Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
n/a
© Dr

Voyage

Le Spitzberg, un paradis sauvage et blanc où l’ours est roi

L’animal à ouvert au tourisme l’île placée sous souveraineté norvégienne. On y découvre un univers démesuré de toundra, de montagnes et de glaciers, où l’âme des aventuriers d’antan semble flotter au-dessus des bicoques. Reportage

Toute la nuit, le vent d’ouest a soufflé comme un damné. Peu avant l’aube, le Noorderlicht, une goélette qui a connu d’autres tempêtes, peut enfin mettre le cap sur l’Isfjord, vaste baie située au cœur du Spitzberg. Dans son ciré rouge, café brûlant à la main, le capitaine Gert Ritzema accueille, l’œil rieur, les premiers passagers sur le pont. Vingt ans qu’il barre son grand deux-mâts de 46 mètres sous ces latitudes hyperboréales. Il est chez lui dans cet univers démesuré de toundra, de montagnes et de glaciers, où l’âme des aventuriers d’antan semble flotter au-dessus des cabanes solitaires et des villes fantômes.

C’est un de ses compatriotes, l’explorateur hollandais Willem Barents, qui a découvert en 1596 l’archipel du Svalbard (dont le Spitzberg est la plus grande île) en plein Arctique, à 650 km de la Norvège et 1000 km du pôle Nord. Il a ouvert le pas aux chasseurs de baleines, trappeurs, scientifiques, prospecteurs… attirés de toute l’Europe par la richesse de la faune arctique et les minéraux rares. En attestent encore sur la carte les toponymes d’origine française, écossaise, russe, suédoise, basque, hollandaise, anglaise, italienne. Placé sous souveraineté norvégienne par un traité de 1920, le Spitzberg s’est ouvert au tourisme au tournant du XXIe siècle, grâce à son plus bel argument marketing: l’ours blanc. Autrefois chassé, aujourd’hui protégé, il reste le seigneur des lieux.

Le bruit des cailloux

Le premier ours qu’aperçoivent les voyageurs débarquant à Longyearbyen est celui du tapis à bagages de l’aéroport. Même naturalisé, il donne une idée de la taille d’Ursus maritimus, pour qui prendrait à la légère un éventuel face-à-face. Dans son briefing de sécurité, le guide de l’expédition, Jan Belgers, insiste: «Au Spitzberg, l’ours est chez lui. Nous ne sommes que des invités.» Jan a une longue expérience des zones arctiques. Il a déjà croisé l’ours polaire. Il fait alors mettre les marcheurs en cercle et leur demande de frapper des cailloux. Si le bruit ne suffit pas pour effrayer l’animal, il tire au pistolet d’alarme. Puis au fusil sous son nez. C’est assez pour le faire fuir. Nul ne veut tuer un ours. Cela coûte une forte amende, voire une peine de prison.

Le deuxième matin du voyage, Jan aperçoit justement un ours, endormi à 300 mètres du bateau. Il choisit de débarquer quelques hectomètres plus loin. Cette silhouette blanchâtre sera notre seul aperçu de l’animal mythique, qui compte environ un millier de spécimens au Spitzberg. Mais il sera dans toutes les conversations. Dans chaque pensée. C’est qu’il peut être partout: au détour d’un col, derrière une colline, caché sur un névé. A terre, règlement oblige, Jan ne quitte jamais son fusil. Ses voyageurs doivent marcher en file indienne derrière lui et ne pas se laisser distancer. Le dernier accident mortel date de 2011: un lycéen anglais s’est fait tuer une nuit sous sa tente. Le guide avait négligé d’organiser un tour de garde.

Très chères plumes

Nous ne verrons pas d’autre ours. Mais des renards polaires à quelques mètres. Et d’innombrables rennes. Surtout, le Spitzberg a plus à offrir que de grosses peluches à glisser dans ses jumelles. L’automne est une saison onirique, grâce au soleil qui ne quitte jamais les franges de l’horizon, filtré par des brumes qui diffusent une lumière rousse. C’est le moment idéal pour se promener jusqu’aux glaciers. Ces géants bleutés, parfois ornés d’arches ou de grottes de glace, sont vivants – ils craquent, sifflent, avancent et reculent, s’effondrent parfois. Le spectacle est fascinant. C’est aussi à cette époque que les aurores boréales reviennent la nuit danser au-dessus du Noorderlicht, qui porte bien son nom.

