Design

Super Normal

Le Schaudepot de Zurich consacre une rétrospective au design tout simple de l’Anglais Jasper Morrison

Il passe pour être le designer le plus pur de sa génération, le créateur de l’objet minimaliste et zéro frime. Pour Jasper Morrison, à qui le Schaudepot de Zurich consacre une rétrospective, le design ne doit pas chercher midi à quatorze heures: un verre c’est un contenant posé sur un pied, un téléphone sans fil, un bloc en plastique avec 19 boutons, pas un de plus. Un designer discret, mais efficace, donc, qui ressemble à cet Anglais de 56 ans venu au dessin de produit à l’âge de 16 ans après avoir visité une expo d’Eileen Gray au Victoria & Albert Museum de Londres. Une histoire de justes proportions et d’harmonie parfaite pour un design «dans la vraie vie» et pas seulement destiné à occuper le champ visuel pour faire joli.

Chez lui, les objets cherchent à se faire remarquer le moins possibles – avec le Japonais Naoto Fukasawa il a développé le concept d’objet «Super Normal» – mais parviennent souvent à faire beaucoup parler d’eux. Comme cette série Crates éditée par la maison anglaise Established & Sons, mobilier tout en bois dont le module de base ressemble a une copie conforme de caisse de vins de bordeaux. Objet polémique qui départagent toujours les tenants du style, qui hésitent entre le coup de génie et le coup d’esbroufe.

Auteur de quelques pièces iconiques du design des années 2000 (visez sa Cork Family, groupe de tabourets/tables basses en liège édité par Vitra), l’élégance de Morrison a séduit les principaux éditeurs de meubles (Vitra, Magis, Flos et surtout Capellini, son éditeur fétiche avec qui il collabore depuis 1986), mais aussi l’industrie électronique (Samsung, Punkt), les collectivités (il a dessiné le tram de Hanovre) et même l’horlogerie. En 2009, le designer anglais dessine la r 5.5 pour Rado. Deux ans de boulot pour un projet assez culotté très épuré, très beau. Mais aussi très carré dans un univers, où bien avant l’AppleWatch, l’heure tourne encore très souvent en rond. «Je voulais une montre qui résumerait toutes les montres que j’ai eues», expliquait le designer en avouant quelque part que sa mémoire restait scotchée dans les années 80. «Alors oui, je me suis souvenu de la première montre digitale que j’ai portée.» Le design de Jasper Morrison c’est ça: un retour à l’essence de la forme en foulant au pied les tendances. Car hors de la mode, les objets ne vieillissent jamais.


«Jasper Morrison – Thingness», jusqu’au 5 juin, Schaudepot, Toni-Areal, Pfingstweidstrasse 96, Zurich, www.museum-gestaltung.ch

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