Associée à Jackie Kennedy qui la repéra dans la devanture d’une boutique de Californie un jour de 1967, cette montre joaillière symbolise tout le savoir-faire de la maison avec son bracelet en or façon «mur de briques» et son décor extérieur guilloché «écorce d’arbre» ainsi que son cadran de pierre dure. Une alliance de l’or et de la couleur (cadran de jade, émeraudes à midi, 3h, 6h et 9h) qui est un des traits identitaires de la marque. Ainsi que l’explique Alain Borgeaud, responsable du Patrimoine Piaget: «L’association du travail de l’or et de la couleur est très emblématique. Ce qui nous caractérise, c’est cette combinaison des différents traitements de l’or: martelé, poli, guilloché, etc. Dans les années 60-70, nos bracelets ont ce raffinement tant du point de vue structurel que visuel. Nous avons voulu conserver ce savoir-faire historique qui nous est propre en termes de fabrications de bracelet or. Celui de la montre de Jackie Kennedy est appelé Palace: le guilloché se fait à la main au burin ou à l’échoppe qui entaille la matière sur toute la longueur. Yves Piaget me disait qu’à l’époque la maison employait 40 personnes qui ne faisaient que du décor de bracelet, ce qui donne l’échelle du succès de ce style de montre.»

Le modèle qui a tapé dans l’œil de Jackie n’était pas une pièce unique, c’était un grand classique de la maison qui était «customisable». Ce que montre l’affiche publicitaire de 1967 où une élégante croqueuse de diamants hésite entre plusieurs versions aux cadrans de pierre fine, sertissage et bracelets différents. «J’ai retrouvé dans un journal de Palm Beach de la fin des années 60 une photo représentant des femmes de la bonne société en robes du soir dans un salon d’une sublime demeure, et toutes portent une montre Piaget, c’était le must de l’époque», ajoute Alain Borgeaud. Malheureusement aucun témoignage photographique de Jackie Kennedy portant la «Traditionnelle ovale». Peut-être est-ce dû au fait qu’elle portait en soirée de longs gants qui montaient jusqu’aux coudes? Ou alors parce qu’elle aimait surtout les bijoux fantaisie trouvés en grand nombre dans ses effets personnels lors de la vente de 1996 durant laquelle Piaget a racheté le modèle de 1967.

«Dans ces années-là, il y avait cet esprit «jet-society», cet art de vivre très glamour. Cette montre évoque cette élégance que véhiculaient les happy few de Palm Spring ou Palm Beach. D’autres marques ont essayé d’imiter les cadrans de pierre dure de Piaget mais en utilisant la laque. Le savoir-faire est en effet très spécifique, fabriquer un cadran de 0,7 mm d’épaisseur n’est pas à la portée de n’importe qui», déclare Alain Borgeaud. Aujourd’hui plus que jamais, la maison puise dans ses racines. «Depuis le début des années 2000, une attention particulière a été portée à la pérennisation des codes stylistiques et des savoir-faire maison qui leur sont liés.» Comme la «Traditionnelle ovale», modèle joaillier intemporel. Car une montre reste, chez Piaget, «un bijou qui donne l’heure», selon le responsable du Patrimoine. Quelquefois, cadran et lunette sont conçus sur le même motif, ce qu’on appelle «l’intégration complète».

La montre de Jackie ne portait pas de nom au moment de sa création, comme aucune autre montre avant 1990. Les dirigeants de l’époque souhaitant que l’on achète tout simplement «une Piaget».

A l’inverse d’aujourd’hui où l’on donne une appellation évocatrice à chaque nouveauté, censée raconter une histoire. «A l’époque, on n’était pas du tout aussi axé marketing, ajoute Alain Borgeaud. Ce qui comptait c’était le moment présent, on dessinait une montre, on la vendait et on pensait à la suivante.»

La «Traditionnelle ovale» est rééditée cette année dans l’esprit des années 60, celui d’une «élégance destinée à durer», selon le responsable du Patrimoine (lire le reportage sur la fabrication du bracelet p. 30).