Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
L’ancien quartier ouvrier désormais gentrifié est situé sur l’île de Södermalm.

Voyage

SoFo, le Stockholm bobo

Autrefois ouvrier, ce quartier du sud de la capitale suédoise est devenu une enclave pour bohémiens progressistes. Au prix de son authenticité?

Ce n’est pas le Stockholm de carte postale. Les bâtiments décatis n’ont pas le charme médiéval de Gamla Stan, la vieille ville, ni l’opulence d’Östermalm, l’ouest huppé. Mais dans ces rues étroites et sans prétention, il règne une insouciance, une nonchalance qui fait défaut aux grandes artères de la capitale suédoise. Les pas sont plus lents, les regards plus chaleureux, les corps moins rigides. Il n’y a pas de centre commercial, pas de grandes enseignes ni de chaînes de pharmacie. Uniquement des boutiques confidentielles et des cafés à l’ambiance rétro. Le temps s’y dilue, le stress s’y évanouit. Et quand la lumière du nord colore l’instant d’un halo rougeâtre, on s’éprend définitivement de Söder om Folkungagatan, enclave nichée au sud de la rue Folkunga.

«Tellement tendance que ça fait mal»

Situé sur l’effervescente île de Södermalm, au sud de la ville, SoFo est un ancien quartier ouvrier devenu en quelques années l’épicentre de la culture bobo de Stockholm. On y croise toute une faune d’architectes, de photographes et autres créatifs en tout genre. Ils ont entre 25 et 40 ans, portent des jeans skinny, des baskets Adidas Stan Smith, des Perfectos en vrai cuir et les fausses lunettes de John Lennon. Bourgeois mais pas bling-bling, ils se disent allergiques au consumérisme de masse, au luxe ostentatoire et au gluten. Dans leurs restaurants favoris comme le très couru Pompadour, les salades de quinoa et les puddings aux graines de chia ont remplacé les traditionnelles tartines au gravad lax (saumon mariné) ou au pâté de foie. C’est là qu’ils se rendent le week-end avec bébé, poussette dernier cri et jouets en bois recyclés. Et si le temps le permet, ils se prélassent dans le joli square de Nytorget, la place centrale, pour communier (un peu) avec la nature.

Un passé besogneux, des boutiques de mode et de design alternatifs, une éthique bio-écolo: il n’en fallait pas plus pour que SoFo fasse sensation auprès des guides de voyage et des magazines branchés. En 2014, le quartier figurait ainsi sur la liste des 15 quartiers «les plus cool du monde» de Vogue et serait, selon le site spécialisé theculturetrip.com, «tellement tendance que ça fait mal». Un engouement qui réjouit les commerçants du coin comme Lisa Larsson, propriétaire depuis trente ans d’une foisonnante boutique de vêtements vintage. «Beaucoup de touristes viennent chez moi parce qu’ils ont vu mon nom dans les guides. C’est bon pour les affaires!»

Opération de branding

Le fabuleux destin de Söder om Folkungagatan s’est joué à un mot. Ou plutôt à un acronyme, né à la fin des années 1990. La jeunesse stockholmoise boude alors cette zone un peu crasseuse, refuge d’artistes fauchés. Les cafés sont rares et les boutiques ont du mal à survivre face aux machines de guerre commerciale que sont les malls. Dans l’espoir de révéler le charme bohème de leur quartier, trois amis – Per Holm, Fredrik Glejpner et Henrik Borggren – lui trouvent un surnom lors d’une soirée bien arrosée. SoFo. C’est court, ça claque. Ça rappelle le SoHo (South of Houston Street) de New York, d’où revient tout juste l’un des acolytes.

Aujourd’hui, ces quatre lettres sont devenues une marque avec logo, site web, plan de quartier destiné aux touristes. Et le dernier jeudi du mois, durant les SoFo Nights, de nombreuses boutiques organisent des concerts et des vernissages très appréciés des locaux. Cette campagne de relations publiques est orchestrée par la SoFo Association, qui réunit près de 140 commerçants du quartier. «Nous sommes parvenus à créer une véritable communauté dont l’identité résonne dans le monde entier. C’est une démarche unique au monde», se félicite Pia Flodner, membre de l’association. Ce n’est pas chez Grandpa qu’on vous dira le contraire. Situé sur Södermanngatan, ce concept-store est une adresse incontournable pour les fashion addicts globalisés. On y découvre des marques scandinaves pointues et des gadgets au design épuré. Juste à côté se trouve Il Caffé, bar minimaliste constamment bondé où les clients ont les yeux rivés sur leur Mac Book argenté. Les plus sociables s’aventurent parfois chez le fleuriste voisin pour adopter un pot d’hortensias ou une monstera. Bref, un véritable village du cool. «Il y a tout ce dont j’ai besoin ici: des cafés et des boutiques cool, un marché, et tous mes amis vivent ici, promet Jousette Grandin, une Stockholmoise rencontrée chez Grandpa. Je n’ai pas beaucoup de raisons de quitter la zone.»

Les aléas de la gentrification

Malgré une popularité exponentielle, SoFo est loin de faire l’unanimité. «Tout ceci est complètement surfait! tonne Julia Nielsen, propriétaire de la librairie arty Konstig. De quoi parle-t-on? De trois malheureuses rues gentrifiées? Ce n’est tout de même pas l’East Village new-yorkais.» Certains autochtones vont jusqu’à faire leurs valises. «Je suis fatigué des salons de tatouage et des hipsters», se lamente Dominik Stenberg, qui déménage après avoir habité dix ans à SoFo. Directeur artistique de The Forgery, c’est pourtant lui qui a créé l’identité visuelle du quartier qu’il fuit. «On a voulu rendre cet endroit plus populaire, mais les seules personnes qui en profitent vraiment sont les promoteurs immobiliers.»

A l’instar de Williamsburg (New York) où de Shoreditch (Londres), l’embourgeoisement de Söder om Folkungagatan a entraîné une explosion des prix du logement, forçant les habitants les moins favorisés à l’exil. Quant aux commerçants, ils luttent. «Mon loyer a augmenté de 300% en moins de dix ans, soupire Stefan Jakobsen, propriétaire de Pet Sounds, mythique magasin de disques où Quentin Tarantino a ses habitudes. Mais nous ne pouvons rien y faire, c’est le mouvement naturel des choses.» Désormais, cette enclave si orgueilleuse de son esprit de résistance accueille une boutique Acné et, depuis décembre dernier, un point de vente de la marque de cosmétiques australiennes Aesop. Mort, l’esprit SoFo? A voir. En attendant, il lui faudra également faire face à la concurrence de Hornstull, un autre quartier de Södermalm réputé plus «authentique». Mais avec l’ouverture du mall Hornstull Galleria, certains avancent que SoFo pourrait quand même garder la main. La course à la boboïtude ne fait que commencer.


Y manger

Pom & Flora,

Dans ce café au charme français, les toasts à l’avocat, puddings aux graines de chia et bols d’açai raviront les fans de «healthy food».

l Caffè

Un espace minimaliste où vous boirez l’un des meilleurs cafés du quartier, à déguster avec un kanellbullar, traditionnel pain suédois à la cannelle.

S’y habiller

Lisa Larsson Second Hand

Choix impressionnant de vêtements et accessoires pour hommes et femmes, des années 1930 à 1970.

Grandpa

Le magasin de fringues le plus branché de SoFo. Beaucoup de marques de mode et de design scandinave.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a