Patrimoniale

Reims, 
cité des rois, cité
 des bulles

Le célèbre vin aux bulles évanescentes éclipse, dans l’esprit de beaucoup, 
la Champagne 
qui compte pourtant de nombreuses autres richesses. Parmi elles, Reims, une ville qui pétille

Située au nord-est de Paris, à quelque quarante-cinq minutes à peine de la capitale en TGV, Reims offre au visiteur tous les atouts d’une grande ville en lui épargnant soigneusement les habituels inconvénients de celle-ci. Patrimoine historique riche, offre culturelle variée et art de vivre s’y conjuguent en effet avec un talent rare. Reims constitue ainsi bien plus qu’une simple base pour découvrir la Champagne.

«Pour appréhender et apprécier Reims, pas besoin de longs discours. Il suffit d’y flâner, de décoller les yeux des pavés et de les laisser vagabonder d’immeubles en fontaines, de bistrots en musées, d’artères en parcs publics», précise Laurence Stolarczyk, fine spécialiste de la cité rémoise. C’est vrai, un joyeux mélange de styles cohabite harmonieusement, conséquence des dégâts immenses que la Première Guerre mondiale infligea à la ville, la laissant meurtrie, en ruine, à reconstruire presque intégralement.

«L’Ange au sourire»

Déambuler à partir du centre de la cité permet d’en comprendre la géographie intime et d’en découvrir l’architecture bigarrée. Les façades Art déco – et dans une moindre mesure Art nouveau – se succèdent, certains édifices comme la bibliothèque Carnegie et l’Opéra étant même de remarquables exemples de ce mouvement artistique. «Ils sont les deux ouverts au public et valent la visite. Dans le grand hall de la bibliothèque, n’oubliez pas de lever les yeux au plafond pour découvrir le monumental lustre Art déco dessiné par le maître verrier rémois Jacques Simon», ajoute celle qui connaît la ville dans ses moindres recoins.

De là, quelques minutes seulement suffisent pour gagner à pied un monument incontournable dont la haute silhouette se distingue loin à la ronde malgré la curieuse absence de flèches à son sommet: la cathédrale Notre-Dame de Reims. Du parvis, le visiteur attentif remarquera le fameux Ange au sourire qui orne le portail nord de la façade occidentale. Mais c’est en pénétrant dans l’édifice qu’il en comprendra la portée historique. «A la suite du baptême de Clovis, roi des Francs, dont le lieu exact est signalé par une inscription gravée sur une dalle en pierre, c’est là que se sont déroulés les sacres royaux de 
816 (Louis le Pieux) à 1825 (Charles X)», reprend Laurence Stolarczyk. Un symbole fort de la ville qui, depuis son bombardement par l’artillerie allemande en septembre 1914 et l’incendie qui s’ensuivit, incarne les souffrances endurées par la ville et ses habitants, bien décidés à profiter de temps meilleurs.

Biscuit rose

Des moments de douceur, la Maison Fossier en propose depuis 1756 sous la forme d’une délicatesse devenue une institution: 
le célèbre biscuit rose. Difficile de résister à la tentation des produits présentés dans la vitrine de celle qui se trouve être la plus ancienne biscuiterie de France. «C’est toujours un vrai bonheur de travailler avec cet emblématique biscuit rose réellement cuit deux fois (bis-cuit)», précise Philippe Mille, cuisinier doublement étoilé de la ville à l’enseigne du Domaine Les Crayères, dans son ouvrage Le Goût à l’état brut paru récemment aux Editions Albin Michel.

Visiter Reims sans s’adonner au plaisir coupable de la dégustation de quelques bulles est sacrilège. Une pause s’impose Aux 3 P’tits Bouchons (rue Gambetta 90) où Lucile et Salomé proposent des bouteilles bien choisies. «Patronnes adorables, excellents conseils, ambiance chaleureuse garantie mais lieu exigu parfois victime de son succès», résume un habitué. Les plus prévoyants, pour ne pas dire les plus assoiffés, s’y rendent avant l’heure de pointe…

Pour les amateurs d’espaces verts et de nature, nul besoin de sortir de la ville. Reims n’offre pas moins de 265 hectares dédiés à la balade, dont 100 aménagés en parcs et en squares. Sans compter la magnifique «coulée verte», une bande de 650 hectares d’un seul tenant, véritable trait d’union entre l’est et l’ouest de la cité dédié au sport et à la promenade. Parfaitement suffisant pour s’aérer avant d’aller explorer les caves crayeuses de la région.

S’il fallait ne retenir que trois étapes pour une brève escapade aux alentours de Reims afin de découvrir ce qui fait la renommée internationale de la Champagne, son fameux vin effervescent, il n’y a pas matière à hésiter longtemps. Le parcours gagnant passe par la colline Saint-Nicaise pour découvrir ses caves et son urbanisme lié au champagne, emprunte ensuite l’avenue de Champagne à Epernay – un village voisin de quelque 30 kilomètres à peine – et sillonne enfin entre les ceps du vignoble historique de Cumières et d’Ay.

«Si Reims se révèle une destination aussi appréciée par ceux qui la découvrent, c’est grâce à la grande diversité des intérêts auxquels elle sait répondre. Et pour ceux qui la connaissent déjà, comme de nombreux métropolitains qui y viennent pour le week-end, elle représente un endroit où l’art de bien vivre a encore une vraie signification», résume justement Michel Boulant. Ce n’est pas forcément le coiffeur barbier talentueux de rue Buirette qui le dit. Mais ses clients dont il recueille les confidences entre deux coups de ciseaux. Le meilleur des jugements.


Y aller

En voiture: 5h30 depuis Genève ou Lausanne. En train: environ 50 minutes depuis Paris Gare de l’Est.

Y dormir

Hôtel de la Paix. Tenu par une même famille propriétaire depuis quatre générations, il propose une infrastructure de qualité, tarifée sans excès, et offre l’avantage d’être situé en plein cœur de Reims, à quelques pas de la cathédrale et des commerces. Dès 180€ la nuit.
www.bestwestern-lapaix-reims.com

Y manger

L’Assiette Champenoise, aux mains d’Arnaud Lallement, brille au firmament de la gastronomie reimoise avec 3 étoiles Michelin. L’établissement conserve cependant une gestion familiale de l’accueil. www.assiettechampenoise.com

Brasserie Les Halles. Située en face des fameuses halles Boulingrin, cette brasserie propose en plein cœur de la cité une cuisine de qualité à des prix très accessibles.
www.brasserieleshalles.fr

Le Parc des Crayères. Philippe Mille, jadis lieutenant de Yannick Alléno, propose depuis 2009 une cuisine classique qui fait la part belle aux producteurs locaux.
www.lescrayeres.com

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