SPORT

La sérénité par l'apnée

Considérée à tort comme un sport réservé à des athlètes d’exception, cette discipline est une pratique ouverte à tous, toujours plus populaire. Un antidote au stress quotidien

On ne peut pas vraiment échapper aux clichés. Dans l’imaginaire collectif, l’apnée fait immédiatement référence au Grand bleu, ce film générationnel qui mettait en avant deux personnages hors normes et leur relation addictive aux profondeurs marines. L’apnée serait réservée à une petite caste de doux timbrés obsédés par la chasse aux records, rendant ainsi la discipline inaccessible au plus grand nombre. Les idées reçues sont souvent les plus délicates à gommer: il va falloir encore un peu de temps pour changer tout ça… en profondeur.

Voyager en flottant

Phil Simha, 53 ans, responsable de l’apnée au club Scuba-Shop à Villeneuve, a bien évidemment vu le film de Luc Besson. Diplomate, il préfère louer son rôle dans le développement de la pratique plutôt que de pointer ses failles: «Besson était un vrai passionné, ses parents enseignaient la plongée et il voulait suivre leurs traces. Et Jean-Marc Barr a marqué tout le monde par sa beauté et son romantisme. Ils ont beaucoup fait pour la notoriété de l’apnée, tout comme les nombreux champions français, tels Loïc Leferme et Guillaume Néry.»

Le grand bleu a été tourné en 1988, et les choses ont bien changé. L’apnée est aujourd’hui une discipline ouverte à tous. La demande du grand public est exponentielle et les structures d’accueil de plus en plus nombreuses. Tout sauf sur une surprise pour Phil Simha: «Quand tu demandes à quelqu’un que tu n’as pas vu depuis six mois comment il va, les trois réponses les plus fréquentes sont: «Mon pauvre ami, j’étouffe!», «Je n’ai pas une minute pour respirer» et «Je n’ai pas une minute pour souffler». Réapprendre à respirer correctement est un besoin thérapeutique dans notre société. D’ailleurs, même si notre public est très varié, le dénominateur commun quand on leur demande pourquoi ils sont venus jusqu’ici, ce sont les mots respiration et relâchement.»

Pas besoin de vivre près du grand large pour pratiquer. Phil Simha raconte une journée d’initiation telle qu’il en propose dans les bassins de la piscine de la Maladaire, à Clarens. Des séances en petit comité – six personnes maximum – qui débutent en dehors de l’eau avec des exercices de respiration abdominale sur tapis, dans un environnement silencieux pour amener à la méditation et au relâchement. Puis les stagiaires enfilent leurs combinaisons pour accéder aux bassins et entamer leur voyage sensoriel: une apnée statique, en restant immobile à la surface, pour des résultats souvent surprenants. Dès la première journée, la plupart des néophytes se montrent capables de tenir deux minutes sans respirer!

Un style de vie

De telles performances s’expliquent grâce à des phénomènes physiologiques. Quand la respiration s’arrête, le corps humain met en œuvre des mécanismes de défense: il ralentit le rythme cardiaque et transfère davantage de sang vers les organes nobles comme le cœur, les poumons et le cerveau. Quant à l’eau, en nous libérant de la gravité terrestre, elle améliore notre capacité de relâchement. Phil Simha parle aussi de «jeu mental» pour qualifier le dialogue avec le cerveau, occuper son esprit et prolonger le voyage. Un être humain lambda devient ainsi capable de repousser ses limites au-delà de l’imaginable.

Mais l’essentiel est ailleurs. Les pratiquants interrogés n’évoquent jamais la chasse aux records – 11 minutes et 35 secondes en apnée statique, pour information – mais parlent d’anti-stress, d’apesanteur, de plénitude. Guillaume Néry, la figure française la plus médiatique du moment, le dit tout aussi simplement: «Quand j’arrête de respirer, je désactive mon mental. Mon organisme se calme, je relâche les tensions et je suis plus serein. Je me sens complètement relaxé et c’est un pur moment de bonheur.» Phil Simha insiste, lui, sur la dimension loisirs et la philosophie de sa passion: «Nos pratiquants développent une capacité de relâchement bien plus forte et améliorent ainsi leur gestion du stress dans toutes les situations. L’apnée rend les gens heureux: ce n’est pas un sport, c’est un style de vie.»

Il évoque enfin un dossier sensible: l’apnée ne se pratique jamais seul, quoi qu’il arrive. Le risque de syncope est réel, quand bien même il reste exceptionnel. Il dit aussi que l’apnée ne se limite pas aux seuls bassins, qu’elle apprend à respirer dans la vie de tous les jours et qu’on peut finalement s’entraîner n’importe où, n’importe quand: dans les transports, devant sa télé ou sur un vélo d’appartement. Et pour nous convaincre, il cite Umberto Pelizzari, le célèbre apnéiste italien: «La plongée en bouteille, c’est fait pour regarder à l’extérieur; la plongée en apnée, pour regarder à l’intérieur.»

Scuba-Shop, rue d’Arvel 106, 1844 Villeneuve. Phil Simha: +41 79 786 33 75

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