La mode reflète parfois l’actualité avec un pouvoir désarmant. Début mars, dans le cadre de la Fashion Week de Paris, la maison Balenciaga présentait son défilé automne-hiver 2020-2021. Un spectacle apocalyptique immersif, au propre comme au figuré. Le décor d’abord: plongé dans la pénombre, un immense auditorium inondé d’eau et, au-dessus de nos têtes, un ciel digital traversé d’une marée de nuages, de tempêtes et d’éclairs de feu. Etourdissant. La collection ensuite: foulant le sol trempé, des mannequins à la mine sinistre exhibent des soutanes et des robes de magistrat aux accents néogothiques.

Face au déluge, leurs autres carapaces sont des robes-leggings ultra-couvrantes, des vestes de tailleur aux épaules démentielles ou des tenues de motocross assorties à des chaussures à orteils. Un vestiaire-bouclier, en somme, mais pour se protéger de quoi? Quel est donc ce cataclysme que semblent fuir ces rescapés? «Le monde est inondé par des problèmes postindustriels qu’il s’est lui-même infligés, et j’ai voulu créer une métaphore dans laquelle les gens marchent au-dessus de ces problèmes», a expliqué Demna Gvasalia, le directeur artistique de Balenciaga, au site Business of Fashion. Au même moment, le Covid-19 – un virus invisible et méconnu en provenance de Chine – commençait à s’étendre dans toute l’Europe, semant sur son passage la peur et la mort.