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Il s’appelle Virgil Abloh, 38 ans, né à Rockford dans l’Illinois. Si vous êtes peu au fait de la mode et d’Instagram, il y a de fortes chances que le designer soit totalement passé sous l’antenne de votre radar du cool. Mais ça va changer.
© Chesnot/WireImage

Mode

Et soudain, Virgil Abloh apparut

Dédiée au vestiaire masculin printemps-été 2019, la très colorée Fashion Week de Paris s’achève dimanche. Jeudi, elle consacrait le directeur artistique de Louis Vuitton homme, la nouvelle coqueluche du luxe

Il s’appelle Virgil Abloh, 38 ans, né à Rockford dans l’Illinois. Si vous êtes peu au fait de la mode et d’Instagram, il y a de fortes chances que le designer soit totalement passé sous l’antenne de votre radar du cool. Mais ça va changer. Jeudi, pendant la Fashion Week homme de Paris, le créateur qui rend fous les milléniaux présentait sa première collection en tant que directeur artistique de Louis Vuitton homme. Autant dire qu’au Palais Royal, où avait lieu le défilé, on se serait cru au lancement des soldes, avec en sus Rihanna, Rita Ora, Kim Kardashian et Kanye West pour hystériser les foules. A l’intérieur du jardin, un immense tapis au dégradé arc-en-ciel. Rangés tout au long de ce podium coloré, les collaborateurs de la maison ont été invités par Virgil Abloh à participer au show – de mémoire d’employé, ça n’était jamais arrivé – en portant des t-shirts spécialement créés pour la grande occasion.

Chez Vuitton, on doit se dire qu’on a eu du flair en embauchant ce prodige diplômé en génie civil et en architecture, tour à tour DJ, dessinateur de meubles ou encore consultant artistique pour Kanye West avec qui il a fondé la marque Off-White. Pour son premier show au sein de la maison française, le créateur américain explique sa philosophie dans un texte en forme d’abécédaire non dénué d’humour. «La présence de Virgil Abloh chez Louis Vuitton» sert ainsi de définition au mot «ironie».

Relayée par tous les médias, sociaux ou pas, cette entrée dans la cour des grands fait mouche. Sa radicalité propose de la vraie nouveauté, sans pour autant exploser les codes du malletier parisien. Le monogramme, et le cuir, est bien sûr omniprésent, dans des manteaux longs, sur des vestes en peluche ou encore accroché aux baskets montantes. Un goût pour le logo typique du designer, qui n’a toutefois pas cédé à la facilité de mettre «LV» en énorme partout. Cette collection, c’est du Abloh pur sucre, avec son tiercé gagnant – street wear moderne, chic contemporain et design arty – mais en moins foufou, moins pop culture et plus adulte que chez Off-White, dont le défilé se déroulait deux jours auparavant.

Génération rebelle

Eclectique, Virgil Abloh avoue une passion pour Le Caravage et Marcel Duchamp, dont il détourne le principe du ready-made en l’appliquant à l’univers de la fringue. La coqueluche qui transforme une vieille chose en or, et avec qui absolument tout le monde – Nike, Ikea, Levi’s, Moncler – veut ou a déjà collaboré, fait de l’objet banal un produit hautement désirable. Pour la collection printemps-été 2019 de Off-White, cette rebelle attitude qui veut que le beau vienne du moche, Abloh l’a placée sous l’égide de James Dean, époque Fureur de vivre. C’est lui, dans son rôle fétiche de Jim Stark, qui clôt le défilé dans sa veste rouge et son jeans brodé de motifs de toutes les couleurs. En version plus actuelle le «Rebel without a cause», c’est aussi Bart Simpson, qu’Off-White consacre révolté en chef de ces trentenaires à qui Abloh appartient et dont la bouille jaune surgit sur des pulls en tricot et des t-shirts.

