VOITURE

Speed et cool, la Mustang est de retour

En proposant une version spéciale de la Mustang pilotée par Steve McQueen dans le film «Bullit», Ford pulvérise sa notoriété.

Il y a, dans l’histoire de l’automobile, quelques pépites qui sont passées à la postérité. De ce côté-ci de l’Atlantique, on pense évidemment à la Coccinelle de Volkswagen, à la «Deuche» de Citroën ou à la 911 de Porsche. De simples voitures, elles ont accédé au rang de mythes, traversant les époques sans se démoder, sachant rester fidèles à leur légende malgré quelques reliftings, parfois malheureux.

Les Etats-Unis aussi revendiquent leur part d’histoire. Et même si la Ford T a gentiment fini par glisser dans l’oubli, pour aller rejoindre les Chevrolet Impala ou les Pontiac Firebird, il reste un modèle qui, à chaque réédition, remporte le même succès: la Ford Mustang. Les raisons à cela? Son design, d’abord: simple, pur, racé. Une ligne tellement réussie qu’elle reste à jamais fixée dans la mémoire visuelle collective, comme la bouteille de Coca-Cola ou l’Empire State Building.

Une ligne due au talent de l’équipe du chef designer Joe Oros: «J’avais dit à mon équipe: je veux une voiture qui plaise aux femmes mais qui fera aussi envie aux hommes. Je veux un avant qui ressemble à une Ferrari, des lignes qui fassent penser à une Maserati, avec des prises d’air sur le côté, et que le tout donne l’impression d’avoir été pensé par des designers européens. En une semaine, nous avions créé l’essentiel du design.»

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King of cool

L’autre secret de la Mustang, c’est son association historique avec un mythe hollywoodien: Steve McQueen. Car il y a tout juste cinquante ans, dans le film Bullitt, les cinéphiles découvraient, ébahis, ce qui était alors la plus folle course-poursuite de l’histoire du cinéma. Plus de neuf minutes haletantes, durant lesquelles la science du pilotage de McQueen le dispute à l’envoûtante musique de Lalo Schifrin pour scotcher les spectateurs dans leur fauteuil. Alors même que, entre les mains du «king of cool», la Mustang GT Fastback semblait parfois voler au-dessus des célèbres rues en pente de San Francisco. Du grand art. Le coup de pub réussi par Ford équivaut à celui réalisé, quatre ans plus tôt, par Aston Martin avec James Bond: la simple sportive populaire entre au panthéon des stars mécaniques.

Et à l’heure où, justement, Aston Martin annonce la réédition d’une série limitée à 25 exemplaires d’une réplique impossible à homologuer de sa légendaire DB5, Ford fait le pari inverse et propose une version «Bullitt» de sa Mustang 2018, parfaitement légale et disponible à partir de 60 400 francs. Une paille comparé aux 3 millions et demi (!) de francs nécessaires pour obtenir une DB5 qui ne pourra rouler que sur circuit, puisqu’il paraît peu probable que nos autorités permettent l’immatriculation d’une voiture équipée, entre autres, de plaques… rotatives.

Les méchants ne roulent pas en Mustang…

Pour autant, Ford a pris très au sérieux la mise au point de sa nouvelle star. «Si nous voulions lancer une «Bullitt» digne de ce nom, il y a des choses qu’elle devait absolument avoir!» a déclaré Carl Widmann, l’ingénieur en chef, au moment de la présentation. De fait, outre la fameuse couleur «Dark Highland Green», la nouvelle possède un pommeau de levier de vitesse façon bakélite, blanc et rond, un logo Bullitt à l’arrière, mais n’arbore pas de cheval au galop sur la calandre.

