Société

Scooters et motos démarrent vers un futur plus durabl

A la traîne de l’automobile, l’industrie du deux-roues motorisé multiplie enfin les pistes environnementales, connectées ou sécurisées. Constat au récent salon de la moto de Milan, le plus important du monde

Gadget sans lendemain? Trouvaille inspirée? L’étude de style CB4 Interceptor de Honda, un modèle de tendance café racer, est pourvue d’une hélice à l’avant. Lorsque la machine s’élance, l’énergie cinétique créée par l’hélice est convertie en électricité. Celle-ci alimente un écran tactile qui affiche une carte routière numérique et assure une connectivité avec le smartphone du pilote.

Au choix, c’est l’éolienne appliquée à la moto ou la réinterprétation de la dynamo du vélo. C’est surtout le signe que le monde du deux-roues motorisé cherche dans toutes les directions possibles, parfois inattendues, à améliorer son image environnementale. A visiter le récent salon du cycle et de la moto qui s’est tenu à Milan (7-12 novembre), le plus important du monde dans son genre, on se dit que le but n’est pas encore atteint. Mais que cela vient. Enfin.

Foire électrique

Désormais acteur prépondérant de la mobilité urbaine, le deux-roues à moteur souffre d’un retard technologique par rapport à l’automobile, en mutation rapide vers un futur plus durable. Question de place disponible sur la machine, de traditionalisme, de moyens en recherche et développement. Il est par exemple difficile de loger une motorisation hybride dans un scooter citadin. Même si Piaggio a tenté l’expérience avec son scooter à trois roues MP3 en 2009. Et que Honda a présenté fin octobre au salon de Tokyo une version essence-électrique de son scooter PCX.

Les deux-roues s’accommodent mieux de la propulsion 100% électrique, batterie lithium-ion à l’appui. Le centre des congrès de Milan regorgeait de nouveaux modèles de vélos, scooters ou motos électriques proposés par des constructeurs européens et asiatiques. Des anciennes gloires du siècle dernier tentaient un come-back à accumulateur augmenté. L’espagnol Bultaco, un spécialiste du tout-terrain que l’on croyait effacé de la carte, proposait son modèle Albero, croisement entre un boguet des années 1970 et un vélo électrique, toutes pédales dehors.

La Vespa Elettrica

Puisque nous étions en Italie, la palme est revenue à la Vespa Elettrica, dévoilée par le groupe Piaggio. Commercialisé l’an prochain, le petit scooter table sur la légende Vespa, née après la Seconde Guerre mondiale. En insistant sur l’élégance à l’italienne, mais aussi sur des avancées technologiques. Voire les vertus du silence en milieu urbain, un argument qui résonne bien, si l’on ose dire, dans les villes transalpines.

Equivalent d’un scooter 50 cm³, en plus vif au démarrage, l’Elettrica propose une livrée gris chromé, cernée par des liserés bleus. Son autonomie est de 100 km, son temps de recharge de quatre heures. Un système de récupération d’énergie KERS, comme sur les F1, permet d’emmagasiner des électrons sur la strada. Un mode Eco, qui limite la machine à 30 km/h, permet de préserver la capacité de la batterie. Celle-ci supporte mille cycles de charge, l’équivalent de 50 000 à 70 000 km parcourus en ville sur une dizaine d’années.

La Vespa Elettrica est connectée. Le compteur numérique sur le guidon affiche les informations nécessaires à un tel engin, comme l’autonomie restante ou la charge de l’accumulateur. Il se couple au smartphone du conducteur, affichant les appels entrants, SMS ou playlist musicale (un casque jet avec écouteurs intégrés est disponible en option). Sur le téléphone, l’application Vespa Elettrica permet d’obtenir plusieurs informations sur le véhicule, dont sa géolocalisation si l’on a oublié son lieu de parcage. Ou si un voleur a trouvé la couleur chromée à son goût.

Yamaha à trois roues

L’affichage du contenu des téléphones portables sur l’instrumentation de bord, jusqu’ici réservé à l’automobile, fait son apparition dans la moto. La Honda Goldwing 2018, taillée pour les grandes distances, intègre le système Apple CarPlay. Cette imposante routière dispose également d’un airbag en cas de collision.

La sécurité et la stabilité des deux-roues motorisés sont à l’évidence des préoccupations majeures. Les marques multiplient les pistes et solutions: Yamaha lancera d’ici à quelques mois une version à trois roues de sa moto sportive MT-09, un gros cube de 115 ch. La Niken (deux sabres en japonais) dispose d’une double roue à l’avant, inclinable à 45 degrés.

Comme sur les scooters tricycles, c’est un gage de meilleur freinage et d’adhérence accrue, l’ABS travaillant de surcroît de manière différenciée sur chaque roue. Yamaha promet que la maniabilité de la Niken sera semblable à celle d’une moto conventionnelle. Reste à voir si l’allure de coléoptère ninja de la machine séduira les amateurs soucieux de sécurité. L’équipementier allemand Bosch croit pour sa part en l’ABS pour vélos électriques, souvent véloces. Il dévoilait à Milan un dispositif électronique de quelques centaines de grammes qui évite le blocage des roues en cas de freinage violent.

Honda refait le singe

Honda, Yamaha ou BMW travaillent aussi sur des systèmes de stabilisation gyroscopique, empêchant la moto de tomber. Le premier présentait à Tokyo son prototype Riding Assist, à la technologie dérivée du robot Asimo. Avec son étude Motoroid, Yamaha explore le même système, en y ajoutant de l’intelligence artificielle pour rendre la moto semi-autonome.

En attendant, rétroviseur dressé comme une antenne dans l’air du temps, l’élan du vintage ne faiblit pas. Kawasaki réinterprète à peine sa 900 Z1 de 1972, le réservoir en goutte d’eau, le dosseret de selle en bec de canard, le quatre cylindres en ligne ou le phare rond étant au rendez-vous de la nostalgie. Honda croit fort en la résurrection de son minuscule Monkey, apparu en 1961, dans le but de séduire les plus jeunes.

Un appel au passé, comme un aveu d’hésitation devant un futur ponctué de points d’interrogation. 

Publicité