Lorsque l’on prononce le mot «méditation», la première image qui nous vient à l’esprit est indubitablement celle d’une personne assise en tailleur, les yeux fermés, visualisant probablement un paysage naturel imaginaire, comme une plage déserte. Néanmoins, pour certaines personnes, maintenir une position immobile peut relever de la torture. Pour toutes les natures hyperactives, la méditation en mouvement représente un antidote anti-stress très efficace et la marche afghane en est l’une version des plus accessibles. Elle ne demande aucun équipement, aucun contexte, aucune condition physique particulière, aucun effort de visualisation. A la différence de la randonnée, dont elle représente un précieux complément, le côté contemplatif est beaucoup moins présent au début de la pratique, car l’attention est focalisée uniquement sur la fréquence des respirations et des pas.

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Rythme du souffle

La marche afghane est une technique née à partir des observations effectuées par le Français Edouard G. Stiegler. Au début des années 1980, il accomplit, sous l’égide de l’ONU, une mission économique en Afghanistan. Adepte de marche, il est captivé par les caravaniers afghans, capables de parcourir quotidiennement plus de 60 kilomètres pendant des dizaines de jours.

En 1981, il publie Régénération par la marche afghane, qui explique cette méthode accessible et efficace basée sur la synchronisation de la marche avec une respiration exclusivement nasale. L’exercice de base prévoit trois pas d’inspiration, un pas de rétention à poumons pleins, trois pas d’expiration, un pas de rétention à poumons vides et, hop, on recommence le cycle. Lorsque le parcours impose un effort physique, notamment en présence de dénivelés, le rythme du souffle devra nécessairement être plus court.

Quant à la posture, la cage thoracique doit être ouverte pour se tenir droit sans pour autant être rigide, le regard posé à quelques mètres devant soi. Coordonnant les enjambées avec le souffle, la respiration devient plus ample et notre corps se trouve mieux oxygéné. Si l’on considère la stimulation de la circulation sanguine, le renforcement osseux et la réduction des tensions musculaires, cette activité à la fois mentale et physique agit sur tout l’organisme.

Transe citadine

Cette technique peut être utilisée pour des randonnées dans la nature, mais aussi au quotidien, en milieu urbain. Olivier Kaufmann, spécialiste en évolution personnelle, a intégré la marche afghane aux différentes pratiques qu’il a expérimentées jusqu’à présent. Ce docteur en sciences de la Terre a débuté il y a plus de trente ans avec la sophrologie, les compétitions de tir et les arts martiaux. Pour ce scientifique passionné par la méditation, ce «yoga de la marche» se greffe aisément à nos vies citadines pour apaiser le dialogue intérieur. «La rythmicité de la marche, associée à une respiration spécifique et à une concentration sur chaque pas, peut permette l’accès à une forme de transe. Au début, il est important de pratiquer dans un milieu où l’on se sent en sécurité. Après avoir intégré les éléments de base, je conseille de commencer la pratique en prenant conscience de l’environnement, comme les bruits et les odeurs, afin que ces sensations ne viennent pas perturber les processus de lâcher-prise.»

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Moins lire et marcher plus

Une fois le bon réflexe respiratoire enregistré, cette marche consciente peut s’appliquer à nos déplacements quotidiens, sur une durée de vingt à trente minutes en se rendant au travail, à l’épicerie ou au parc. Loin de toute pression de performance, l’ancrage advient toujours dans le confort et dans le silence. Le fait de compter mentalement contribue au détachement qui s’opère par rapport au ronron mental face auquel on peut se placer en simple observateur, sans jugement, mais aussi localiser les tensions logées dans le corps pour mieux les détendre. Le pratiquant avance en pleine conscience en sentant l’air qui entre et sort de son corps ainsi que le déroulé de ses pieds. L’être intérieur chemine autant, sinon plus, que le corps qui bouge.

«A tout néophyte, je conseillerais de ne pas trop lire à propos de la méditation. Moins on lit, mieux on peut être porté sur soi, estime Olivier Kaufmann. Si un débutant lit les techniques de méditation avant de commencer, il risque de rêver ce qu’il a lu ou de chercher à retrouver les sensations des autres, en passant ainsi à côté de sa propre expérience.» Alors mettez-vous en marche!

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