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Ile de Sao Tomé.
© Planet Observer

Voyage

Sao Tomé et Principe, les îles chocolat

Ces îles lusophones émergent de l’océan comme des petites émeraudes vertes. Deux paradis africains dans le golfe de Guinée qui se tiennent aussi droits qu’un funambule sur le fil de l’équateur

Sur l’île de Principe, il faut se laisser chahuter une bonne heure à bord d’un 4x4 sur un chemin terreux et gorgé d’eau avant d’arriver à la «roça» de Claudio Corallo. Jadis, les maîtres portugais logeaient dans ces anciennes demeures construites au milieu des plantations. Aujourd’hui, les ruines noircies par l’histoire d’une indépendance récente se laissent submerger par une nature luxuriante sans qu’aucun voisin n’ose s’approprier ces vestiges de la colonisation portugaise.

Un cacao qui fait autorité

Dans le monde, nombreux sont les chocolatiers et pâtissiers qui ne jurent que par le cacao de Claudio Corallo, qui vous accueille, bienheureux, la malice aux lèvres. L’ADN de cet Italien est un mélange entre le «Fitzcarraldo» de Werner Herzog et Willy Wonka, le confiseur excentrique de Roald Dahl. Sa roça, entourée de cacaoyers, est très vaguement retapée. L’absence totale de vitres laisse le vent passer en courant. La décoration est spartiate: un hamac, un matelas et trois chemises suspendues à une tringle en bois. Sur la table de sa cuisine, un ordinateur relié au wi-fi copine une cafetière italienne encore fumante.

«Si je regrette l’Europe? Absolument pas.» Diplômé de l’institut agronomique de Florence, le planteur, installé depuis trente ans en Afrique, transforme le café à Nova Moca, sur l’île de Sao Tome, et le cacao à Principe, où il a acheté la plantation de Terreiro Velho. En bon scientifique, cet expert multiprimé gère toutes les étapes de la transformation et teste ses produits avant de les commercialiser. «L’amertume des graines de cacao n’est qu’un vil défaut», explique celui qui élabore un cacao à 73 ½% vendu dans sa fabrique aux fanatiques de sensation forte.

Bière de palmier

Un coucou à hélices relie en trente minutes Principe – ses plages désertes, ses excursions en bateau, ses tortues et ses dauphins – à sa grande sœur Sao Tomé. Encore partiellement sauvages, ces îles situées à quelques encablures des côtes du Gabon regorgent de forêts exotiques que l’on survole avec curiosité.

A la sortie de la capitale de Sao Tomé, un convoi de jeeps roule à tombeau ouvert. «C’est le président Evaristo Carvalho», explique placidement un vendeur de rosema, la bière locale et de vin de palme obtenue après 24 heures de fermentation de sève de palmier. Sur sa mobylette qui toussote à 10 km/h, un soldat en treillis disparaît dans la brum. Des églises en pierre cèdent le pas à des bicoques en bois qui parsèment la route menant vers le centre de l’île. Pas d’eau courante, ni électricité. Des gamins souriant saluent le touriste en lui demandant des bonbons.

Première halte dans la région de Mé-Zóchi. Les randonneurs agrémenteront leur promenade par une halte dans la vieille plantation «Monte Café» qui regroupe 250 producteurs locaux depuis l’indépendance du pays en 1975. Les rouages grinçant de leurs machines vétustes datent de l’ère coloniale. On y apprend les ficelles d’une récolte réussie d’arabica et de robusta, ce café biologique certifié Malongo.

Le village possède une école primaire et un hôpital ouvert deux jours par semaine. «Ces établissements ont été subventionnés par Cuba et par la Lybie de Khadafi. Ils fonctionnent aujourd’hui grâce à l’aide de Taiwan qui y envoie ses médecins», explique une guide encore adolescente qui vous emmène déguster un café à la nouvelle plantation de Nova Moca, proche des cascades de Saint-Nicolas.

Le fou de la cuisine

Direction ensuite le jardin botanique de Bom Sucesso perché à 1450 mètres d’altitude. La pépinière regroupe plus de 1000 plantes médicinales, endémiques ou ornementales. «Tes problèmes de prostate ou de fertilité se soignent ici. Le mamão-d’Obô fait fuir les sorcières qui louchent sur les bébés. Quant au Bunga, il te fera dormir 24 heures», commente le botaniste du parc protégé du soleil par un chapeau de paille grossière.

Au départ de Bom Sucesso, il faut deux heures de marche pour rejoindre le Lagoa Amelia, du nom d’une jeune portugaise ayant disparu sur le site de cet ancien cratère aujourd’hui recouvert. Sur la route menant au sud de Sao Tomé, se dresse le pico Cao Grande, ce pain de sucre qui fait aussi office de boussole pour les habitants. On fait halte à São João dos Angolares, dans le district de Caué, bourgade de 6500 habitants devenue le fief du meilleur ambassadeur de la culture santoméenne. Cuisinier ultra-médiatique, animateur d’émission culinaire sur la télévision nationale portugaise et artiste, João Carlos Silva, se définit lui-même «comme un peu fou». Après 17 années passées à l’étranger, en Angola et au Portugal, le sexagénaire a transformé une ancienne plantation esclavagiste en laboratoire culinaire.

Une baignoire coupée en deux sert de fauteuils qu’encadrent des étagères remplies de livres. Chaque midi, sur sa terrasse, João Carlos Silva fait découvrir les saveurs de son savoir-faire. Une douzaine de plats défileront, ce jour, devant un groupe venu de Lisbonne. Le chef entame son menu avec un carré de chocolat qu’il faut laisser fondre dans la bouche avec un grain de poivre vert et une pincée de gingembre concassé. Son poisson volant sur lit de papaye verte marinée à la citronnelle succède au ceviche de marlin à la coriandre sauvage. Derrière les fourneaux, sa brigade formée de jeunes du village rappelle que sa roça a aussi une vocation sociale avec un centre de formation qui permet d’aider une population pauvre dans ce pays de 200 000 habitants qui dépend à 90% de l’aide internationale.


Y aller

Swiss propose plusieurs vols quotidiens vers Sao Tomé au départ de Genève. A partir de 700 francs.

Y dormir

A Sao Tomé

Omali Lodge. Face à la mer, les 30 chambres de ce boutique hôtel entourent la piscine dans un petit Eden verdoyant. Possibilité de faire une partie de tennis ou du fitness avant d’entamer sa journée de visite. Le restaurant décline les spécialités locales ainsi qu’une carte italienne.

A Principe

Bom Bom. Ce resort propose 19 bungalows avec terrasse situés à proximité des deux plages de sable doré. L’établissement propose quotidiennement des excursions en bateau, des ballades avec guide en montagne. De quoi découvrir l’île avant de se faire dorloter au spa ou de s’endormir sur son hamac.

On ramène

La traditionnelle «boca do inferno» qui porte bien son nom. La bouche de l’enfer, c’est un piment extrafort enrobé avec le chocolat de Claudio Corallo. En vente dans sa fabrique, Avenida Marginal 12 de Julho, 978, Sao Tomé.

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