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Stade de Tokyo, le mauvais plan de Zaha Hadid

Le Japon abandonne le projet pharaonique de la star du bâti contemporain

Stade de Tokyo, le mauvais plan de Zaha Hadid

Architecture Le Japon abandonne le projet pharaonique de la star du bâti contemporain

Il aurait dû accueillir la Coupe du monde de rugby de 2019 et les Jeux olympiques de 2020. Le Stade national de Tokyo imaginé par l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid en forme de limule futuriste ne sera finalement pas inauguré en 2018. Le premier ministre, Shinzo Abe, l’a lui-même annoncé jeudi: «Nous avons décidé de repartir de zéro.»

Somme déraisonnable

C’est la fin d’un feuilleton qui dure depuis 2012, lorsque la star du bâti remportait le concours international pour un nouveau stade de 80 000 places, planté au cœur de Tokyo sur l’emplacement de l’ancien stade de Kasumigaoka, désormais fermé. Les raisons de cet abandon? L’argent d’abord. Au fur et à mesure de l’avancée du projet, les coûts ont augmenté pour atteindre la somme déraisonnable de 2 milliards de dollars. Un prix que l’Etat japonais ne peut pas se permettre de payer. L’esthétique ensuite. Dès les premières maquettes, les voix se sont élevées pour dénoncer une construction trop grande, trop massive dans le tissu urbain tokyoïte. Réunis en 2013 autour de Fumihiko Maki, Prix Pritzker 1993, l’équivalent du Nobel pour l’architecture, les plus grands architectes du pays – Toyo Ito, Sou Fujimoto, Kengo Kuma – lançaient alors une pétition pour forcer l’Etat à changer ses plans. Malgré les critiques, le gouvernement tenait bon, mais demandait à Zaha Hadid de revoir ses prétentions à la baisse. Le stade redimensionné n’avait pas pour autant calmé les antis. Agé de 83 ans, Arata Isozaki, concepteur du stade Palau Sant Jordi de Barcelone pour les JO de 1992, comparait le complexe sportif «à une tortue qui attend que le Japon coule pour fuir à la nage» et parlait de «disgrâce pour les générations futures». De son côté, Zaha Hadid contre-attaquait. Elle dénonçait en décembre 2015 dans le webzine Dezeen un torpillage systématique motivé par l’hypocrisie et le fait «que les Japonais ne veulent pas d’un étranger pour construire leur stade national». Pas très zen.

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