Conférence de conciliation

Référendum sur les armes: flinguer Schengen, à quel prix?

OPINION. Alors qu’elle ne contient pas de restriction réelle pour les tireurs sportifs, la nouvelle loi est violemment attaquée. L’attitude de milieux qui, d’ordinaire, apprécient la précision, surprend. C’est qu’ils mènent en fait une autre bataille

Cela aurait pu aller de soi. Marquée par des attentats terroristes, l’Europe modifie l’Accord de Schengen, qui règle la coopération en matière de police et de sécurité. Le but: harmoniser le contrôle des armes à feu, en particulier semi-automatiques, entre les Etats et permettre un meilleur échange d’informations à ce sujet. La Suisse, associée au traité depuis un vote du peuple en 2005, adapte partiellement sa législation.

Une bataille contre l’UE

C’était compter sans un groupement d’associations bien décidé à faire échouer le projet. Et qui sort, osons l’expression, l’artillerie lourde pour s’attaquer à une modification somme toute modeste. C’est que leur démarche ne se soucie pas tant des effets concrets que de transformer la contestation en bataille culturelle contre l’Union européenne.

Comme il se doit, l’argumentaire commence par convoquer le citoyen soldat qui conserve chez lui son arme d’ordonnance. La part des militaires faisant ce choix a pourtant baissé de 43% en 2004 à 11% en 2016. Il n’est d’ailleurs pas concerné par les changements, puisque le Conseil fédéral a négocié une exception.

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Une accumulation d’outrances

Alors que la loi prévoit que le simple fait d’être membre d’un club de tir donne droit à la détention d’un fusil, elle est qualifiée d’anti-suisse et de liberticide. Elle serait même inutile, alors qu’elle permettrait de fait aux polices de savoir qui détient une arme semi-automatique, mais aussi qui a essayé d’en acheter une et s’est fait refuser ce droit – une information pas totalement inintéressante!

Cette accumulation d’outrances traduit une position de fond contradictoire. D’un côté, les armes à feu sont présentées comme une composante de traditions helvétiques – ce qu’elles sont – et comme des objets anodins – ce qu’elles ne sont pas. D’autre part, la grande crainte du comité référendaire ne concerne pas tant le tir sportif que, pour le dire dans leurs mots, la diminution du nombre d’armes légales dans le pays, et de leur prétendu effet dissuasif. Plus d’armes pour moins de crimes: certains pays s’y sont essayés, rarement avec succès…

Au nom du citoyen soldat, défendre le citoyen policier et même le citoyen justicier, tout en privant la police d’informations essentielles: ce référendum qui s’assume anti-européen trompe son monde et vise volontairement à côté de la cible. Un comble.


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