Voyage

La sérénité dans 
un décor 
de western

Un hôtel est parfois une destination de voyage en soi. Amangiri, l’un des plus beaux 
du monde, se niche au milieu d’un époustouflant paysage 
de Far West où règne l’esprit 
des Indiens navajo

L’avion atterrit à Page, Arizona, petite ville sans intérêt bâtie dans les années 50 pour les ouvriers qui construisaient le barrage voisin. Vous voilà au milieu de nulle part, tout au bout de l’Etat, à son extrême au nord-est, dans cette région appelée Four Corners, là où l’Arizona rencontre le Colorado, le Nouveau-Mexique et l’Utah. A la frontière de ce dernier c’est le choc, le face-à-face fascinant avec la beauté sauvage d’une nature de western mille fois vue en Cinémascope. Un désert de pierre, fait de canyons et de plateaux sur lesquels l’océan, qui s’est retiré il y a des millions d’années, a laissé une empreinte de strates rouges, ocre, beiges, roses. Le voyageur qui débarque se fait un film. Il s’attendrait presque à voir surgir quelques Indiens, hopis ou navajos, dont les réserves s’étendent sur une grande partie de la région.

Comme les villes, certains hôtels peuvent être une destination en soi. Voici Amangiri, parmi les plus beaux du monde, point de départ idéal pour découvrir le Grand Ouest américain. Avec, tout proche, Glen Canyon et Lake Powell d’où la rivière Colorado se déverse dans le Grand Canyon. Et plus loin, Monument Valley, les parcs nationaux de Bryce et Zion, le pont Rainbow et le Grand Staircase, visible depuis cette adresse hors norme et coupée du monde.

Une limousine noire transborde le visiteur. Elle roule pendant vingt bonnes minutes sur un petit chemin au bout duquel se dessine une clôture. Il faut encore descendre une route sinueuse pour arriver à l’hôtel, qui se niche dans le creux d’un canyon, au cœur d’une propriété de 240 hectares. Ici, les blocs de béton épousent la pierre des canyons et la couleur du ciel dans une harmonie parfaite. Comme une illusion, un mirage dans le désert, mais sans oasis et dans un confort ultramoderne. Construit en 2008, Amangiri a immédiatement séduit les riches voyageurs en quête de luxe et de calme. Wendell et Burnette, ses architectes, ont mélangé la terre de l’excavation au béton, créant cette couleur de la pierre qui fait écho à celle des plateaux rocheux. L’ensemble est surnaturel et fait corps avec le paysage. Bienvenue sur une autre planète.

Le pavillon central est bâti autour d’une piscine devenue célèbre, elle-même conçue autour d’un imposant bloc rocheux, une masse qui semble se jeter dans l’eau. On pénètre dans ce bloc par un long corridor, un tunnel dont l’ouverture carrée évoque une œuvre lumineuse de James Turrell. Dans le bâtiment, l’accueil, le salon, la bibliothèque et la salle à manger s’unissent de manière informelle. Avec son comptoir en marbre noir, la cuisine est ouverte sur la salle. Le chef y crée des merveilles dont il raconte avec enthousiasme la provenance des produits. La viande vient d’un éleveur local, le saumon a été pêché à la main par un Indien, dans une rivière à l’autre bout du pays.

Les 34 suites de l’hôtel offrent le spectacle de cette nature à couper le souffle. Chacune s’ouvre sur les mesas, ces roches en plateau, et invite à la contemplation des étoiles depuis leurs terrasses. Propriétaire de l’hôtel, le groupe Aman a voulu que l’esprit de la tribu soit présent partout dans l’établissement. Les cheminées brûlent de la sauge, rituel sacré chassant les mauvaises énergies et les soins du spa, inspirés par la tradition indienne, ont été élaborés par une thérapeute navajo. Les pavillons de yoga et de relaxation se distribuent autour des piscines et des plans d’eau dans un calme amplifié par le désert qui le cerne. En sanskrit, Amangiri signifie «la montagne tranquille». L’hôtel porte bien son nom.

Mais pour profiter de ces paysages vastes et monumentaux, rien ne vaut de sillonner l’immense domaine pendant des heures, de découvrir les pétroglyphes en compagnie des naturalistes d’Amangiri, à pied comme à cheval. L’une des randonnées mène à une grotte où travaille Ulrike Arnold, une artiste qui extrait de la pierre des pigments qu’elle travaille sur de grandes toiles accrochées dans le pavillon principal de l’hôtel. Des guides locaux proposent aussi des balades près des canyons délicatement creusés dans la roche, sur le domaine de la Navajo Nation. Du grand spectacle.

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