«Le designer non millénial avec une sensibilité de millénial», comme se décrit Virgil Abloh lui-même, possède l’intelligence et le talent qu’attendaient les ténors du luxe pour remplir les chapelles du culte avec de nouveaux fidèles. Jusqu’à présent, les milléniaux accordaient leur confiance à des labels plus confidentiels pour arbitrer leurs élégances. C’est le cas de Hiromichi Ochiai, styliste de Tokyo chez qui la mode est une fête en fluo, où les couches de dentelles se superposent, où des bombers totalement déconstruits se réassemblent pour faire des blousons beaux-bizarres. Chez le Japonais, la mode de la rue sert la trame d’un scénario où chacun se raconte des histoires. Une cape, des blasons, des vestes à franges en daim de toutes les couleurs portées les unes sur les autres, des chapeaux pour dames qui feraient fureur au Derby d’Epsom. C’est fait avec ce qu’il faut de ludisme et de légèreté pour avoir l’envie folle d’enfiler ce perfecto oversize clouté juste pour essayer le look Mad Max branché.

Culture club

La Fashion Week de Paris, c’est aussi l’occasion de découvrir des lieux insensés. Imaginez un espace de 3000 mètres carrés au cœur de la capitale. Une usine désaffectée mais super clean, ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 et totalement dédiée à la positive attitude (yoga-bio-coworking-apéro) ambiante. Le lieu existe, il s’appelle Le Consulat de la Gaîté et vient d’être inauguré à la rue Vercingétorix. Avant de fermer en octobre comme prévu. Car oui, son concept est de ne pas prendre racine pour ne pas lasser. Idéal donc pour y organiser un défilé de mode, cette autre victime du temps qui file.

C’est l’endroit qu’ont choisi Serhat Isik et Benjamin Huseby pour présenter la collection printemps-été 2019 de leur marque GmbH. Pas la peine de vous faire un dessin: le label est allemand. Son originalité? Il puise son inspiration dans la culture clubbing des années 1990. Avec son atmosphère de friche industrielle, Le Consulat est le cadre parfait pour ce drôle de mélange entre des designs classiques, des tenues très délicates (chemises légères aux imprimés naturalistes) et des matières totalement fin de XXe siècle comme ces pantalons en vinyle marron et bleu pervenche. Le tout indistinctement pour hommes et femmes, de tous les gabarits, de tous les genres et de tous les âges.

Dries Van Noten, lui, imagine l’été 2019 à travers le prisme d’un nuancier Pantone. Le styliste d’Anvers qui maîtrise comme personne la coupe tailleur s’est visiblement entiché de l’œuvre Op Art du designer danois Verner Panton, dont il reprend le motif ondulé en le déclinant en nuances de marron, de bleu et en couleur fluo. C’est frais, c’est gai et ça donne envie d’être déjà dans une année. De l’autre côté de l’arc-en-ciel règne Rick Owens. Seul au royaume du dark, le styliste américain s’occupe d’habiller sa tribu post-apocalyptique avec des pantalons de rancheros en cuir, des blousons aux manches surdimensionnées et d’étranges excroissances qui contraignent la démarche.

Vampire punk

Et puis il y a Raf Simons. L’ancien directeur artistique de Dior, qui fait un malheur chez Calvin Klein à New York, continue à nourrir sa propre marque. Dans une ancienne ferronnerie de Montreuil, le couturier belge a installé des mannequins sur des miroirs qui font très boudoir des années 1980. Mais c’est le punk de la décennie précédente qui agite le créateur, un punk version glamour avec des manteaux hyper-longs mais en satin jaune, bleu, blanc et fuchsia, des mailles en fils métalliques dont les trous sont savamment étudiés. Ah oui, et le détail qui tue, car qui dit punk dit bière. Raf Simons a dessiné des sacs six-pack et utilisé les résilles en plastique qui servent au transport des canettes pour en faire des débardeurs.

Il faut avoir le physique pour assumer cette garde-robe où le No Future a basculé dans le côté obscur de la mode. Sur le podium, les garçons qui la portent ressemblent à des dandys un peu vampires qui seraient sortis de leur cercueil pour cet enterrement à la fois festif et baroque. Dans les baffles, on entend d’ailleurs la voix de Peter Murphy, chanteur du groupe Bauhaus, qui ulule son homélie au plus grand acteur à avoir incarné Dracula: Béla Lugosi’s Dead.

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