Elle s’appelle B6. Soit une vitamine dont l’être humain dépend (elle joue un rôle crucial dans la synthèse de certains anticorps) et se trouve à l’état naturel dans passablement d’aliments. Dont le manioc, petit arbre d’Afrique où, transformé, il nourrit 250 millions de personnes. Sauf que sa teneur en vitamine B6 accuse une certaine déficience. Une carence qui provoque dans plusieurs régions du continent le développement de maladies graves. «Le taux de B6 du manioc n’est pas assez élevé pour les populations qui en dépendent fortement. Il suffirait de l’augmenter de 2-3 fois pour parvenir à l’apport journalier recommandé», explique Teresa B. Fitzpatrick, professeure au Département de botanique et biologie végétale de la Faculté des sciences de l’Université de Genève (Unige). D’où l’idée de créer un manioc enrichi.

Feuilles bouillies

En collaboration avec des chercheurs de l’Ecole polytechnique de Zurich (ETHZ) et des Universités de Shanghai et d’Utrecht, l’Unige a donc essayé de booster le précieux arbuste. «Nous avons tenté de produire des lignées dans lesquelles quelques exemplaires supplémentaires des gènes codants ont été insérés.» C’est une plante – Arabidopsis thaliana – qui a servi à augmenter le bonus génétique.

Résultat? L’étude qui vient d’être publiée dans la revue Nature Biotechnology atteste de la variété modifiée. Elle démontre également que l’expression des gènes propres au manioc n’a pas été affectée par les transgènes. Mieux, la consommation des tubercules et des feuilles – là où se concentre la vitamine – s’effectue après les avoir bouillies, histoire d’en supprimer les substances toxiques. «Ce qui réduit le contenu total en B6 de tous les plants. Comparés à la variété sauvage, les quatre types transgéniques sélectionnés en ont toutefois conservé entre 8 et 19 fois plus», observe la professeure. La prochaine étape consiste désormais à adapter ces variétés aux régions qui en ont le plus besoin et en développer la culture.