Aux portes de l’hiver, ils descendent dans la vallée du Po, au nord de l’Italie. Quelque 200 gardes suisses ont passé l’Avent à traverser les Alpes et s’apprêtent à passer les fêtes de Noël en voyageant vers Rome. Les sentiers au sud de la chaîne montagneuse sont gelés. Le froid transperce l’uniforme. Autour d’un feu, les soldats remplissent leur gamelle d’une soupe au bouillon noir composée de bœuf, de poireaux, de carottes, de céleris, d’oignons et d’orge. Depuis quatre mois, le menu varie selon les ingrédients trouvés le long de la route.

Les mercenaires helvètes, guidés par le capitaine Kaspar von Silenen, arriveront dans la ville sainte le 22 janvier 1506. Ils sont partis en septembre du centre de la Suisse à la demande du pape Jules II, monté sur la chaire de saint Pierre trois ans plus tôt. Au cœur d’une Péninsule tourmentée par les guerres d’Italie, Giuliano della Rovere est déterminé à se doter d’une force militaire personnelle. Depuis lors, le minuscule corps armé est resté fidèle envers une cinquantaine de souverains pontifes.