En matière de vin, je suis pénible, même un peu précieux, comme on le dit parfois en ricanant derrière mon dos. Je n’ai aucun plaisir à boire la plupart des vins «de tous les jours», que nos aïeuls buvaient pour passer la soif sans se soucier de leurs qualités organoleptiques. Bref, le vin dans sa version utilitaire: antiseptique d’abord, convivial ensuite, quand les vertiges de l’ivresse brident tout esprit critique.

Cette inclination est la source de nombreuses déceptions. C’est le cas lors de manifestations publiques. Comme fan de foot, je ne compte plus les cantines et restaurants de stades où il est totalement impossible de trouver une cuvée décente. Du coup, je ne bois pas une goutte d’alcool au bord des terrains, même pas une bière, souvent aussi insipide. Bien sûr, il y a foot et foot. Il est possible de boire des grands crus dans les loges VIP des grands clubs européens à des prix prohibitifs. En Angleterre, il y a une exception, comme je l’ai lu dans le Wall Street Journal. Le club londonien de Crystal Palace permet aux supporters de ses executive box de prendre leur propre bouteille au match, selon le principe du BYOB («Bring your own bottle»).

A l’origine de cette initiative à peine croyable: Stephen Browett, copropriétaire du club et propriétaire de Farr Vintners, la plus grande société de vente de vins fins du Royaume-Uni. Il est donc possible de regarder un match en sirotant une bouteille de Rayas 1989. Vous pouvez aussi acheter une des deux cuvées dédiées aux Eagles: un chardonnay bourguignon et un assemblage bordelais vinifiés expressément par deux stars de l’œnologie française, Jean-Marie Guffens et Denis Durantou. Deux réussites, selon la critique, vendues 30 francs le flacon, soit le prix d’une tournée de Guinness. La preuve que foot et vin peuvent faire bon ménage tout en restant populaires. God save Stephen Browett!