Si vous êtes adeptes des balades sur les canaux, si vous êtes fondus de petites maisons en briques rouges, bref si vous aimez la Hollande carte postale, Rotterdam n’est pas pour vous. Marcher (ou faire du vélo) dans les rues de la deuxième ville des Pays-Bas, c’est comme tourner les pages d’un catalogue d’architecture expérimentale: surprenant, intriguant, mais pas forcément plaisant. On y voit des bâtiments taillés comme des crayons, des tours hachurées de couleurs criardes, des supermarchés en forme de vaisseau spatial et autres building défiant les axiomes de la géométrie euclidienne.

Ce drôle de patchwork, c’est avant tout aux Allemands que Rotterdam le doit. Le 14 mai 1940, la Luftwaffe, l’armée de l’air du IIIe Reich, bombarde et détruit quasiment tout le coeur de la ville. S’en suivront plusieurs raids des Alliés visant le port, mais déviant parfois sur les zones d’habitations. À la fin de la Seconde guerre mondiale, Rotterdam est défigurée. Mais au lieu de ressusciter les bâtiments disparus ou abîmés, comme la plupart des autres villes européennes, les autorités municipales choisissent de faire table rase du passé et d’offrir à leur cité un nouveau visage résolument tourné vers l’avenir. Les trente dernières années furent particulièrement fécondes. «Au début des années 1980, la ville a décidé qu’elle avait besoin de vendre de l’architecture, explique dans une interview au New York Times Aaron Betsky, ex-directeur de l’Institut d’architecture des Pays-Bas. […] C’était une stratégie délibérée.» Devenu terrain de jeu préféré de l’avant-garde architecturale du pays, Rotterdam est à l’architecture ce que Paris est à la mode ou Los Angeles au cinéma: une capitale mondialement connue.

Collage farfelu

Avant que les Allemands n’attaquent la ville, Rotterdam avait déjà pour réputation d’être à la pointe du modernisme. Lors d’une visite en 1932, Le Corbusier s’était ainsi extasié devant l’impressionnante fabrique Van Nelle, monstre de verre, de béton et d’acier conçu entre 1925 et 1931 par Leendert van der Vlugt et Johannes Brinkman. Aujourd’hui transformée en ateliers de design, cette ancienne usine de café, thé et tabac est aujourd’hui inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Autre icône, le café «De Unie» du Néérlandais Jacobus Johannes Pieter Oud (1925), l’un des rares bâtiments à avoir été répliqué après la seconde guerre mondiale. Représentative du mouvement «De Stijl» (ou néoplasticisme), sa façade ressemble à un faux Mondrian coincé entre deux maisons du 19e siècle.

En-dehors de ces petites incartades dans le passé, Rotterdam a misé sur un collage architectural parfois farfelu. Parmi les créations les plus innovantes des années 1980, on trouve les étonnantes maison cubes de Piet Blom, sorte de village jaune encastré dans le centre-ville. Terminés en 1984, ces 51 cubes inclinés sont censés symboliser des arbres et l’ensemble du lotissement une forêt. La plupart sont habités, mais l’une d’entre elles est réservée au public. On entre par le «tronc» en béton puis on monte les escaliers pour passer devant les seuls murs verticaux de la maison. Dans le cube, on trouve une cuisine, un salon, juste sous l’apex, une chambre.

Huit ans après les maisons cubes, la ville accouchait de la Kunsthal, immense musée de 3 300 m2 de surface où le visiteur passe son temps à se perdre sur des pentes bétonnées. Situé dans un immense parc, le parc des Musées, ce bâtiment déconstructiviste est l’une des premières œuvres du Nééerlandais Rem Koolhaas, «starchitecte» mondialisée dont le bureau Office for Metropolitan Architecture (OMA) est basé à Rotterdam.

Manhattan-sur-Meuse

Pour bien comprendre la course à l’innovation dans laquelle s’est lancée Rotterdam, il faut enjamber la Meuse par le pont d’Erasme, du nom du plus fameux citoyen de la ville. Depuis sa construction en 1996, cette immense structure blanche en forme de boomerang a permis de réhabiliter Kop van Zuid, rive sud aujourd’hui surnommée «Manhattan-sur-Meuse». Sur cette presqu’île, les architectes semblent avoir fait de la construction de gratte-ciels un combat de coqs: 158m de hauteur pour le New Orleans (Alvaro Siza Arquitecto), 165 m pour la Tour de la Meuse (Dam & Partners Architecten), 139,5 m pour Montevideo (Mecanoo) 123,1 m pour le World Port Center (Fost e r+Partners) et un petit 96 m pour la tour KPN de Renzo Piano.

La grande question reste: pourquoi? Aujou’d'hui, Rotterdam a’l'un des taux de vacance de bureaux les plus élevés des Pays Bas, notamment suite à la crise financière de 2008. En 2013, ce taux atteignait 185 %, soit 8’0'000 m². Et pendant que Rotterdam se noie dans des bureaux vides, Rem Koolhass fait construire De Rotterdam (2013), une «ville verticale» dans le plat pays. Avec une surface’d'environ 160,000 m², le plus grand bâtiment des Pays-Bas doit pouvoir accueillir 240 logements, 60.000 m² de bureaux, un hôtel de 285 chambres, un espace de congrès de 2.000 m², 8.000 m² réservés aux loisirs, 1.500 m² à la restauration et 670 places de parkings sur 5 niveaux. Rien que ça. Une victoire pour la spéculation immobilière mais également pour’l'architecte de 70 ans, qui réalise ici un rêve de jeunesse: donner à sa ville natale la folie vertigineuse de New York.

Y aller

Prendre un avion Genève-Amsterda. 
Depuis Amsterdam, un train vous emmène en moins’d'une heure à la gare de Rotterdam Centraal
Infos sur http://www.ns.nl/e/ travellers/home

Y séjourner

Hotel New York

Construit en 1901, l’ex-QG de la Holland-Amerika Line abrite le plus bel hôtel de Kop van Zuid. Cosy et lumineuses, les chambres offrent une vue imprenable sur la Meue.
Koninginnenhoof 1 
+3110439000 
hotelnewyork.nl

Y manger

Las Palmas

Le plus grand (et très luxueux) restaurant de poissons et de fruits de mer des Pays-Bas a été ouvert par le chef Herman de Blijker, figure de proue des téléréalités culinaires. Terminez avec le «café Jean-Luc», du nom du respon- sable (français) des boissons. Wilhelinakade 330
31102345122
restaurantlapalmas.mobi 

De Machinist

Dans cette ancienne école d’ingénieurs maritimes, on sert une excellente cuisine fusion. Des événements culturels y sont ussi organisés.
Willem Bytewechstraat45
+31104775700
demachinist.nl

Soif

Probablement l’un des plus jolis restaurants du quartier de Delfshaven. Délicieuse cuisine continentale.
Mthenesserdijk 438
+3147746
soif.nl