Au point du jour, une lumière rose baigne la toundra. Une neige légère nimbe le voilier rouge, qui devient une représentation du Hollandais volant. Sur la petite île rocheuse d’Akseloya vit un trappeur moderne, prénommé Tommy. Dans sa cabane aux meubles en bois flotté, il récolte le duvet d’eider, le plus cher au monde. On pourrait croire qu’il se réjouit du passage d’un bateau. Mais non! Il n’ouvre pas sa porte. Il vit de quiétude et de liberté. Qu’importe, l’île présente d’autres curiosités. Ainsi, un choc de deux plaques terrestres a provoqué la mise à plat des couches sédimentaires. Les âges géologiques peuvent donc se lire horizontalement et non verticalement comme ailleurs. «Un grand pas, c’est un million d’années franchi d’un coup», sourit Jan. Après les balades, il propose de s’asseoir un quart d’heure sans un bruit. Le silence seul, pour s’imprégner de l’infinie solitude des lieux.

Mirage soviétique

Ce passé omniprésent, c’est l’âme du Spitzberg. Au fil des jours, on découvre plusieurs cabanes de bois branlantes, où hivernaient des trappeurs. Ici, les barques vermoulues sur lesquelles les chasseurs de bélougas défiaient l’océan. Un harpon rouillé. Les monceaux d’os qu’ils ont laissés. Un piège à renards. On approche avec émotion de planches de bois formant un losange, d’humbles tombes impossibles à dater ou à identifier. Au crépuscule, on visite une vieille bicoque datant d’une expédition du fameux explorateur Otto Nordenskjöld. Bien après son passage, 16 chasseurs de phoques pris dans les glaces y ont trouvé refuge. Ils ont déniché des conserves laissées par Nordenskjöld. Sauvés! Pensez-vous… Leurs corps ont été retrouvés figés dans la mort. Saturnisme. Une croix penchée marque le lieu de leur inhumation. Est-ce vraiment le froid qui fait frissonner?

Tout aussi étrange, Pyramiden est une ancienne cité minière russe à deux pas d’un glacier. Une sorte de mirage industriel: cheminées d’usines, bâtiments de brique rouge, buste de Lénine. On trouvait dans cette ville soviétique modèle une bibliothèque, une salle de sport, la piscine la plus septentrionale du monde… Et puis un jour de 1998, la mine de charbon a fermé. Les employés et leurs familles ont eu quelques heures pour monter sur le dernier bateau. Ils ont laissé les assiettes sur les tables, les plantes vertes sur le rebord des fenêtres. La ville a été abandonnée dix ans aux bourrasques, avant qu’il ne soit décidé de la conserver comme une relique.

Une poignée de Russes s’en occupent maintenant. Ivan, doux géant au crâne rasé, piquait un roupillon sur un canapé défraîchi quand la porte s’est ouverte. Ce n’est pas un travail mondain, mais il s’y sent bien. Il est content quand la relève arrive. C’est pour demain. «Il faut faire attention, des ours se baladent dans les rues», glisse-t-il avant de sortir, carabine à la main. Sur ces artères désertes, on croit entendre le bruit des machines et les échos de voix. Un bâtiment est ouvert. C’est l’ancien réfectoire. Portes grinçantes et courants d’air. En haut du grand escalier, une fresque en mosaïque représente un monde arctique idéal. L’ours occupe la place centrale. L’homme est sur le côté, simplement de passage.


Y aller

Grand Nord Grand Large propose une cinquantaine de voyages au Spitzberg, en circuits accompagnés ou en individuel. La croisière «Au cœur de l’Isfjord» permet de découvrir l’île à bord du Noorderlicht, un ancien bateau-phare de 1910, qui accueille 20 passagers en cabines doubles. La navigation est calme, à l’exception possible d’un court passage en pleine mer. Chaque jour, deux débarquements d’environ trois heures sont prévus, sans difficulté physique.

Prochain départ à partir du 15 septembre 2018.

9 jours, à partir de 3850 francs par personne, comprenant les vols, l’hébergement et la pension complète à bord du bateau (hors boissons).

Grand Nord Grand Large, 19 rue de la Rôtisserie, Genève, 022 518 05 13

Publicité
Publicité

La dernière vidéo lifestyle

Les secrets d'un dressing minimaliste

«Moins, c'est mieux», y compris dans sa garde-robe. En collaboration avec responsables.ch, la blogueuse et auteure de «Fashion mais pas victime» Mélanie Blanc vous donne ses conseils pour acheter modérément et rester branché.

Les secrets d'un dressing minimaliste

n/a