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Le centre-ville, victime de son succès touristique. L’Islande connaît une fréquentation à la hausse incontrôlable (plus de 2,5 millions de visiteurs en 2017, contre seulement 600 000 en 2011)

Voyage

Reykjavik, ville bipolaire

Longtemps réputée pour sa tranquillité surannée, la capitale islandaise doit aujourd’hui faire face à un afflux exponentiel de touristes. Une situation pas simple à gérer, mais la ville a quand même su préserver son identité unique

Avant d’embrasser Reykjavik, il faut d’abord apprivoiser l’aéroport voisin de Keflavik. Une expérience incertaine qui peut ressembler à un survol des champs de lave sous le soleil de minuit, dans un sublime sentiment d’éternité. Ou alors à un atterrissage en pleine tempête hivernale, pour apercevoir la piste seulement une fois l’avion posé dessus. Ce n’est pas la même émotion, ni le même degré de frayeur, mais dans les deux cas une plongée immédiate dans un autre monde: vous êtes en Islande, le pays de tous les possibles. Et bientôt à Reykjavik, «la capitale la plus septentrionale du monde», comme elle aime à se vendre.

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Capitale, vraiment? La ville n’a pourtant rien d’une mégalopole avec ses 180 000 habitants, grande banlieue comprise. Disons plutôt une petite bourgade avec ses quartiers résidentiels, ses coins culture, sa douceur de vivre et ses promenades sans stress qui vous séduiront à la première seconde.

Faire quatre heures d’avion pour d’abord aller se baigner? Question stupide à la première lecture, mais les piscines font partie intégrante des habitudes locales. La géothermie assure des températures uniques au monde et des moments de détente incomparables, en grand bassin ou dans les hot pots. Le plus célèbre d’entre eux, le Blue Lagoon, est d’ailleurs tellement victime de son succès que les réservations sont devenues obligatoire, pour avoir le droit de se retrouver coincé au milieu des autres, façon boîte de sardines.

Mieux vaut donc privilégier l’une des sept piscines municipales. Un argument marketing toujours mis en avant par un pays à part, colonisé il y a à peine mille ans par des Vikings assez solides pour s’adapter aux conditions de vie dantesques.

Ville-musée

Il est très facile de plonger dans ce passé singulier à Reykjavik. Au musée maritime, qui raconte l’incroyable difficulté des métiers de la mer là-haut. Au musée des sagas, avec ses statues de cire d’un réalisme bluffant, pour imaginer la violence des premiers siècles (bonus pour la joie des enfants: les costumes et épées sont en accès libre en fin de visite pour jouer aux descendants des colons). Les aurores boréales sont-elles aléatoires? Pas grave, il existe un musée là aussi, avec une salle de cinéma et un time-lapse des meilleures lumières, presque aussi belles que les vraies.

Peu de chances d’assister à l’explosion d’un volcan comme l’Eyjafjallajökull en 2010? La Volcano House vous offrira les films des plus impressionnantes éruptions de l’histoire. Et si vous avez la flemme de passer quatre heures sur un bateau pour espérer voir un bout de queue de baleine, direction le Whale Museum et ses reconstitutions grandeur nature des plus belles espèces.

On peut donc s’amuser un peu à Reykjavik, mais au milieu des flots de voyageurs. Car l’Islande connaît une fréquentation à la hausse incontrôlable (plus de 2,5 millions de visiteurs en 2017, contre seulement 600 000 en 2011), et la capitale en souffre. Laugavegur, sa rue principale, est devenue une usine à touristes par son immense enfilade de boutiques. Quelques-unes ont gardé un peu d’authenticité, les autres ressemblent à des hangars de souvenirs. Des peluches de macareux par centaines, d’accord, mais celles d’ours blanc alors qu’on n’en trouve pas un seul dans le pays, est-ce vraiment sérieux?

L’invasion touristique

Sur les trottoirs, c’est un défilé permanent de sacs à dos et de polaires, de tous âges et tous continents. On devrait pourtant y croiser moins de monde. Mais la crise économique de 2008 a été surmontée, et les tarifs sont repartis à la hausse de façon indécente. Comme en tout début de XXe siècle, il est facile de s’étrangler à la simple lecture des prix d'un expresso, d’une pression ou d’une nuit d’hôtel. Les grues sont partout, les hôtels poussent à chaque coin de rue. Leur taux de remplissage est hallucinant, entre 93 et 96% en plein milieu de l’hiver, sans même parler de l’été.

