Il incarne la nouvelle garde du design allemand. A 37 ans, Sebastian Herkner imagine un design où fusionnent tradition et création, nouvelles technologies et artisanat. Depuis la création, en 2006, de son studio près de Francfort, cette étoile montante du design objet met en lumière le travail de la main, des matériaux et des couleurs. Un style affirmé qui lui a valu d’être nommé créateur de l’année 2019 par le dernier salon professionnel Maison&Objet de Paris Villepinte. Tout chez Sebastian Herkner dégage quelque chose d’intensément fidèle aux racines, aux savoir-faire. A commencer par son parcours.

Enfant des eighties, l’Allemand débarque sur la scène design en pleine décennie pro-scandinave. Un design froid et minimaliste. Sebastian Herkner aurait pu suivre cette direction, comme beaucoup d’étudiants de sa génération. Mais le diplômé de l’Université d’art et de design d’Offenbach-sur-le-Main aime les pas de côté et fait ses armes chez la créatrice de mode britannique Stella McCartney. Nous sommes en 2003. A Londres, Sebastian Herkner développe son art de marier les textures, les couleurs et les matières. «Il est important de nager à contre-courant, de ne pas coller à la tendance, explique-t-il. C’est un choix très personnel.»

L’art de l’inversion

Ce parti pris se matérialise dans la Bell Table éditée en 2010 par ClassiCon avec laquelle il va exceller dans l’art de l’inversion. Le verre, qui constitue habituellement le plateau, devient ici un pied de table soufflé à la main par des artisans bavarois à l’aide d’un moule en bois traditionnel. Le designer y a laissé volontairement des traces d’imperfections afin de souligner son attachement à l’artisanat. Le succès de cette table basse va lui apporter une visibilité mondiale et lui permettre de démultiplier les collaborations.

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Sebastian Herkner va dès lors imposer sa signature auprès de plus de 40 éditeurs. Il travaille à la fois pour les poids lourds du design italien comme Moroso et Cappellini, mais aussi pour de jeunes maisons inventives comme Pulpo et Ames.

Ses choix sont motivés par sa quête d’authenticité qu’il va puiser lors de ses nombreux voyages en Chine, en Colombie, en Thaïlande ou au Sénégal à la rencontre des artisans locaux. Leurs savoir-faire précis et précieux alimentent son inspiration, qui se nourrit également des matériaux traditionnels comme la céramique, le cuir ou le marbre. Ainsi, pour la marque allemande Pulpo, Sebastian Herkner a signé notamment une série d’élégantes lampes sur pieds baptisées Oda. Ressemblant à un réservoir de lumière, le dessin s’inspire directement d’images photographiques de châteaux d’eau capturés par Bernd et Hilla Becher.

La seconde vie de l’artisanat

Son approche durable de la conception confère au processus de création le même degré d’importance que le produit final lui-même. «Il faut respecter le temps requis pour créer une pièce», souligne-t-il. Sebastian Herkner change de temporalité et en joue. Il ressuscite à sa façon des fleurons de l’artisanat d’antan. En 2017, pour l’Edition van Treeck – héritage des célèbres ateliers de vitraux munichois – il imagine une table Pastille composée de gouttes de verre coloré s’entremêlant pour former le plateau. Pour le faïencier Kaufmann Keramik, il invente des carreaux de céramique en relief, ornés de motifs grâce à des outils qui lui ont été inspirés par ceux utilisés au Maroc pour décorer les pâtisseries.

L’année dernière, pour sa collaboration avec la maison allemande Thonet, l’une des plus anciennes manufactures de meuble du monde, le designer imagine la chaise 118 qui associe technologies d’hier et d’aujourd’hui, soit un cadre en bois courbé à la vapeur et des pieds façonnés par fraiseuse à commande numérique. Créateur prolifique, Sebastian Herkner marque son attachement aux savoir-faire artisanaux jusque dans sa décision d’installer son studio à Offenbach-sur-le-Main. «C’est une ancienne cité du cuir. Avec la disparition de cette industrie, la ville a perdu son identité», reprend le designer, fier d’avoir contribué à la renaissance de ce savoir-faire local. «Désormais, cette industrie a un futur. C’est important de maintenir vivante cette connaissance, souligne celui qui conçoit son travail comme une conversation. Les artisans viennent nourrir mon travail et vice-versa. Ce sont des maîtres de la technique. J’observe leur rapport au matériau et leur manière de le travailler.»

Sebastian Herkner ne cède pas pour autant au «c’était mieux avant»: «J’aime combiner cette tradition avec de nouvelles technologies. Je trouve mon équilibre dans ce mariage dont le but n’est plus de produire des pièces jetables, mais durables.» Une conviction personnelle que l’objet peut changer les habitudes de consommation.