commissaire.

La DRA fait appel à des candidatures spontanées provenant des architectes mais aussi des maîtres d’ouvrage qui, selon Marielle Savoyat, ont «un rôle à jouer, à valeur égale, car ils ­donnent une valeur à l’architecture par leur ouverture et leur sensibilité».

Que ce soit une ferme, une école, un bâtiment administratif, une réalisation ou une réhabilitation, le jury statue toutes catégories confondues, sans privilégier l’habitation individuelle, mettant en évidence les enjeux urbanistiques.

«Au XIXe siècle, on mettait beaucoup d’emphase sur les bâtiments publics et on laissait le reste à l’initiative des propriétaires. Aujour­d’hui il y a une vision, on envisage l’aménagement du territoire jusqu’à la plus petite échelle», déclare Francesco Della Casa, architecte cantonal de ­Genève et partenaire de la manifestation. Ajoutant que «le débat public sur les questions d’urbanisme et d’architecture s’est intensifié, devenant un des enjeux majeurs du débat démocratique, à Genève plus qu’ailleurs mais aussi dans le reste de la Suisse romande.»

La sélection 2014 ne prend en compte que des objets construits depuis 2010. Pour le moment, plusieurs centaines d’ouvrages sont examinés et le jury dévoilera les nominés puis les primés mi-septembre.

«Cette manifestation étant d’ampleur romande, nous voulions montrer que l’architecture suisse a une renommée internationale, mais aussi au niveau régional. On a vu le succès de l’architecture régionaliste tessinoise dans les années 80, puis ont émergé de grands noms en Suisse alémanique. Mais la Romandie attend son tour», déclare Francesco Della Casa, estimant qu’on n’y décerne pas une thématique et une culture commune très perceptibles.

«Malgré la présence de l’EPFL, ajoute-t-il, on peine à déceler, au fond, ce qui peut faire école. La DRA est un des moyens de montrer qu’il y a des préoccupations communes à Fribourg et à Neuchâtel, qu’il y a une qualité, un savoir-faire, une tradition à mettre en évidence.»

Une fois les prix décernés le 17 septembre, une exposition itinérante circulera en Suisse et en Europe durant une année, afin de faire rayonner l’architecture romande et de faire connaître notamment de jeunes bureaux peu médiatisés. A l’inverse de certains à la renommée mondiale, les «stars architectes» qui assurent leur promotion par un grand battage marketing. «Ces grands bureaux ont leur propre cellule de communication et inondent la presse internationale. Mais on arrive au bout de cette tendance car on se rend compte que ça ne génère pas forcément de la qualité sur l’ensemble des villes. Ce sont des points de visite pour les touristes EasyJet bien sûr mais la multiplication de ces objets grandiloquents a ses limites», assène Francesco Della Casa.

L’architecte souligne l’attachement de chacun à son cadre de vie, le public étant à la fois sensible à la manière dont on adapte les constructions existantes aux conditions énergétiques et environnementales actuelles, mais également aux plus petites opérations de réhabilitation d’objets patrimoniaux.

«Le débat public

sur les questions d’urbanisme

et d’architecture

s’est intensifié»

«La multiplication

des objets grandiloquents

a ses limites»