Du vin et des hommes

Swiss, le low cost et l’identité helvétique

En matière de transport aérien, j’ai conservé une naïveté enfantine: je ne suis vraiment rassuré dans un avion que s’il est orné d’une croix suisse. A force d’entendre à l’école que Swissair était la meilleure compagnie du monde, j’ai fini par le croire. La faillite de ce fleuron national n’y a rien changé, ou si peu. J’ai très vite adopté Swiss, séduit par le travail de refondation graphique de Tyler Brûlé. Rien, en effet, ne ressemble plus à une croix suisse qu’une croix suisse.

C’est donc en toute sérénité que j’ai pris un vol Swiss pour Athènes, début août. En plus, l’ambiance était gourmande. Avant le décollage, les téléviseurs de bord diffusaient la photo de Jean-Marc Soldati. Choisi par la compagnie dans le cadre de son concept «Taste of Swizerland», le chef étoilé de Sonceboz a concocté les menus des happy few voyageant en première et en business durant tout l’été. Le souvenir d’une soirée mémorable à l’hôtel-restaurant du Cerf avec, entre autres merveilles, un superbe tartare d’omble chevalier, m’a immédiatement fait saliver.
Las, je suis très vite redescendu dans ma condition de voyageur de la classe économique. On nous a servi une collation banale – je ne me souviens même plus de quoi il s’agissait. J’ai juste retenu qu’elle avait été cuisinée à base de produits suisses, comme le précise la brochure de la compagnie. Un effort réalisé pour tous les vols au départ de la Suisse pour assurer «une fraîcheur et une originalité sans égales» et «faire découvrir l’identité helvétique comme jamais».
Cette ode au Swissness a pris du plomb dans l’aile au moment du service des vins. Après le blanc, un chasselas romand tout à fait correct, le vin rouge venait du pays d’oc: un grenache merlot estampillé Alexis Lichine. Une constante en classe éco, m’a avoué, l’air désolé, la cheffe de cabine. Avec un argument imparable: pour ses voyageurs désargentés, la compagnie dépense maximum 80 centimes pour une bouteille de 0,25 cl, un prix plancher totalement impossible à trouver sur le marché suisse. J’ai bu mon vin low cost, la naïveté sévèrement entamée. Dans le domaine du transport aérien comme en politique, l’identité helvétique ressemble furieusement à un concept marketing. 

Publicité