Au ralenti, la sonorité du moteur de la Mustang Bullitt évoque un peu le bateau de pêche, avec un ronron aussi profond que glougloutant

Pour la petite histoire, il se raconte que, à la suite d’un désaccord avec Ford, pourtant partenaire financier de film, Steve McQueen aurait lui-même arraché le logo Mustang de sa voiture. Ce que Ford avait fait pour fâcher la star? Il aurait voulu imposer que les méchants roulent également en Mustang. Le caprice de la diva a finalement payé, les méchants se retrouvant au volant d’une Dodge Charger B noire tandis que, même sans son emblème, la Mustang entrait dans l’histoire.

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Toujours plus de chevaux

Comme son aïeule de 1968, encore, la Mustang Bullitt de 2018 est propulsée par un de ces formidables moteurs dont seuls les ingénieurs américains ont le secret. Mais si le V8 de la GT Fastback développait déjà 320 chevaux, remarquable pour l’époque, celui de la version moderne en propose 459. A noter, pour ceux qui trouveraient cela trop chiche, qu’un préparateur américain s’est offert le luxe de produire une petite série, sobrement baptisée «Steve McQueen» et dont la puissance, via un compresseur, atteint 800 chevaux! On n’ose pas imaginer, là non plus, le parcours du combattant qui attendrait celui qui se risquerait à essayer d’homologuer un tel missile dans notre pays.

Mais pas besoin d’une telle cavalerie pour goûter à la joie de jouer les McQueen du Léman: un simple tour de clé permet déjà d’apprécier le chant du gros bloc moteur. Au ralenti, la sonorité évoque un peu le bateau de pêche, avec un ronron aussi profond que glougloutant. Et le plaisir est déjà au rendez-vous quand on se contente de conduire tranquillement, en ne jouant que sur le formidable couple à bas régime du moteur V8. Mais c’est au moment de mettre les gaz qu’on se rend compte que, heureusement, la version 2018 a bénéficié de tous les progrès accomplis en cinquante ans par l’industrie automobile, en termes de sécurité et de confort de conduite.

La technologie à la rescousse

Là où la version originale se déhanchait sous la poussée brute de son moteur, des assistants électroniques viennent aujourd’hui épauler le conducteur de la «Bullitt» qui n’aurait pas les talents de pilote de l’acteur. Pour aider à canaliser la puissance du couple de l’engin, un sélecteur de mode de conduite permet d’adapter ses performances à l’état de la chaussée. Cela va du sage Normal à l’Individuel, en passant par les classiques Pluie/Neige, Sport+ et Circuit, pour arriver à l’inavouable Drag.

Un mode de folie que seuls des Américains pouvaient imaginer. Un mode où tous les paramètres moteur et châssis sont optimisés dans un seul but: se ruer le plus vite possible en avant, pour pulvériser le record du quart de mile, comme dans les courses de dragsters. La version yankee du launch control que l’on trouve sur les sportives européennes. Ce qui, avec un moteur V8 de 5 litres à boîte manuelle 6 peut vite faire beaucoup, beaucoup de bruit. Surtout quand l’engin est posé sur des pneus arrière de 275/40 R 19.

Vers la démultiplication

Du coup, on comprend mieux la place de choix que Ford réserve à sa star et le traitement très spécial qui lui vaut cette magnifique série spéciale «Bullitt». Et on se réjouit déjà d’apprendre que le constructeur ne compte pas en rester là. Après avoir produit plus de 10 millions de Mustang en 54 ans, Ford entend désormais développer une lignée dédiée, porteuse de l’ADN du cheval sauvage. Jusqu’à plancher sur des cross-over et des SUV qui, pourquoi pas, arboreraient aussi ce museau de squale, ces ailes musculeuses et ces lignes agressives.

Des engins qui produiraient également ce son rauque, caverneux et tellement ensorcelant. Mais pas seulement: dans sa vision du futur de Mustang, on est même en train d’imaginer une version… électrique. Faire de Mustang une marque premium au sein de Ford, comme DS chez Citroën, Lexus chez Toyota ou Corvette chez Chevrolet? Pourquoi pas?

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