Un monde qui fascine autant qu’il effraie par ses profondeurs insondables et les dangers qui accompagnent son exploration. Les océans ont donné naissance à de nombreux mythes, et à presque autant d’aventures humaines gravées dans les mémoires. Lorsqu’on les évoque avec des passionnés d’horlogerie un nom revient toujours: la Rolex Oyster Perpetual Submariner, dont une nouvelle version est dévoilée ce mardi.

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Présentée en 1953 à Baselworld, elle est la première montre garantie étanche jusqu’à 100 mètres de profondeur. Grâce à sa lunette tournante graduée, les plongeurs peuvent mesurer le temps passé sous l’eau ainsi que la durée des paliers nécessaires pour assurer la sécurité des remontées et éviter des accidents potentiellement fatals.

La Submariner est notamment utilisée par Dimitri Rebikoff, photographe, ingénieur et explorateur français. En 1953, il effectue 132 missions de plongée en cinq mois et contribue au développement de la montre en fournissant des rapports à la marque.

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A l’assaut de la fosse des Mariannes

C’est un modèle modifié, la Oyster Deep Sea Special, qui va asseoir la réputation de la Submariner. Accrochée à l’extérieur du bathyscaphe Trieste, à bord duquel sont installés l’océanographe suisse Jacques Piccard et le lieutenant de la marine américaine Don Walsh, la montre plonge en 1960 à 10 916 mètres dans la fosse des Mariannes, la fosse océanique la plus profonde connue à ce jour.

«Hans Wilsdorf, le fondateur de Rolex, était un génie du marketing. Il a transformé cet événement qui mettait en évidence la fiabilité et la résistance de la Submariner en une vitrine publicitaire hors norme», relève le commissaire-priseur Aurel Bacs, spécialisé dans les enchères horlogères chez Phillips, Bacs & Russo. En 1962, la montre se retrouve au poignet de Sean Connery dans James Bond contre Dr No, sans que Rolex y soit pour rien. Elle est ensuite adoptée par des forces spéciales de l’OTAN, dont le Special Air Service britannique (SAS).

Si la Submariner a marqué l’histoire horlogère et atteint le statut de montre de légende, c’est, selon Aurel Bacs, parce qu’elle est à l’origine d’une catégorie de garde-temps qui n’existait jusqu’alors pas pour le grand public: «Elle s’inscrit dans une période où le sport était encore peu pratiqué en tant que hobby. Elle donnait l’opportunité aux acheteurs de s’identifier à des valeurs d’aventure et d’échapper à la monotonie. Comme pour toute nouveauté, le produit original est resté gravé dans les mémoires.»

L’épopée de la Comex

C’est aussi du côté de Marseille que s’est construite la réputation de la montre de plongée de Rolex. La Compagnie maritime d’expertise, plus connue sous l’acronyme Comex, voit le jour en 1962 dans la cité phocéenne. Fondée par Henri Germain Delauze, cette société se fixe pour objectif de repousser les limites du travail sous-marin à des profondeurs extrêmes. Elle devient rapidement la première société mondiale d’ingénierie, de technologie et d’intervention humaine ou robotisée sous-marine. En plus de ses activités sur les plateformes pétrolières offshore, elle mène des recherches sur différents mélanges respiratoires employés en plongée profonde.

Lors de ces expériences extrêmes, les plongeurs doivent séjourner dans des caissons hyperbares où ils respirent un mélange spécial contenant de grandes proportions d’hélium. Ce gaz pose problème pour les montres, puisqu’il s’infiltre dans les joints d’étanchéité. Pour éviter que ces garde-temps ne soient endommagés ou éclatent lors de la décompression, Rolex imagine une valve à hélium qui permet de laisser échapper le surplus de gaz. Un brevet est déposé en 1967. De 1971 à 2004, Rolex officialise un partenariat officiel avec la Comex. L’horloger fournit des modèles Submariner et Sea-Dweller en acier aux plongeurs, en échange de rapports de performance permettant d’améliorer leur fiabilité et de les perfectionner. Le modèle Sea-Dweller est équipé de la fameuse valve conçue pour des plongées jusqu’à 1200 mètres de profondeur.

Durant cette période, la Comex va décrocher plusieurs records mondiaux, que ce soit en conditions réelles ou en simulation dans son Centre d’essais hyperbares (CEH). En 1992, lors de la mission Hydra 12, Théo Mavrostamos remporte ainsi le record du monde de plongée humaine à -701 mètres. De par leur rareté, les montres issues de ce partenariat sont devenues très prisées des collectionneurs en quête d’impossible. Elles se reconnaissent à la mention Comex présente sur leur cadran, ainsi qu’au numéro de matricule de leur plongeur attitré, gravé sur le fond de boîte. «Ces modèles particuliers viennent ajouter une couche d’histoire supplémentaire à la Submariner. Les plongeurs de la Comex bravent le danger et se lancent dans l’inconnu. Ils sont encore une fois une incarnation du courage à laquelle les acheteurs ont envie de s’identifier», poursuit Aurel Bacs.

Face à ce succès, certains revendeurs peu scrupuleux n’hésitent toutefois pas à proposer des Rolex Comex falsifiées. Pour limiter les risques, les collectionneurs recherchent avant tout les montres Comex proposées en set complet. Celles-ci se vendent avec la boîte d’origine et un certificat permettant d’assurer leur traçabilité. Le 21 mars dernier, une Sea-Dweller Comex s’est vendue en ligne à 95 000 francs alors que son prix estimé était de 45 000 à 65 000 francs! Des Submariner de première génération ont quant à elles déjà passé la barre des 500 000 francs.

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Une nouvelle Submariner aux proportions plus généreuses

En 67 ans d’existence, le modèle standard de la Submariner a connu différentes évolutions. Son étanchéité passe rapidement à 200 mètres en 1954, puis à 300 mètres en 1979. Le 1er septembre 2020, la marque dévoile la sixième mouture de son garde-temps iconique.

Déclinée en deux modèles, cette Submariner reste fidèle aux codes qui ont fait son succès. La refonte concerne surtout l’habillage, avec un boîtier qui passe de 40 à 41 mm. Le bracelet a également été revisité et propose un fermoir de sécurité afin d’éviter toute ouverture involontaire, ainsi qu’un système à crémaillère qui permet de l’ajuster sans outillage.

Les deux versions, avec ou sans date, se voient équipées de mouvements maison de dernière génération offrant une réserve de marche d’environ 70 heures. Le prix de départ est fixé à 7700 francs. Pour Aurel Bacs, cette stabilité dans le design constitue l’une des forces de Rolex: «La Submariner est un graal. Il n’y a rien de plus difficile que de défendre un héritage si long et si important.»

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