mode californienne

Rosetta Getty, le glamour cérébral

La créatrice californienne conçoit une mode à son image et à celle de son style de vie: élégante et sophistiquée, sobre et luxueuse. Rencontre

Rosetta Getty a grandi à Los Angeles et y vit avec son mari, l’acteur et héritier Balthazar Getty, ainsi que leurs quatre enfants. Quand on ne la voit pas présenter sa dernière collection ou assister à un gala de charité, elle parcourt le monde, passion née de ses années de mannequinat. On s’attend donc à rencontrer la parfaite incarnation de la «socialite» californienne. On découvre une femme qui pèse chacun des mots qu’elle prononcera de sa voix douce et basse, sensible au monde qui l’entoure et profondément réfléchie. Rien d’étonnant en fin de compte au regard de la mode qu’elle conçoit, que l’on devine très cérébrale. «Je prépare cette marque depuis que j’ai 20 ans. J’en ai monté d’autres, qui m’ont permis de réfléchir à ce que je souhaitais vraiment créer, dit-elle. Je voulais concevoir une marque qui s’inscrive dans le temps, où l’on ne parle pas de collection, mais d’un ensemble de pièces éditées, où la saison compte peu, où la versatilité des éléments est essentielle.»

Les matières sont somptueuses, tout se transforme, passant du jour à la nuit, du simple au chic, l’intérieur se tourne vers l’extérieur, un pull devient cape ou châle, les chemises masculines sont ouvertes à l’interprétation, on peut toujours ajouter ou retirer. La créatrice ouvre un dialogue avec celle qui portera ses vêtements, «une femme qui a de la créativité et de la sensibilité, qui n’achète pas seulement des vêtements mais les interprète», dit-elle. Le mot «collection» s’entend véritablement comme une collection de vêtements, que l’on ­conservera saison après saison pour les combiner, sans que leur élégance ne date.

Un vestiaire épuré et évolutif

Après une collection automne-hiver 2014-2015 très réussie, la première, et une Croisière, tout aussi pure, le printemps-été 2015 ajoute de magnifiques pièces au vestiaire de la collectionneuse. A la simplicité des lignes et de la construction se marient des couleurs apaisantes, ivoire, beiges, bleu profond. Manteaux trois-quarts, chemisiers longs et fluides, tuniques sur jupes longues, robes sur pantalons, ­vestes-capes, le vocabulaire est sophistiqué, les matières nobles. «La qualité est essentielle pour moi, insiste Rosetta Getty. J’ai une vraie passion pour mon métier et pour le façonnage, qui me pousse à rechercher la perfection.» Les pièces sont souvent réalisées à la main et toujours localement. «Rosetta Getty est un travail collectif, tient-elle à préciser. Il y a, à New York, des ateliers extraordinaires, qui possèdent un savoir-faire construit depuis des générations. Nous travaillons avec sept fabriques indépendantes, des ouvriers qui sont de véritables experts. Les perles sont cousues à la main, le cachemire tricoté artisanalement, je veux le meilleur dans tout ce que nous faisons.»

C’est pourquoi les étoffes viennent d’Europe; satin double face, «qui ressemble à de la charmeuse, avec beaucoup de poids»; cachemire double face; un velours côtelé en cachemire; un épais coton piqué ou, seule exception, un twill japonais, moins onéreux. A chaque collection, de nouvelles matières: «J’aime travailler celles qui ne me sont pas familières», dit-elle. Il en résulte des pièces comme ce haut découpé et entièrement perlé à la main, de la collection Resort, ou les ensembles de cet été, fluides et lourds à la fois.

«Ce minimalisme a demandé beaucoup de travail, il est le résultat d’une longue évolution», remarque la Californienne. La petite fille qui a grandi dans une communauté hippie aimait déjà acheter des robes, et lorsqu’elle est remarquée pour sa beauté à 14 ans, elle se lance dans une carrière de mannequin qui lui fait rencontrer les plus grands créateurs. «J’ai eu beaucoup de chance de vivre cette vie, mais à 20 ans déjà, je me sentais comme brûlée, et j’ai eu besoin de retourner étudier», dit-elle. Ce sera la mode à la prestigieuse Otis Parsons, et ses études à peine terminées, elle lance sa première ligne, «Rosetta Millington» de son nom de jeune fille, un peu par hasard. Des robes d’enfants créées pour un mariage deviennent une ligne et un vrai business, représenté dans plus de 350 boutiques dans le monde. Elle passe quelques années à tout faire au sein de la marque, qu’elle revend au moment où elle se marie, à 29 ans. Trois enfants plus tard, elle s’amuse à faire des robes pour ses amies hollywoodiennes, et c’est ainsi que naît, sans vraiment l’avoir prévu, Riser Goodwyn. Cette nouvelle marque rencontre elle aussi un succès rapide: on voit ses robes de soirée sur les tapis rouges, portées par Kristen Stewart, Kirsten Dunst ou Demi Moore. Toutefois, la créatrice recherche autre chose et arrête tout à la naissance de son quatrième enfant.

Il y a quelques années, lorsqu’elle a senti qu’elle était prête, elle s’est lancée dans l’aventure Rosetta Getty, une ligne qui porte son nom, bien planifiée cette fois-ci. Sa recherche d’une mode plus épurée, qui ne soit pas liée aux occasions lors desquelles elle est portée, fait son chemin et lorsqu’on remarque que cette épure évoque peu l’image que l’on se fait de la mode à Los Angeles, elle rétorque que de nombreuses femmes dans cette ville sont très élégantes, que ses amies sont souvent une inspiration pour elle, notamment dans le milieu de l’art.

L’influence de l’art

Son mari et elle-même sont du reste des collectionneurs reconnus, et sa passion pour l’art rencontre celle qu’elle voue à la mode. Une collaboration avec l’artiste californien John Knuth pour la première collection a influencé son travail sur les textures, avec des matières qui imitent les couches de couleur. L’artiste et galeriste Betty Parsons a été le fil directeur de la collection croisière et ce sont Christo et Jeanne-Claude qui sont le point de départ de la collection printemps-été avec leurs emballages d’arbres, de bâtiments. Le beau visage de Rosetta Getty s’anime lorsqu’elle en parle: «Emballer, attacher, faire des couches, c’est la clé de cette collection. Mais au-delà de cette référence, la main de l’artiste est toujours présente dans notre travail, de la ­conception à la réalisation, lorsque la pièce passe dans tant de mains différentes pour le résultat parfait.»

Si chaque collection est un dialogue constant avec un artiste, l’inspiration de Rosetta Getty au quotidien peut être une musique, une personne, une époque, une rencontre. «Est-ce que j’ai des icônes de style, des modèles? Je citerais plutôt des femmes fortes, qui m’ont marquée par leur personnalité, leurs choix de vie: Louise Bourgeois, Betty Parsons, Chantal Akerman ou la jeune Olympia Scarry.» Elle cite aussi Mary Miss, une figure du land art, «une femme forte et indépendante, qui ne faisait que ce qu’elle pensait être juste». Presque un manifeste. Qui trouve écho dans ce qu’elle considère comme le plus important dans sa vie: «Etre un exemple pour mes enfants. Ils sont privilégiés, il est essentiel qu’ils comprennent néanmoins que dans la vie, on travaille, no matter what

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