Un jour, une idée

L’univers gourmand de Chander, un philosophe indien

Chez Chander, c’est L’adresse indienne de Sion. Un tout petit restaurant, en dehors du centre piéton et bourdonnant de la ville, et trois grandes tables autour desquelles tous les convives partagent le repas et font connaissance. Chander les accueille, les présente les uns aux autres, distribue les blagues, crée le premier lien avant de s’éclipser dans la cuisine où il œuvre seul depuis le matin. Il y a des étudiants, des enseignants, des juges, des médecins, des journalistes, des artistes, des photographes, des politiciens, des étrangers, des personnes en difficulté… Ici, peu importe la fonction. Personne n’est défini par son travail. «Le statut social a balayé toute la confiance que les gens ont dans les autres, ils oublient de regarder la lumière qui se dégage des personnes», estime Chander. Le prénom et la lumière suffisent donc aux présentations. C’est que Chander ne fait pas seulement la cuisine, c’est un homme de conviction et de spiritualité. A table, il mélange volontiers les blagues, les analyses politiques et les histoires spirituelles de son maître indien. Son chemin intérieur influence sa cuisine, mais personne n’est obligé d’évoquer ces méandres s’il ne le souhaite pas.

Il y a donc un plat unique pour tout le monde, un tali végane, cuisiné différemment chaque jour mais toujours avec des produits biologiques, le plus souvent de la région. Chander se fournit en produits frais auprès d’une ferme bio de Sion et auprès d’un jeune Sédunois, Hubert de Kalbermatten, qui fait de la permaculture dans d’incroyables et foisonnants jardins de la plaine du Rhône. La femme de Chander tient un magasin biologique, Les Semailles, dans la vieille ville de Sion, d’où viennent la plupart des aliments utilisés.

Les portions sont menues. «Je ne veux pas jeter de la nourriture, alors je sers peu à la fois et propose un deuxième ou un troisième service si les gens ont encore faim», explique-t-il. Le tchaï est offert, mais un cochon rose attend les dons pour son association caritative au Penjab, Planète Enfants.

Tous les mardis soir, dès 21h30, Chander propose encore une méditation collective. «Toutes les consciences et tous les porte-monnaie sont les bienvenus chez moi», déclare-t-il avant de rire aux éclats. «Mais non, c’est gratuit!»

Peu après 14h, quand les clients sont tous partis, une femme aveugle pousse la porte. «Ah! tu es là», s’exclame Chander. «Nous avons un pacte: quand il y a du soleil, elle peut venir me chercher en début d’après-midi pour aller faire une promenade», explique-t-il, en lui offrant un tchaï avant de partir marcher. Je remarque alors que la poignée de l’une des portes de la salle est étrangement posée à l’envers. «Je ne veux pas donner d’habitude à mon cerveau», explique-t-il. Chez Chander, ce n’est pas un restaurant, c’est un univers. Chez Chander, rue de Lausanne 52, Sion.