La Russie hors des stades 

Routes, datcha et hauts talons: la Russie en trois instantanés

Les maisons de campagne, les belles femmes et les voitures existent partout dans le monde. Dans le pays hôte de la Coupe du monde, elles sont différentes

A la datcha, un repos laborieux

On les appelle «les six cents»: 600 m2 que les employés soviétiques modèles recevaient en cadeau de leur entreprise au service de l’Etat. Une récompense pour s’assurer qu’ils puissent se ravitailler eux-mêmes en cas de famine. D’où la densité de ces petites parcelles, un patchwork de potagers, d’arbres fruitiers et de fleurs qui laissent libre un étroit chemin en dalles pour arriver aux toilettes à l’autre bout du terrain.

Certaines datchas se sont agrandies depuis, se sont transformées en coquets cottages ou en véritables châteaux. Mais le concept n’a pas changé. Aller à la datcha, le week-end, c’est affronter les embouteillages du vendredi soir à la sortie de la ville pour y arriver et du dimanche soir pour rentrer, et ce n’est pas de tout repos sur place.

On y va surtout pour labourer le jardin et retaper la maisonnette qui a toujours besoin de bricoles. Bref, c’est une journée de travail agricole ou menuisier à part entière. Et quand enfin on a tout remis en ordre – arraché les mauvaises herbes, réparé la chaudière, tondu la pelouse, récolté des framboises et des groseilles, cuit de la confiture, repeint la barrière, semé une plate-bande, construit un banc ou une table etc. –, quand enfin tout est fini, on peut se permettre un bon repas, généralement des brochettes de viande marinée, un soir d’été languissant, et on se délecte de ce moment bien mérité… en réfléchissant à ce qu’on pourra faire le week-end suivant. Parce que la datcha, c’est fait pour y revenir.

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Talons aiguilles

Non, elles ne se sont pas faites belles pour ravir l’œil des supporters venus du monde entier. Robes glamours, hauts talons, maquillage d’actrices de cinéma: c’est l’état naturel de toute femme russe qui se respecte. Sa tenue quotidienne. Y compris les jours ouvrables, quand elle va faire son marché ou part au travail.

Car le chemin jusqu’au bureau est long à Moscou, une ville de 12 millions d’habitants qui s’étend sur plus de 2500 km2… Alors les reines de beauté en profitent pour transformer les galeries de métro et les rues de la capitale en podiums d’élégance, été comme hiver. Que dire de la place Rouge à l’ombre des jeunes filles en fleurs? «Rouge», qui signifie également «belle» en vieux slave, prend ici plus que jamais tout son sens.

L’attitude chic fait évidemment ses fashion victims. Arpenter les ruelles pavées en talons aiguilles sous un soleil de plomb est un défi à la portée des novices, qui se solde généralement par l’achat d’un rouleau de sparadrap… ou d’une autre paire de chaussures sur le chemin. Avancer contre une tempête de neige par -20 °C sur un sol gelé, dans une jupe courte et chaussée de bottes aux allures d’échasses relève d’un exercice d’équilibriste expérimenté.

Ce sacrifice à la mode est entièrement assumé. Et ne tolère aucune exception, même dans des situations où le choix du confort s’impose. Ainsi, au moment des vacances, l’aéroport accueille à son tour des défilés de mode réguliers. Une valise poids lourd pour transporter la garde-robe, si elle n’est pas traînée derrière par l’heureux élu de la belle, ajoute une fierté supplémentaire à l’allure: une femme russe est capable de tout… même en talons de 10 centimètres sur un carrelage fraîchement lavé.

Heureusement, ces derniers temps, la mode se montre plus clémente en autorisant les escarpins plats et les baskets sous une robe. Pour être à la hauteur, plus besoin de se tordre les pieds.

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Codes de la route

Ceux qui ont passé leur permis et ont toujours conduit en Russie ne comprendront jamais pourquoi on ne dépasse pas par la droite sur une route suisse s’il y a de la place. En fait, la règle d’or de la circulation dans le pays hôte de la Coupe du monde est élémentaire: s’infiltrer là où l’on peut, de préférence sans mettre en danger soi-même ni autrui. Un ami que j’ai supplié une fois d’aller plus doucement et d’arrêter les manœuvres incessantes m’a répondu, étonné: «Mais on prend beaucoup moins de risques en filant au plus vite!»

Les déplacements de voitures sur les routes russes ressemblent à un mouvement perpétuel dans un banc de poissons qui glissent entre leurs semblables. Les poissons se cognent-ils souvent? Il faut en tout cas garder les yeux grands ouverts, car l’une des voitures voisines peut à tout moment prendre la décision de changer de direction ou d’accélérer.

Evidemment, dans ces conditions, les distances de sécurité ne peuvent pas être respectées. Essayez de laisser un espace libre de plus d’un mètre avec la voiture devant vous: le gars à droite prendra cette place et celui de derrière vous signalera avec le klaxon ce qu’il pense de vous.

Il faut toutefois l’admettre: ces dernières années, le comportement routier s’est un peu amélioré, mais pas partout. A Rostov-sur-le-Don, le sang chaud du sud contribue au maintien des traditions de la conduite extrême.

Vous l’avez compris, en Russie, les routes ressemblent à un rallye tous les jours. Ceux qui n’aiment pas les sensations fortes peuvent respirer… dans les embouteillages.

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