Les propriétaires individuels ont bien saisi le sens de l’histoire: on ne compte plus les maisons reconverties en guesthouses, et le site Airbnb est devenu un tel «attrape-logements» que la ville a dû légiférer pour que les autochtones puissent encore avoir des opportunités d’habiter chez eux. «La communauté cool et plutôt excentrique du centre-ville s’est fait mettre dehors, observe Audur, une blogueuse locale. L’argent a pris le pouvoir, et c’est arrivé si vite que lorsque certains ont voulu organiser la résistance, c’était déjà trop tard. La mairie aurait dû anticiper le problème, mais elle n’en avait pas la volonté.»

Cela dit, l’histoire du pays est basée sur deux vertus plus consistantes qu’ailleurs: le combat contre l'adversité et l’optimisme en toutes circonstances. Reykjavik finira par gérer. En témoigne Bergthora, propriétaire d’un dernier étage imprenable sur Laugavegur, justement: «J’avais mis mon appartement sur Airbnb, mais j’ai changé d’avis quand un jeune couple m’a proposé de le prendre en location longue durée. On est de plus en plus nombreux à agir ainsi. Pour donner une chance à notre jeune génération de pouvoir habiter chez elle.»

La loi du ciel

Mais peut-on raconter Reykjavik sans évoquer les saisons? Tout simplement impossible. L’été ne connaît pas la nuit, mais tout est envisageable: froid, pluvieux et venteux, ou alors d’une douceur irréelle. L’hiver peut lui se montrer d’une générosité exceptionnelle: soleil rasant de fin de matinée, pastels totalement polaires, ciel clair de fin d’après-midi annonciateur de potentielles aurores boréales en soirée.

Mais on ne sait jamais comment on va se faire croquer, au final. Vous voyez du bleu partout, pas un seul nuage? Parfait, mais rien ne dit qu’une tempête venue de nulle part ne va pas tout balayer dans quelques minutes et provoquer un vent de panique chez ceux qui voudront s’abriter. Reykjavik offre ainsi un nombre impressionnant d’endroits stupéfiants de confort. Des alibis parfaits pour se remettre et attendre que ça s’améliore un peu dehors. On vous livre ici nos adresses préférées, fruits d’expériences humides de plusieurs années.


Y aller

Icelandair propose cinq vols hebdomadaires Genève-Reykjavik entre début juin et mi-octobre, ainsi que deux vols hebdomadaires la deuxième quinzaine de mai. Renseignements et horaires sur www.icelandair.com

Y dormir

Canopy by Hilton

Drôle de labyrinthe pour cet hôtel flambant neuf: deux entrées à deux étages différents, un spot d’accueil façon start-up, et des escaliers dans tous les sens pour accéder au bar et au restaurant Geiri Smart. canopy3.hilton.com

S’y restaurer

Le Grillmarkadurinn

Un design exceptionnel, mélange de pierre de lave, basalte et bois divers. Le comptoir de la salle du bas, façon pont suspendu, vaut le voyage à lui seul. Deux sommets: le mojito à la rhubarbe en apéritif et le «fish gourmet» (trio de poissons) en plat. Grillmarkadurinn.is

Stofan Café

Deux niveaux avec briques apparentes, un mobilier très tendance avec fauteuils vintage et canapés cuir sans âge. Le paradis du hipster local et summum du chill out à l’islandaise 

S’y baigner

Laugardalslaug

Bassin olympique, hot pots nombreux, et toboggan dingue de 86 mètres: la référence absolue à Reykjavik. Mais hélas un secret de moins en moins bien gardé.

Y rouler

Tout se fait à pied dans le centre-ville de Reykjavik, la voiture ne sert qu’à aller chasser les trésors naturels dans un rayon de 50 kilomètres. Toujours privilégier une compagnie locale. Par exemple icelandcarrental.is.

S’organiser

Pour les plus anxieux et/ou les plus paresseux, le voyage organisé reste une option cohérente, surtout quand la météo devient folle, que les routes se ferment et qu’on a besoin d’aide immédiate. Une adresse, une seule: la Ferdakompaniid, dirigée par un Français depuis trente ans (destination-islande.com)

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