Ma montre et moi

Suzanne Syz: «Je voulais une montre qui me ressemble»

La designer et collectionneuse d'art Suzanne Syz raconte le rapport qu’elle entretient avec sa montre et avec son temps

Avec son mari Eric, elle possède l’une des plus belles collections privées d’art contemporain de Suisse. Depuis les années 1980, Suzanne Syz a fait de l’art sa passion. Devenue designer, tendance bijoux, elle en a aussi fait l’une de ses sources d’inspiration. Ce qui amène la Zurichoise à collaborer avec les artistes dont elle est proche – John Armleder, Sylvie Fleury, Alex Israel – à qui elle confie les écrins et les mises en scène de ces créations qu’elle présente à Design Miami/Basel et au PAD, exposition d’objets rares organisée en janvier pendant Artgenève.

Esprit curieux à l’extravagance assumée, Suzanne Syz exploite en ce moment une vigne en biodynamie quelque part en Toscane. «J’ai mille idées, tout m’intéresse. Autant dire que le temps est chez moi une préoccupation majeure. Et plus j’avance dans la vie, plus il est précieux. Avec l’âge, on devient plus exigeant de son temps que l’on veut passer avec les gens qu’on aime et faire des choses qui en valent la peine.»

Double face

La montre qu’elle porte est d’ailleurs d’un genre spécial. Et pas seulement parce que c’est sa propriétaire qui l’a créée. Elle est double. Comme Janus, le dieu romain à deux têtes, elle dissimule sous un cadran blanc son clone négatif, en onyx noir. «Je me suis inspirée des montres secrètes. Je voulais quelque chose à la fois d’original, de grande qualité et de chic avec de petits diamants autour, mais sans être non plus trop voyant. Je voulais surtout une pièce qui me ressemble. Je suis une grande fan de montres, mais je n’ai jamais rien trouvé qui me convienne sur le marché. Certes, il y a de très jolis modèles féminins, mais ils fonctionnent presque toujours à quartz, alors que beaucoup de femmes aiment porter des mouvements mécaniques. Je faisais des bijoux. Je me suis dit: pourquoi ne pas dessiner une montre?»

Pour Her Ben, ainsi baptisée en hommage à Big Ben, la célèbre horloge londonienne dont le cadran a inspiré Suzanne Syz, la bijoutière a fait appel à Vaucher Manufacture, «l’un des meilleurs horlogers de Genève, chez qui j’ai choisi leur mini-rotor automatique. Ils m’ont beaucoup aidée dans la conception de cet objet.» Un objet décliné en quatre versions – or blanc, or rose, titane bleu nuit et marron – chacune fabriquée à huit exemplaires. Mais Her Ben est aussi une référence à Benjamin Franklin, dont une citation est gravée dans le couvercle de la montre: «You may delay but the time will not.» Que l’on pourrait traduire par: vous pouvez être en retard, mais le temps, lui, ne le sera jamais.

«Pour moi qui ne suis pas toujours à l’heure, c’est une phrase que j’aime beaucoup», reprend Suzanne Syz, qui a également dessiné une montre pour homme. «Elle s’appelle Here comes the Sun, parce qu’elle reprend un cadran solaire que j’ai découvert sur une église du XVe siècle à Venise. Mais elle n’existe qu’à trois exemplaires.»


La précédente chronique: Nicolas Darnauguilhem: «Je ne porterai jamais de montre à quartz»

Publicité