Inauguration à Genève, en 1986

Satisfactions mondaines à Confédération Centre

«A l’image du bâtiment, ce «palais de marbre, de verre et de métal», comme on a pu l’écrire, l’inauguration lundi soir de Confédération Centre a voulu être une fête étincelante. Mondanité. Prestige. Le Tout-Genève était là. De grands noms du spectacle et de la cuisine française aussi. Et les officiels ont souligné l’importance de l’événement.

«A n’en pas douter, l’inauguration de Confédération Centre est un événement», devait souligner le conseiller d’Etat Jean-Philippe Maitre. Pour le chef de l’Economie, il faut saluer la réalisation à divers niveaux. Sur le plan architectural, il se félicite d’une conception qui a su soigner ses façades. Du point de vue urbanistique, il constate l’imagination extraordinaire qui a permis à Confédération Centre de ­s’intégrer au milieu urbain, en devenant un lieu de passage entre la ville haute et la ville basse.

Il voit enfin dans le centre commercial une réalisation qui «indépendamment des logements, des bureaux, de la Bourse, vient compléter les possibilités d’expression de notre commerce de détail». Et il a insisté sur cet aspect: «Nous savons qu’une économie n’est viable, à terme, que diversifiée. La culture haut de gamme a sa place dans notre ville. Mais nous devons évidemment veiller à ce que notre structure reste ouverte, et qu’elle ne tende pas vers une monoculture.» Comparant cette opération au travail de couturier, il a conclu: «Genève peut recevoir la haute couture, pour autant qu’elle n’oublie pas qu’il existe aussi des demandeurs pour des blue-jeans.»

Conduite par Christian Defaye [le feu «Monsieur Cinéma» de la Télévision suisse romande] , la cérémonie devait également accueillir sur le podium M. Robert Favarger, directeur général de l’UBS. «L’investissement, a-t-il dit, est énorme. Mais la réalisation est exceptionnelle. Si Confédération Centre comprend moins de bureaux qu’il n’était initialement prévu, il a ses salles de cinéma, ses galeries et l’une des plus belles Bourses d’Europe.» M. Favarger termina son allocution sur un trait d’humour. «Il y a près d’ici une galerie qui se prélasse. Et qui lasse. Je voudrais que nos galeries délassent. Et que chacun s’y prélasse.» […]

M. Claude Ketterer, maire de la Ville, fait un sort aux critiques. «Ceux qui pensaient du bien ont dit tout le bien qu’ils pensaient; ceux qui pensaient du mal, tout le mal qu’ils supposaient. Il est bon qu’il y ait eu des critiques, sans quoi on ne se serait pas cru à Genève.»

Prêchant, lui aussi, la diversification, il a noté: «Confédération Centre n’est pas un marché aux puces, c’est un fait! Mais un marché aux puces, nous en avons déjà un.» Imagination, compétence, dynamisme sont les qualités qu’il a tenu à saluer parmi tous ceux qui ont collaboré à la construction. Une imperfection pourtant? «Il n’y a pas de parking.» C’est une erreur, a-t-il dit, due à l’époque déjà lointaine où le projet a été approuvé par les autorités, «et j’en faisais partie». Mais il a rappelé aussi qu’une nouvelle bibliothèque, qui se construit derrière le bâtiment, comprendra en sous-sol un parking avec une centaine de places.

L’architecte Antoine Guth a formulé trois vœux. D’abord, que la «greffe» Confédération Centre ne soit pas rejetée, qu’elle soit invisible comme si elle n’avait jamais été faite. Que le complexe, ensuite, réalise sa vocation d’être une «charnière» entre la Cité et les Rues-Basses. Et enfin, que la réalisation fasse mentir la légende qui veut qu’un bâtiment ancien ne peut pas être remplacé. […] »

« Le directeur de l’UBS: «Il y a près d’ici une galerie qui se prélasse. Et qui lasse. Je voudrais que nos galeries délassent. Et que chacun s’y prélasse» »

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