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L'hôtel Svart devrait voir le jour en Norvège en 2021.
© Plompmozes and Snøhetta

Architecture

Svart, le premier hôtel à énergie positive du monde

L’agence norvégienne Snohetta conçoit le premier hôtel à énergie positive, au surcroît dans une région arctique. Délicatement posé sur un fjord, idéal pour l’observation des aurores boréales, Svart ouvrira en 2021

Un hangar quelconque sur le port d’Oslo. Situés au rez-de-chaussée du bâtiment, les locaux de Snohetta contrastent avec les réalisations spectaculaires du bureau d’architecture norvégien. Dont, à dix minutes de marche, l’opéra d’Oslo qui paraît glisser dans la mer, tel un monumental iceberg.

Un bureau d'architecture qui compte 200 collaborateurs

C’est la période de Pâques: il n’y a pas beaucoup de monde dans le grand atelier, sans séparation aucune. Pourtant, Snohetta a une cinquantaine de projets en cours, répartis entre ses bureaux d’Oslo, Stockholm, New York, San Francisco, Paris, Innsbruck et Adélaïde. Avec ses 200 collaborateurs – des architectes, mais aussi des designers, ingénieurs, urbanistes, sociologues ou psychologues, l’agence ne ressemble plus à celle qui, à la surprise générale, a gagné en 1989 son premier concours: la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie.

Les deux fondateurs, le Norvégien Kjetil Thorsen et l’Américain Craig Dykers, avaient alors moins de 30 ans. Ils avaient si peu de moyens qu’ils étaient contraints d’occuper un petit espace dans une résidence pour personnes âgées à Los Angeles, où ils aidaient les locataires à ouvrir leurs conserves. Le concours égyptien gagné, les deux associés ouvraient la même année leur bureau à Oslo.

Des architectures marquantes ont suivi: le musée mémorial du 11 septembre à New York, l’extension du MoMA de San Francisco, Lascaux IV en Dordogne. Le nouveau bâtiment du journal Le Monde à Paris, la bibliothèque de Calgary au Canada, le réaménagement de Times Square à New York, un restaurant sous-marin sur la côte sud de la Norvège sont en cours de réalisation. Snohetta a également conçu l’une des faces des récents billets de banque norvégiens et une maison de poupées. Voire la villa-ovni du peintre excentrique Bjarne Melgaard qui jouxtera l’ancien atelier d’Edvard Munch à Oslo, si les autorités donnent leur feu vert. La villa comportera entre autres une «pièce pour les drogues» suspendue au plafond. Elle est baptisée «maison pour y mourir», conçue comme une architecture antidurable.

Vision écologique

C’est l’exception qui confirme la règle Snohetta, respectueuse de l’environnement, peu énergivore, en accord avec l’histoire et la culture d’un lieu. Le style de l’agence privilégie l’arête et la ligne brisée, mais sait s’arrondir lorsqu’il le faut, comme dans l’extension du SFMoma, à l’allure calquée sur les bancs de brouillard de la baie de San Francisco. Snohetta, qui tire son nom d’une montagne du centre de la Norvège, s’est allié avec d’autres entreprises norvégiennes pour créer le standard de construction Powerhouse, à énergie positive. Entendez des bâtiments qui, grâce à leur conception, produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment.

Y compris sur le cercle polaire boréal, un exploit jusqu’ici inédit. Dans un des rares bureaux fermés de Snohetta à Oslo, Zenul Khan dévoile les plans de Svart, qui veut dire à la fois «noir» et «bleu» en norvégien. Bleu comme la glace vive du Svartisen, un glacier côtier à mille kilomètres au nord d’Oslo, à proximité duquel l’hôtel Svart ouvrira ses portes en 2021. Zenul Khan est le responsable des six architectes qui travaillent sur le projet, une commande du groupe hôtelier Arctic Adventure of Norway.

Il s’agit de tout faire pour préserver l’intégrité de la nature sur place, en particulier la faune et la flore.

Zenul Khan, architecte de Svart

«Le tourisme arctique en Norvège est actuellement en pleine expansion, avec 1,8 million de visiteurs enregistrés l’an dernier, note l’architecte. Mais les infrastructures d’accueil manquent. Surtout, il s’agit de tout faire pour préserver l’intégrité de la nature sur place, en particulier la faune et la flore. Le tourisme n’y a de sens que s’il est durable. Les eaux du fjord sur lequel sera posé l’hôtel Svart sont si cristallines que c’en est presque choquant.»

Pour réduire son empreinte sur l’extrémité du fjord, Svart prendra la forme d’un anneau posé sur des pilotis. Ces derniers supporteront une promenade circulaire en bois qui permettra d’y marcher l’été ou d’y mettre les canoës à sec l’hiver. Les pagayeurs pourront passer sans encombre sous l’hôtel, par exemple pour aller pêcher le saumon et la truite. Fidèle à l’esprit Snohetta, la construction se fond dans le paysage. Elle s’inspire du fiskehjell, une structure en «A» pour le séchage du poisson, et du rorbue, l’habitat traditionnel des pêcheurs à la belle saison.

Régime énergétique

La forme annulaire de l’établissement permettra aux occupants des 150 chambres d’avoir une vue panoramique sur l’environnement arctique. Elle résulte aussi de la modélisation du rayonnement solaire tout au long de l’année dans ce lieu montagneux, de manière à emmagasiner un maximum d’énergie. Le toit est couvert de panneaux solaires fabriqués non loin grâce à l’hydroélectricité. Les façades protègent le corps vitré du bâtiment en été, lorsque le soleil est haut dans le ciel, ce qui permet de se passer de climatisation. En revanche, les mêmes façades laissent passer l’énergie thermique du soleil quand celui-ci est bas en hiver. L’hôtel utilise aussi des pompes à chaleur pour se chauffer, «même si les températures hivernales ne sont pas si sévères que cela en raison de la proximité du Gulf Stream», relève Zenul Khan.

L’un dans l’autre, Svart consommera 85% moins d’énergie qu’un hôtel contemporain. Il sera même capable d’en restituer au réseau électrique de la région, en particulier lors des longues journées d’été. A l’exemple des cellules photovoltaïques du toit, un soin particulier a été apporté à l’énergie grise, celle requise pour la production, le transport, la construction ou le remplacement des matériaux de l’hôtel. L’acier et le béton, à forte énergie grise, seront utilisés ad minima dans l’hôtel, lequel tirera en revanche beaucoup parti du bois. Les déchets seront évacués par bateaux électriques, les eaux usées filtrées. Aucune route ne mène à l’extrémité du fjord: pour accéder à l’établissement, les clients prendront la mer depuis la ville proche de Bodo.

Des activités dans la nature

Ils viendront l’été pour profiter de la nature environnante, pêcher, marcher, pagayer, faire du vélo tout-terrain, récolter des baies ou des coquillages pour le chef du restaurant, qui apprêtera des mets à bases locales. «Mais l’hiver est aussi spectaculaire dans la région, ajoute Zenul Khan. Ne serait-ce qu’en raison des aurores boréales qui attirent de plus en plus de touristes dans le grand Nord. Ou des pistes de ski de fond.»

«L’hôtel ne sera pas luxueux au sens traditionnel du terme, conclut l’architecte. Il sera plutôt simple et fonctionnel. Le vrai luxe, aujourd’hui, c’est la durabilité. Svart fonctionnera en circuit fermé, presque comme une machine à mouvement perpétuel.»

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