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Kurt Fluri, politicien hyperactif et bon vivant. 
© Anouch Abrar

Boire et manger

Le sobre ambassadeur des vins vaudois

Kurt Fluri porte plusieurs casquettes: maire de Soleure, conseiller national et président de l’Union des villes suisses. Ce forçat de la politique peut aussi être un bon vivant, sachant qu’il n’y a pas de meilleure stratégie que les plaisirs de la table pour sceller un compromis

Ce doit être un record de Suisse. Depuis vingt-cinq ans, Kurt Fluri préside aux destinées de la ville de Soleure. Agé de 63 ans, le maire PLR ne ressent aucunement l’usure du pouvoir. Il vient d’entamer son septième mandat dans ce qui était autrefois la maison d’été de la famille von Roll, bâtie en 1651. C’est à cet homme, sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise, que l’Office des vins vaudois a décidé de décerner le titre de commandeur. Kurt Fluri en sourit: «Je n’ai pas fait grand-chose pour les vins vaudois, sinon en boire passablemen!t»

«A Soleure, l’esprit de Wengi est toujours vivant»

Dans son bureau aux allures de capharnaüm, un tableau attire l’attention. Il rappelle qu’une guerre civile a été tout près d’éclater entre catholiques et réformés en 1530. Pourtant, un homme parvient à l’éviter in extremis en s’interposant: le maire de l’époque, Niklaus Wengi. Kurt Fluri aime à le souligner: «A Soleure, l’esprit de Wengi est toujours vivant.»

Et l’homme qui incarne aujourd’hui cet esprit, c’est lui. Ce réformé qui s’est imposé en terres catholiques est un rassembleur. Un gagneur aussi: en 2003, le peuple l’a aussi porté au Conseil national, où il est peu à peu devenu une personnalité très influente à la manœuvre dans les coulisses. Un grand bosseur enfin: son double mandat l’oblige à des semaines de travail qui frisent les 80 heures. Ce n’est pas un problème pour lui, quatre heures de sommeil par nuit lui suffisent. Colonel à l’armée, il a pris l’habitude de fixer la diane à 5h du matin.

«Les Romands, plus conviviaux»

Pourtant, c’est aussi le bon vivant que l’Office des vins vaudois a voulu honorer, cet Alémanique dont «l’ouverture d’esprit le prédestine à jeter des ponts, tout particulièrement avec la Suisse romande et le canton de Vaud». Ah, ces Welsches! «Ils sont plus spontanés, plus tolérants, plus conviviaux», affirme Kurt Fluri. Ne pousse-t-il tout de même pas le cliché un peu trop loin? «Non, pas du tout», répond-il. Il se souvient de séances du Conseil national tenues sous la présidence de Thérèse Meyer (PDC/FR). «A 11h45, elle interrompait systématiquement les débats. C’était l’heure de l’apéro.»

Et ce n’est pas plus mal ainsi. «La gastronomie est une excellente stratégie pour surmonter les divergences dans une situation de blocage politique», relève-t-il. Un repas – parfois suivi d’un jass –, rien de mieux pour créer les bases d’un compromis.

Un homme aux convictions affirmées

Sous la coupole fédérale, Kurt Fluri est un radical en voie de disparition, l’un de ceux qui n’hésitent pas à afficher une fibre parfois sociale, parfois écologique. Pas question pour lui de soutenir la candidature de Sion 2026 pour les Jeux olympiques d’hiver, ni d’ériger des éoliennes sur les crêtes du Jura, raison pour laquelle il a voté contre la stratégie énergétique 2050 de la conseillère fédérale Doris Leuthard voici un an.

Autant dire que cet homme aux convictions affirmées n’est pas homme à pactiser avec l’UDC. Alors que plusieurs de ses collègues de parti se sont rapprochés de la formation du patriarche Christoph Blocher pour tenter de former une «coalition bourgeoise» avec le PDC, il fait plutôt partie de ceux qui dresseraient un cordon sanitaire vis-à-vis d’elle. Au point qu’il en est devenu la bête noire.

L’UDC n’a pas lu la Constitution, et notamment l’un de ses articles stipulant que la Suisse doit respecter le droit international

Les relations se sont détériorées lors du deuxième semestre 2016, au moment où le parlement a dû trouver dans l’urgence une solution pour mettre en œuvre l’initiative de l’UDC réclamant des contingents pour limiter l’immigration. Cette dernière n’étant clairement pas eurocompatible, il a fallu forger un compromis ne menaçant pas la voie bilatérale avec l’UE. Avec la gauche du parlement, Kurt Fluri a alors été un des pères de la «préférence indigène light», une solution renonçant aux contingents. Pour l’UDC, c’en était trop: elle a tantôt traité le Soleurois de «traître à la patrie», tantôt de «fossoyeur de la démocratie». Kurt Fluri ne s’en émeut pas plus que cela. «L’UDC n’a pas lu la Constitution, et notamment l’un de ses articles stipulant que la Suisse doit respecter le droit international», déplore-t-il.

Kurt Fluri est un hyperactif. Non rassasié par le fait d’assumer le double mandat de maire et de conseiller national, il préside encore l’Union des villes suisses. A ce titre, il soutient l’idée d’une exposition nationale décentralisée dans dix grandes cités des trois grandes régions linguistiques. «Cela montrerait l’importance des villes, qui ont trop peu de poids dans les institutions helvétiques.» Même si 70% de la population habite dans des agglomérations, le Suisse n’a pas une mentalité urbaine. Inconsciemment, il reste imprégné d’un état d’esprit campagnard, comme s’il gardait en tête les tableaux du peintre Ferdinand Hodler.

Midi a sonné au clocher d’une église voisine. Aujourd’hui, pas question d’ouvrir une bouteille d’Epesses ou de Dézaley. Kurt Fluri est certes devenu cette semaine un ambassadeur des vins vaudois, mais il en boit modérément. «Etre sur Soleure», comme l’étaient à l’époque les bateliers qui transportaient le vin sur le canal de l’Aar, ce n’est pas son genre!

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