Zurich, avant toutes les autres, a repensé son urbanisme, ses méthodes et renversé bien des interdits, ouvrant la voie au regain de la construction dans les villes suisses restées si longtemps figées. Dès 2001, elle s’est donné des directives sur les tours. Sous la pression de la nécessité urbaine, le tabou de la hauteur se fissure et le succès de la Prime Tower y contribuera sans doute. L’heure est à la densification, investisseurs et promoteurs sont prêts à se lancer et les moyens ne manquent pas.

Prise comme baromètre, Zurich confirme d’ailleurs qu’en Suisse le secteur de la construction ne chôme pas. Swiss Prime Site, le groupe propriétaire de la Prime Tower, figure parmi les premiers protagonistes de ce boom. Principal investisseur immobilier du pays, il possède un portefeuille qui comprend surtout des bâtiments commerciaux excellemment situés à Zurich (Jelmoli, Sihlcity), à Genève (place du Molard, la Praille), à Bâle (Messeturm), à Lucerne et dans nombre d’autres villes. Fier de sa tour, il en projette ailleurs et regarde vers la Suisse romande. Et il n’est pas seul à s’intéresser à l’essor actuellement constaté dans l’Arc lémanique, chantier de vastes projets d’aménagement territoriaux.

De Genève à Lausanne

Or ici aussi, les résistances vacillent puisque l’option de construire en hauteur – longtemps exclue – est désormais sérieusement retenue. Trois cas retiennent l’attention. A Genève, des tours sont envisagées dans le périmètre Praille-Acacias-Vernets, là où la ville tient de belles possibilités de se densifier et de s’agrandir. Mais l’annonce de neuf tours, dont l’une de 175 mètres, formulée de manière hâtive et imprudente, a soulevé des vagues d’indignation. La situation se précisera bientôt puisque le premier concours du projet PAV, qui porte sur la construction d’immeubles dévolus au logement d’utilité publique, rue de la Marbrerie, non loin du Rondeau de Carouge, sera jugé en février prochain. Les architectes ont eu toute liberté de proposer des bâtiments en hauteur.

A Lausanne, la Tour Taoua, qui devait renforcer la mise en valeur du site de Beaulieu, suscite des remous politiques profonds. Le projet du bureau Pont12, lauréat du concours pour le Centre de congrès et d’exposition, prévoit un immeuble de 80 mètres de haut comportant 25 étages. La réalisation de ce nouvel équipement à vocation mixte (logements, hôtels, activités diverses) semblait progresser, en dépit de l’hostilité de nombreux voisins, des défenseurs du patrimoine, des Verts et d’une partie de la gauche. Mais de nouvelles exigences – une moitié des surfaces réservées à la location – ont été adressées au promoteur. En attendant, le projet a été retiré; l’avenir de cette tour, voulue en principe par la Ville, semble désormais plus aléatoire.

Débattu depuis une vingtaine d’années, annoncé plusieurs fois puis remisé, celui d’un nouveau centre urbain articulé autour d’une tour de près de 140 mètres de haut, dans le quartier des Cèdres, à Chavannes-près-Renens, a été récemment remis à l’ordre du jour. Située entre la ligne de métro M1 et l’autoroute de contournement sud de Lausanne, cette tour marquerait avec emphase l’entrée dans un Ouest lausannois nouvellement urbanisé. Pour l’heure, elle échauffe surtout les esprits. Pourtant, dans les trois cas, les débats prouvent que l’idée mûrit.